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Ecrire comme Henri Lopes?

Samedi 6 Octobre 2018 - 19:19

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Plus on écrit, plus on se décrit, peut-on dire. Ce texte que nous donnons à lire en recension de notre propre lecture du dernier roman d’Henri Lopes, Il est dejà demain,  paru au mois de septembre dernier, chez JC Lattès, est le troisième de la série qui est publié dans les colonnes des Dépêches de Brazzaville. Le premier, « Henri Lopes présente son livre à Paris », le 7 septembre ; le second « Il est déjà demain d’Henri Lopes », le 14 septembre.

Si les deux premiers textes ont tour à tour annoncé la parution de l’ouvrage, sa présentation au public par l’auteur et son voyage à travers les librairies du monde, dans celui-ci, nous revenons sur quelques anecdotes de « famille » qui le parcourent. Voilà pourquoi, justement, la question balancée plus haut est de savoir si on peut écrire comme l’auteur de Tribaliques, Le Pleurer rire, Une Enfant de Poto-Poto… écrit.

N’exagérons rien. Henri Lopes est un homme profondément attaché à ses racines. Et comme la plupart des hommes qui peuplent cette terre densément multicolore que nous avons en commun, les siennes sont mixtes. Enfant de chez nous ici, au Congo, il n’est pas moins le citoyen du monde quand on considère son arbre généalogique. Une note trouvée sur Google Books le résume si bien : « Ses parents étaient tous les deux métis, nés d'une mère "indigène" et d'un père colon. Henri Lopes a hérité de cette dualité… »

Mais Henri Lopes est aussi un auteur qui ne s’embarrasse pas de petites vérités croquantes et quand bien même elles peuvent être personnelles, intimement familiales, il les partage à travers ses écrits. Lisons :

Pages 51-52 : « J’avais peur des ténèbres, aussi, afin de me rassurer, mon lit avait été placé dans la chambre de mes parents. En pleine nuit, un bruit me réveille. Deux ombres se meuvent dans la couche de mes parents et je perçois des chuchotements, des soupirs, des halètements, des cris… "Papa, attention ! y a quelqu’un dans ton lit… Ce rien, Riqeut (le diminutif dont on m’affublait), c’est rien, c’est le boy. – Tu dors avec le boy, papa ?" . J’ai oublié la réponse de papa ». Vous l’avez compris, maman était absente.

Pages 63-64 : « Je dormais sur un lit de camp picot auquel était fixée une moustiquaire…Abandonné dans la prison de ma moustiquaire, j’avais le sentiment d’être trahi par maman qui, à l’extinction des feux, accompagnait Ducas (ou Ducasse) dans l’unique chambre de la case de fonction. J’en sanglotais. J’enrageais de constater que, sous mes yeux, maman me quittait pour pénétrer dans la chambre, et sans doute dans le lit, de quelqu’un d’autre que papa. J’avais soudain le besoin d’appeler mon père à mon secours, lui que j’avais honni pour la manière dont il avait traité ma mère ». Assez clair, ce n’était pas papa.

Ces scènes ont lieu respectivement à Maluku, près de Léopoldville, actuelle Kinshasa au Congo belge (République démocratique du Congo) où Henri Lopes a vu le jour, et à Bangui, en Oubangui-Chari, actuelle République centrafricaine, où le futur écrivain, homme politique et diplomate, après un détour par Brazzaville, est accueilli avec sa mère, l’« incident » de Maluku ayant alors causé la séparation de ses parents.

Comme bien d’autres moments qui meublent sa vie, Henri Lopes n’a rien voulu cacher de ceux qui ont construit son enfance. Devenu grand, il s’est affranchi du conseil que lui répétait sa maman il y a bien longtemps, à savoir : « Les enfants ne doivent pas poser trop de questions et encore moins juger leurs parents ». Leçon retenue malgré tout car Il est déjà demain, pourrait être une façon de dire que du temps qui passe il faut penser à demain, à l’essentiel. On le ressent au long des 506 pages de cette autobiographie rcihe en enseignements.

Gankama N'Siah

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