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Jérusalem, la pierre

Lundi 11 Décembre 2017 - 12:13

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Jour « historique », jour « sombre », initiative « regrettable », ou décision « courageuse » - c’est selon-, les réactions à la déclaration du président américain, Donald Trump, le 6 décembre, reconnaissant Jérusalem comme capitale de l’Etat Hébreux ont été nombreuses et contradictoires. Elles reflètent la réalité du conflit Israélo-palestinien sur lequel la communauté internationale a multiplié des approches depuis des décennies sans jamais qu’une seule soit couronnée de succès.

Egal à lui-même, le 45e président des Etats-Unis est passé outre les pudeurs et prudences diplomatiques habituelles. La vérité est qu’elles étaient façonnées par une volonté partagée de garder sous bandages les plaies de la lancinante querelle territoriale entre les deux belligérants afin qu’elles suppurent moins. Ses prédécesseurs avaient longtemps maintenu le statu quo sur le destin de la Ville Sainte. Ils confrontaient chaque fois leur désir de franchir le pas aux conséquences que produirait une décision unilatérale prise en contradiction avec le droit international, sans faire de leurs promesses électorales des accomplissements irrépressibles qui ne tiennent pas compte de la réalité sur le terrain.

En décidant de « choquer » les opinons (c’est ainsi qu’est jugée sa sortie du 6 décembre), Donald Trump a soulevé la pierre. Car Jérusalem si désirée, si disputée, si célébrée reste à la fois la pierre d’achoppement et la pierre de touche des peuples de la région, Israéliens, Palestiniens, entendu, mais aussi bien d’autres qui l’ont en partage. Ils en parlent tous comme leur lieu de vie, ne peuvent admettre qu’elle ne leur appartienne plus à tous, ne souhaitent pas qu’elle n’ait de place que pour étaler leurs contradictions millénaires. C’est pourquoi, peut-être, la déclaration du président américain n’a pas reçu le même écho favorable partout.

La pierre, quand on la soulève avec ses deux mains, c’est qu’elle pèse lourd. Bien souvent, la question que l’on se pose est de savoir comment la ramener au sol sans se faire mal. Si elle reste longtemps suspendue, elle peut, en effet, revenir à vos pieds à une certaine vitesse et vous écorcher les pieds. Ce qui est vrai, aussitôt la décision du président Trump dévoilée, les manifestations de rue ont éclaté en Palestine. Enfin, un peu comme d’habitude quand la tension monte avec Israël, mais cette fois le sujet paraît trop sensible en raison du défi que pose le déménagement annoncé de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.

On sait que depuis près d’une décennie, le processus de paix au Proche-Orient bat de l’aile. Les guerres en Syrie et en Irak, les rivalités entre l’Iran et ses voisins arabes l’ont relégué au tiers plan laissant se développer des initiatives plus ou moins isolées sur le front diplomatique. Le président américain s’est-il peut être engouffré dans cette brèche, comme le fit naguère son homologue russe, Vladimir Poutine, lorsqu’en l’absence de consensus avec les Occidentaux sur la crise ukrainienne, il ordonna le retour de la Crimée à la « Mère-Patrie ». Depuis, son pays ploie sous le poids des sanctions renouvelées de ses voisins.

A terme, lorsque les diplomates américains aménageront officiellement à Jérusalem, tous leurs homologues étrangers en poste en Israël continueront peut-être d’officier à Tel-Aviv. Le problème d’Israël, au fond, n’est certainement pas de voir son plus grand allié le rejoindre dans la ville qu’il revendique comme sa capitale éternelle, il est d’établir avec son voisinage des rapports de reconnaissance réciproque. On pense qu’un terrain d’entente dans ce sens avec la Palestine ouvrirait la voie à tous les espoirs, à toutes les désescalades. Epreuve difficile, si l’on considère que l’allié en capacité d'aider Israël à cet aboutissement a pris le risque de rendre la situation encore plus complexe.

A moins que l’initiative du locataire de la Maison-Blanche ne soit un appel du pied lancé aux parties palestinienne et israélienne, afin qu’elles reviennent à la table des négociations. Autrement, la pierre en suspens pourrait déflagrer en de toutes fines particules et alimenter une nouvelle Intifada (guerre des pierres justement), avec toutes les conséquences dramatiques déjà durement vécues des deux côtés par le passé.

Gankama N'Siah

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