Courbe de la demande de cobalt et de lithium : des avis partagés sur le présumé rôle primordial de la RDC

Lundi 3 Septembre 2018 - 20:19

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Lors de sa récente publication sur le site scientifique "The Conversation", Ben McLellan a mis en garde l’industrie automobile internationale sur une trop forte dépendance à un seul pays, en l’occurrence la RDC, pour l’approvisionnement en cobalt. 

Dans la foulée, la firme Mc Kinsey a soutenu l’urgence de réfléchir dès à présent sur la manière de s’approvisionner si la logique du tout électrique devait se poursuivre à ce rythme effréné. En effet, en l’espace de cinq ans, le prix du cobalt a quasiment triplé. Une bonne affaire pour les pays africains producteurs comme la RDC, le Madagascar et la Zambie. Pour des institutions aussi prestigieuses que le London metal exchange, la tendance restera à la hausse. Dans cet environnement plus propice, deux pays sortent du lot : la Chine et la RDC. En effet, le géant chinois raffine plus de quarante-huit mille tonnes par an, c’est-à-dire près de la moitié du cobalt disponible sur le marché mondial. Il se trouve que le principal client de la Chine, du moins en Afrique, n’est autre que la RDC où elle a extrait, en 2015, la plus grande quantité de cobalt. Par conséquent, ce pays vient largement en tête des approvisionnements chinois de cobalt dans le monde. Aucun autre pays n’a approché même le tiers de cette extraction.

Les potentialités en cobalt désignent la RDC comme le pays le mieux placé pour accueillir les futurs investissements lourds dans ce secteur. En effet, le pays regorge 50 à 60 % de la réserve mondiale de cette substance. Bien entendu, tout afflux des investisseurs devrait théoriquement mieux profiter financièrement au pays, avec l’augmentation des redevances suite à la révision du code minier de 2002. Des forts enjeux mondiaux poussent nombre d’experts à s’interroger sur l’avenir de l’exploitation du cobalt dans le monde. On le sait, la France et la Grande-Bretagne penchent de plus en plus sur l’abandon des véhicules à essence et diesel d’ici à 2040. Par ailleurs, l’industrie automobile mondiale se lance dans la course à la fabrication des véhicules électriques de plus en plus performants. Il se trouve que le cobalt et le lithium entrent dans la composition des batteries des voitures électriques et des smartphones. Et la liste n’est pas exhaustive.

En partant de ces différents enjeux et autres potentialités de chaque pays, certaines firmes comme Mckinsey classent la RDC comme l’un des grands piliers des révolutions futures. Elles appellent à une forte mobilisation des acteurs financiers et non financiers mais aussi de la RDC elle-même, pays qui regorge le plus de gisements prouvés et actifs. Pourtant, rien n’est si simple sur le terrain. En dépit d’un processus politique particulièrement désastreux sur l’image du pays à l’extérieur, plusieurs autres facteurs jouent également en sa défaveur. Il y a, par exemple, le rapport d’Amnesty international de 2017 sur les conditions effrayantes des  enfants dans les mines de cobalt. Au moins 20 % de la production du pays serait, à en croire cette institution, assurée par des exploitations artisanales. Elle s’en est prise, d’ailleurs, ouvertement à certains grands groupes comme Volkswagen, Daimler, Microsoft et Renault, pour leur hésitation à tracer l’origine du cobalt dans leur chaîne de production. Avec ou sans la RDC, conclut Ivan Glassenberg de Glencore dans un entretien exclusif accordé à Bloomberg, il y aura une pénurie d’approvisionnement en cobalt à l’avenir lorsque le marché des véhicules électriques va se déployer. Nous y reviendrons.      

Laurent Essolomwa

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