Interview. Anatole Collinet Makosso : « Le dispositif de lutte contre la fraude aux examens d'Etat produit ses effets»

Samedi 30 Juin 2018 - 18:45

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Les épreuves écrites du Brevet d’études du premier cycle (BEPC) se sont déroulées du 27 au 30 juin sur toute l’étendue du territoire national. Interviewé par la presse, le ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et de l’alphabétisation, qui a bouclé sa ronde au CEG Jean-Félix-Tchicaya de Pointe-Noire,  a annoncé que les cas spécifiques identifiés, surtout à Brazzaville, seront portés devant la justice.

 

Les Dépêches de Brazzaville (L.D.B.) : Monsieur le ministre, vous avez sillonné quelques départements de la partie sud du pays avant de répartir à Brazzaville. Quel constat avez-vous fait concernant le déroulement des épreuves du BEPC à travers le pays ?

Anatole Collinet Makosso (A.C.M.) : Il n’y a pas meilleur constat que celui fait par les candidats eux-mêmes, qui m’ont rappelé tout à l’heure que le Brevet d’études du premier cycle s’est déroulé dans des conditions optimales de température et de pression. Je ne peux qu’emprunter à ces élèves leurs phrases et partager ce constat à tout le monde et me permettre de dire que tel a été le constat fait sur toute l’étendue du territoire national.

L.D.B. : Ce qui signifie qu’il n’y a rien à reprocher du point de vue de l’organisation?

A.C.M. : Non ! On ne peut pas avoir une telle prétention, ce n’est pas possible. On ne peut pas dire que tout est parfait, c’est une œuvre humaine. J’aime toujours le dire, la perfection n’est pas de ce monde et que chaque fois, effectivement, il peut y avoir un certain nombre de failles que nous constatons. Le plus important ce n’est pas de faire des choses sans failles, de façon parfaite mais c’est la capacité qu’on a de corriger les failles toutes les fois qu’elles se présentent. Et c’est ce que nous faisons d’année en année, au fur et à mesure que nous organisons les examens.

Les candidats eux-mêmes ont eu un comportement dans l’ensemble exemplaire. Vous avez vu qu’au fur et à mesure que nous avançons, l’idée de lutter contre la fraude en milieux scolaires est davantage en train de gagner la conscience collective, en commençant par les enfants eux-mêmes. En effet, ces derniers comprennent petit à petit que les marchands d’illusions, les chevaliers de la fraude, ont tendance à vouloir leur faire boire de l’eau de mer en faisant croire qu’ils dégustent la Limonade. Vous avez vu qu’on a eu moins de « bébés lilis », de téléphones, même s’il y en a eu dans certaines localités. Avec le dispositif que nous avons mis en place, nous avons encore décelé beaucoup de choses mais on peut dire que cette année, il y en a eu beaucoup moins que les années antérieures.

 Cela ne nous fait pas baisser la garde, nous restons vigilants, parce que quoi que nous fassions, la fraude en milieux scolaires est loin d’être vaincue, pas seulement au Congo mais à travers le monde. Donc, le combat contre la fraude est un combat global et nous lutterons contre la fraude en milieux scolaires, à quelque niveau que ce soit, de quelque manière que ce soit. Nous intensifierons les moyens pour que nous arrivions à bout de la fraude et par un dispositif important.

L.D.B. : Vous organisez les examens d’Etat depuis trois ans. Peut-on dire que la tendance à la fraude est en baisse dans notre pays ?

A.C.M. : Oui ! Mais nous ne pourrons baisser la garde que lorsque la victoire sur la fraude en milieux scolaires sera totale, parce qu’il y a toujours quelques citoyens véreux qui continuent à entretenir de petits laboratoires. Nous leur faisons la démonstration dans la politique qui est mise en œuvre car lorsque nous nous rendons compte qu’il y a une menace quelque part, surtout lorsqu’elle est circonscrite, même si elle n’est pas réelle, elle est supposée l’être. Nous travaillons pour qu’elle soit maintenue loin de nous et qu'elle soit écartée.

Le dossier complet sur les cas spécifiques identifiés cette année sera transmis au procureur de la République pour qu’une action judiciaire  soit engagée et des sanctions exemplaires infligées aux auteurs et complices. Parmi les cas identifiés, il y a la transhumance, le mercenariat, les laboratoires, la vente des sujets fictifs, réels ou présumés réels. J’insiste, les acteurs qui se sont livrés à de telles manœuvres, même si cela n’aurait produit aucun effet sur le déroulement des examens, devront répondre devant le procureur de la République. Nous devons montrer que l’Etat agira avec fermeté.

L.D.B. : La fin du BEPC marque également la fermeture des classes au titre de l’année scolaire 2017-2018. Peut-on dire que mission accomplie ?

A.C.M. : Je voudrais ici saluer ce qu’a été le travail de l’ensemble des acteurs pendant toute l’année scolaire. Nous sommes aujourd’hui le 30 juin, il s’agit du dernier jour de l’année scolaire qui a commencé en octobre. C’est l’occasion du bilan, que l’on peut considérer comme satisfaisant dans l’ensemble, tant du côté des parents d’élèves, parce qu’ils ont financé l’année scolaire à plus de 60%. En effet, si je mets de côté la ressource liée à la prise en charge du personnel titulaire, les fonds qui ont permis de faire fonctionner l’école cette année sont venus principalement des parents d’élèves qui avaient adhéré à notre approche de financement participatif, alternatif depuis la rentrée scolaire. Donc, s’il y a un hommage à rendre, une reconnaissance à traduire, c’est d’abord en direction des parents d’élèves. Le second acteur qui mérite d’être salué, ce sont les personnels enseignants et nos partenaires sociaux, que sont les syndicats, parce que, encore une fois, l’année se termine aujourd’hui sans qu’il y ait eu le moindre mouvement social alors que dans une société humaine, les contradictions ne manquent pas, surtout dans les rapports entre employeurs et employés. Mais par le dialogue, par la paix, nous avons réussi à gérer toute l’année scolaire sans qu’il y ait eu rupture des relations entre les enseignants et les élèves. Ils méritent donc de recevoir ici et maintenant la reconnaissance publique.

Propos recueillis par Parfait Wilfried Douniama

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