Littérature : les romans africains de la rentrée

Vendredi 19 Octobre 2018 - 19:37

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Le dernier ouvrage de l’écrivain béninois, Florent Couao-Zotti, n’est pas en tant que tel un roman paru lors de cette rentrée littéraire. Publié en mars dernier, il est si beau que nous n’avons pas pu nous empêcher de le présenter pour le conseiller aux amoureux des livres qui l’auraient manqué.

La scène du "Western tchoukoutou" nous emmène à Natingou City, ville montagneuse dans le nord du Bénin, où trois personnages singuliers, répliques parfaites des caractères du Far West, tiennent sous leur joug la population par leurs actes excentriques. Un vacher bagarreur, un inspecteur de police teigneux et un homme d'affaires, desperado amorphe et vif à la fois. Apparaît soudain une jeune femme vengeresse donnée pour morte dans des circonstances fort troubles, Nafissatou Diallo, sous le nom de Kalamity Djane, pistolet au poing, annonçant bien haut dans le mythique "Saloon du Desperado" son désir, sa décision irrévocable d’abattre les trois terreurs.  Après le western américain, le western-spaghetti, voici donc la spécialité béninoise : le western qui joue d’une arme de destruction passive alcoolisée : le western tchoukoutou.

Une vraie réussite que ce roman original et dépaysant de Couao-Zotti, tant par l’écriture que par l’histoire, très bien trouvée et vivante à souhait. On est transporté au Bénin, par la magie des mots de l’auteur qui sont autant d’images subtiles pour nous emmener à Natingou City sans effort. En dire plus serait dommage tant il faut découvrir d’abord ce beau roman. Par petites touches, les personnages, les lieux, leurs habitudes et compromis avec la vie pour suivre ensuite l’intrigue.

Les personnages sont tous très bien campés. Leur façon de parler, à travers la langue de l’auteur très belle et imagée, donne un petit côté humoristique et nonchalant à cette histoire décalée mais crédible. Et on se prend à tourner les pages, à revenir en arrière pour redécouvrir une phrase amusante, un proverbe, à lire à haute voix les chants de l’éternel amoureux pour les mots et les rimes. On voyage, on s’émeut, on s’amuse. Et tout cela dans une langue savoureuse. Ce roman est un véritable régal, à  consommer sans modération, un roman qui devrait vous enchanter, sinon je vous jure que je vous rembourse.

Florent Couao-Zotti s’est, semble-t-il, donné une spécialité dans la littérature africaine ; trouver des titres originaux et inoubliables pour ses ouvrages comme "Poulet bicyclette"  ou Si la cour du mouton est sale, ce n’est pas au cochon de le dire" », mieux encore " Le collectionneur de vierges".  L’auteur qui publie son dernier roman dans la collection Continents noirs des éditions Gallimard a déjà remporté de nombreux prix à l’instar du prix Ahmadou-Kourouma en 2010. Traduit dans de nombreuses langues, il prend un malin plaisir à faire vivre sous sa plume le politicien véreux, la prostituée malade d’amour ou le sorcier exorciste, bref la vie comme elle va dans les bas-fonds de la société béninoise, pour ne pas dire africaine.

 

Boris Kharl Ebaka

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