Mali : l’accord d’Alger difficile à mettre en oeuvre

Mercredi 2 Septembre 2015 - 12:36

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La signature, le 20 juin dernier, de l’accord de réconciliation d’Alger par la rébellion de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), augurait le retour de la paix dans l’ensemble du pays. Mais aujourd’hui tous les espoirs semblent tombés en désuétude en raison de la résurgence du conflit au nord, notamment entre les groupes armés et les forces progouvernementales qui avaient paraphé ce texte un mois plus tôt.

Pour de nombreuses personnes dont certains observateurs, avec la signature de l’accord d’Alger, le processus de paix allait enfin  solidement se mettre sur les rails. Fort malheureusement, il n’en est nullement question en raison de la reprise des combats au nord du pays.  En effet, cela fait quasiment deux mois, jour pour jour, après la signature de l’accord de paix, qu’on assiste à une forte poussée de fièvre sur le terrain.

Tout a commencé lorsque des groupes armés progouvernementaux ont repris des mains des rebelles, la localité stratégique d’Anéfis,  située à 120 kilomètres au sud de Kidal, bastion des rebelles touareg. De ces violents affrontements qui s’y sont déroulés entre les loyalistes de Gatia (Groupe d’Autodéfense Touareg Imghad et Alliés) et la rébellion touareg réunie au sein de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA), l’on sait qu’ils se sont soldés par plusieurs morts. Et ce, même si au dernier moment la Gatia a annoncé sa volonté de libérer Anéfis, mais a ralenti le pas, prétextant que les populations civiles de la région de Gao ne souhaitent pas leur départ sans conditions de Anéfis. Les désaccords persistent donc entre les protagonistes et il n’est pas certain que les parties concernées vont accepter de faire de nouvelles concessions pour privilégier l’intérêt de la nation.

De plus, chaque partie continue d’accuser l’autre de violation de cessez-le-feu. Devant cet état de chose et pour faire baisser la tension, la Mission multidimensionnelle intégrée pour la stabilisation du Mali (Minusma) avait décidé d’établir  une « zone de sécurité » autour de Kidal. Une décision qui a été contestée par la CMA et dénoncée par Bamako. Loin de s’arrêter là, la CMA avait ensuite décidé de suspendre sa participation aux travaux du Comité de suivi de l’accord de paix visant à mettre fin au conflit au nord du Mali.

C’est donc dans ce climat de rivalités, c’est-à-dire sur fond de tensions dans son pays que le président malien Ibrahim Boubacar Keita a effectué une visite de 48 heures en Algérie pour discuter avec son homologue algérien, Abdelaziz Bouteflika, médiateur dans la crise malienne. Même si rien n’a filtré de leur entretien, l’on croit savoir qu’il tournait autour de la mise en œuvre de l’accord de paix dans le Nord du Mali, une zone toujours très instable.

En dépit de l’accord existant, la médiation internationale a toujours du pain sur la planche pour résoudre durablement la crise malienne. Les violences qui se poursuivent sur place prouvent que la hache de la guerre ne sera pas enterrée bientôt. D’ailleurs pas plus longtemps que mardi, deux soldats maliens ont été tués dans l’attaque d’un poste militaire à Tombouctou, dans le nord. Et selon un responsable au ministère de la Défense, qui a confirmé cette information, il y a eu également des blessés. Un véhicule des forces armées maliennes a même été emporté par les assaillants qui ne peuvent être que les partisans des groupes rebelles.

Quant à la visite à Alger, d’IBK, il faut dire qu’est intervenue à un moment de grande détérioration de la situation sécuritaire dans son pays, surtout au Nord, toujours objet de discorde entre le gouvernement et la rébellion touareg. Cette visite avait pour but entre autres, et «au premier chef, la mise en oeuvre de l’Accord d’Alger pour la paix et la réconciliation », mais la CMA voit les choses autrement. Pour son porte-parole, Almou Ag Mohamed, «l’effectivité de la mise en œuvre de l’accord n’est pas possible en l’état actuel des choses»

Pour rappel, notons que des groupes djihadistes liés à Al-Qaïda ont contrôlé le nord du Mali de fin mars-début avril 2012 jusqu’au déclenchement, en janvier 2013, d’une intervention militaire internationale, qui les en a chassé. Mais plusieurs zones échappent encore au contrôle des forces nationales et internationales, contre lesquelles ces islamistes multiplient depuis des mois des attaques contre les positions de l’armée régulière ou des groupes armés qui la soutiennent.

 

 

Nestor N'Gampoula

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