Dessin : KHP ou le parcours engagé d’un amoureux de la BD

Jeudi 18 Juillet 2019 - 20:45

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KHP est un dessinateur congolais, actuellement résidant en France, dont le parcours inspire le respect. Artiste hors pair, sa singularité se remarque tant par sa technicité particulière, sa discrétion, sa modestie que son attachement à ses racines.  

Le secteur africain de la bande dessinée est quelquefois très influencé par les modèles graphiques occidentaux. Peu sont ces artistes comme KHP qui arrivent à se distinguer de la masse.  Ses techniques, sa créativité et son amour pour cet art octroient de plus en plus à l’artiste de la visibilité. Pour preuve, il a participé en janvier au Festival international d’Angoulême et a remporté en mars le prix de la Presse panafricaine 2019 grâce à son dernier album, Les dessous de Pointe-Noire. Ce qui est flagrant, c’est que toutes ses réalisations sont entièrement faites au stylo à bille sur du papier canson. La gaieté est notamment apportée avec des crayons de couleurs basiques.

Né au Congo en 1979, Koutawa Hamed Prislay, dit KHP, est un dessinateur au talent inouï. Il fait ses débuts à l’école de peinture de Poto-Poto, à Brazzaville, de 1995 à 1997. Période cadrant avec la guerre civile au Congo, il s’inspire du drame dont il est témoin pour réaliser, en 1998, une chronique en images sur ce triste fait dénommé « La descente aux enfers ».

Dans une ville dévastée par la guerre, le dessin ne peut subvenir à ses besoins. Il s’envole alors pour Pointe-Noire où il vit au gré de petits métiers ici et là. Sa participation hasardeuse en 2007 à un atelier artistique animé par Asimba Bathy attire de l’attention sur ses qualités et le fait devenir membre du collectif « Ponton BD », à l’issue de cette rencontre. Une année plutard, KHP participe aux expositions « Dessous de Pointe-Noire » et « Carte blanche à Ponton BD » où ses œuvres suscitent encore plus l’admiration des uns et des autres.

Grâce à ce collectif, le dessinateur congolais a pu apprendre des notions élémentaires qu’il ne maîtrisait pas telles que le vocabulaire propre à la BD, la mise en page, le lettrage…

S’il est une chose qui forge sa personnalité, c’est son engagement dans ses œuvres où il restitue avec une certaine force graphique des faits, récits et personnages. En 2010, il dessine un album sur le sida, Le chemin de Si je savais, édité localement et prépublié dans la revue Pointe-Noire magazine.

En 2012, il réalise sa première publication en Europe à travers le collectif Chroniques de Brazzaville, avec Lionnel Boussi et Jussie Lamathd, dans la collection L’harmattan BD. Dans cette œuvre, il propose une histoire courte liée aux débuts de la guerre civile au Congo et les bouleversements que cela a provoqué au sein des familles. Fort de son engagement dans le vécu des sociétés, il a participé, par ailleurs, à un nouveau collectif, Nouvelles d’Afrique, en tant que simple dessinateur d’une histoire traitant d’immigration illégale.

Depuis 2015, KHP est basé en France où il a publié l’an dernier Les dessous de Pointe-Noire. On peut donc constater que le dessinateur s’est détourné du thème de la guerre pour aborder cette fois-ci la question de la prostitution en lien avec l’immigration en Europe, sur la base d’un témoignage vrai. C’est donc courageusement qu’il continue à chroniquer sur les maux de la société. En septembre dernier est sorti l’ouvrage « Mémoire collective », une histoire plurielle des violences politiques en Guinée, illustrée par le dessinateur congolais. Par cette nouvelle sortie, KHP démontre encore son attachement pour le continent.

Jessica Atipo

Légendes et crédits photo : 

KHP

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