Afrique centrale : des pronostics de désinvestissement à court terme

Samedi 4 Août 2018 - 17:00

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Une étude intitulée « Financer la croissance africaine à l’horizon 2023 : perception des investisseurs internationaux » dresse un tableau peu flatteur de la sous-région dans un contexte général plutôt optimiste pour l’économie africaine. Citée dans les conclusions de l’étude, la RDC se retrouve parmi les pays les plus risqués de la région.

Fin juillet dernier, le très attendu baromètre de Havas sur la perception des économies africaines à l’horizon 2023 a livré de nouveau ses secrets. Ce service conseil dédié aux pays émergents révèle d’abord que 92 % des investisseurs internationaux interrogés dans cette étude ont réaffirmé leur optimisme. Par ailleurs, ils ont renouvelé leur confiance aux perspectives économiques de l’Afrique au cours des cinq prochaines années. En chiffres, 80 % des dirigeants sondés sont prêts à renforcer leurs investissements pendant cette période.

Pour réussir cette étude, il a été constitué un panel de dirigeants représentant environ cinquante groupes mondiaux qui opèrent dans plusieurs secteurs d’activité en Afrique. Le constat général sur une meilleure perception de l’Afrique est conforté par un rapport de la Banque africaine de développement (BAD) signalant une nette augmentation des flux financiers externes à destination du continent. Ceux-ci, a noté l’institution financière africaine, sont passés à environ 180 milliards de dollars américains en 2017, dont 49 milliards constitués des investissements directs étrangers.

À en croire la BAD, la dynamique économique africaine actuelle est le fruit d’une demande intérieure soutenue et de la mise en œuvre de grands projets dans le domaine très stratégique des infrastructures. Les enquêteurs d’Havas ajoutent également l’optimisme des investisseurs selon un certain nombre de critères. Concrètement, les dirigeants sondés ont évoqué l’émergence d’une classe moyenne (58 %), l’amélioration du climat des affaires et des investissements (49 %) ainsi que le dynamisme démographique (47 %). D’autres dirigeants sondés, soit moins de 40 %, ont ajouté des critères comme la diversification économique croissante, les infrastructures, l’innovation et même l’urbanisation rapide.

Si l’Afrique peut se prévaloir d’un regain d’intérêt indiscutable à l’international, l’enquête comporte une autre révélation plus alarmante sur les véritables centres d’intérêt de la région. Les blocs de l’ouest et de l’est ont attiré le plus les investisseurs internationaux. Au moins 64 % des dirigeants interrogés l’ont confirmé sans détour. Des pays qui sortent du lot sont la Côte d’Ivoire (63 %), le Kenya (37 %), le Nigeria (39 %) et le Ghana (63 %). La troisième sous-région la plus attractive est l’Afrique du nord (38 % des sondés), devant l’Afrique australe (31 % des sondés). En termes d’attractivité pour les investisseurs internationaux, le Maroc vient devant des pays comme le Sénégal, l’Éthiopie, l’Égypte et même le Rwanda.

Brisant la tendance générale de l’investissement dans la région, l’Afrique centrale est mal cotée et risque même de perdre des investissements à court terme. Selon l’étude, c’est la seule sous-région du continent où les répondants (20 %) ont souhaité davantage réduire leur volume d’investissement. «  Sa perception pâtit des guerres civiles et de l’insécurité qui prévalent dans certains pays comme le Soudan ». Pour le cas spécifique de la RDC, elle est classée parmi les pays les plus risqués de la région à cause des inerties découlant avant tout d’une instabilité politique chronique ou d’une situation sécuritaire préoccupante.

En parcourant cette enquête, il se dégage un constat important. Le mythe des pays potentiellement riches en ressources naturelles montre désormais des limites. En effet, 19 % des dirigeants considèrent un pays comme le Nigeria, le géant pétrolier de la région, comme risqué du fait de sa forte dépendance au pétrole. Par contre, 63 % des dirigeants sondés ont préféré le Kenya pour sa grande résilience liée à la diversification de son économie. Une leçon à méditer.

Laurent Essolomwa

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