Evocation. Voie ferrée Brazzaville-Pointe Noire: CFCO ou CFCA ?

Jeudi 2 Mai 2019 - 21:35

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Objet d’une controverse quasi planétaire sur l’hécatombe des ouvriers africains pendant sa construction dans les années 20 du XXe siècle, le chemin de fer qui relie les deux principales villes du Congo, Brazzaville et Pointe-Noire, continue de nourrir des disputes de salons.

Dans son roman "Le feu des origines" paru en 1987, Emmanuel Dongala, faisant écho à cette controverse, avait élevé une stèle à la mémoire de ces morts en écrivant notamment : « Voyageur , si un jour tu prends le chemin de fer qui mène du grand fleuve à l’océan, écoute attentivement le claquement des roues sur les rails car chacun d’eux, chaque tac-tac, dénombre un mort ; alors pense un peu à tous ces hommes ensevelis dans ces montagnes où tu passes et rappelle-toi qu’ici il y a un mort pour chaque traverse. Cela aidera peut-être leur âme à dormir en paix ».

L’intrusion de l’écrivain dans le drame du Congo-Océan a ouvert le champ à l’intelligentsia nationale sur d’autres débats non actualisés, liés à ce même chemin de fer. La nouvelle controverse, certes, moins sinistre, mais tout aussi vigilante et animée s’ouvre sur l’interpellation et la mise en accusation pour usurpation de place d’un membre du champ lexical dénommant cette voie ferrée.

Il apparaît, détail non négligeable, que l’énoncé "Chemin de fer Congo-Océan" pose problème. Le couple formé par Congo et Océan trahit la dérive sémantique où le tour de force de concilier des choses dissemblables est patent. La rupture du parallélisme des formes est frappant qui dénonce le cafouillage imposé par le despotique gouverneur, Raphaël Antonetti, dans le choix de la dénomination  de cette voie ferrée. Le terme Océan usurpe la place du terme  Atlantique et fait du couple Congo-Océan un canard boîteux qui défie le bon sens.

Le mot Congo désigne le nom d’un fleuve, d’un cours d’eau qui se déverse dans la mer. Le mot Océan désigne une vaste étendue d’eau planétaire. Nous avons donc, d’une part, le fleuve qui s’appelle le Congo et, d’autre part, l’Océan qui s’appelle l’Atlantique. Or, dans la formulation du nom de la voie ferrée, le terme Atlantique  qui désigne l’océan dont il s’agit est escamoté, boycotté, royalement ignoré. En tenant compte de l’équilibre des formes, on devait adjoindre le terme Fleuve au terme Océan et le terme Congo au terme Atlantique. Dans ce cas, les propositions de noms de cette voie seraient soit : Chemin de fer fleuve-océan (CFFO) ou Chemin de fer Congo-Atlantique (CFCA). Mais, jamais Chemin de fer Congo-Océan (CFCO) pour des raisons que nous venons d’évoquer.

Dans la presse coloniale, d’autres variantes de dénominations fourmillaient. On y allait du Chemin de fer Brazzaville-Pointe Noire (CFBP) à Chemin de fer Brazzaville-Océan (CFBO). Proposée dès le premier coup de pioche du lancement des travaux de la ligne par Victor Augagneur, en février 1921, cette dernière appellation fut escamotée par son successeur Antonetti qui imposa le générique Congo-Océan dans un esprit de règlement de compte, parce qu’il avait, selon Robert Poulaine, journaliste de " l’Impartial" paraissant à l’époque des faits, le plus profond mépris pour Brazza.

Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Aux jours et ans de notre réification, le Chemin de fer Congo-Atlantique s’était construit avec nous et sans nous. Aux jours et ans de notre renaissance, notre veille est une lumière qui éclaire d’un jour nouveau ce passé que nous assumons en le corrigeant, d’où la faculté d’en débattre sous tous ses aspects.

 

 

 

 

 

François-Ikkiya Onday-Akiera

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