Portrait : PCM, parcours de l'ancien combattant de la culture de Ponton

Samedi 10 Mai 2014 - 1:15

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Le 4 juin, la dixième édition du festival N'Sangu Ndji Ndji va voir le jour dans la capitale économique. Des têtes d’affiche comme le chanteur sénégalais Ismaël Lô et le Congolais de la diaspora Fredy Massamba seront entourées d'une vingtaine de musiciens locaux de tous les genres

À Pointe Noire, Pierre-Claver Mabiala (PCM), le créateur du festival  N'Sangu Ndji Ndji est un infatigable combattant de la culture. Sans trop de soutien mais avec une énergie incroyable, il arrive depuis quinze ans à faire vivre son modeste Espace Yaro à Loandjili.

Né il ya 41 ans, PCM a traversé  toutes les étapes de la culture populaire de la ville portuaire. Déjà à l'âge de 10 ans, il entre dans le mouvement de la jeunesse catholique Yambote qui donne la possibilité aux jeunes, à côté de l'éducation religieuse, de pratiquer des jeux, la lecture, le théâtre, la danse. Très vite, PCM devient encadreur de ce mouvement à l'église Chist-Roi de Loandjili où il fait ses première expériences théâtrales à travers des saynettes (forme minithéâtrale amusante avec de la bouffonnerie).

En 1988, PCM rejoint une troupe théâtrale, Les Mariens de l'Union de la jeunesse socialiste congolaise au collège Moe-Poaty. Deux ans après, à la faveur d’une tourné de comédiens professionnels venus de France  au Centre culturel français, il participe à l’atelier Punta Negra dédié aux jeunes artistes de la ville. Mais c’est l’année 1992 qui marque un tournant dans sa vie d’artiste lorsqu’il assiste aux  aux répétitions de la Roccado Zulu Compagnie, chère à Sony Labou-Tansi, au lycée de la Libération à Brazzaville. Le jeu des comédiens Victor Louya, Nicolas Bissi et d'autres bouleverse le jeune. « Un univers s'ouvre pour moi », se souvient PCM. Dès son retour à Pointe Noire, avec ses amis PMC rebaptise la troupe théâtrale Les Mariens en Compagnie théâtrale Les Bivelas. La compagnie joue les pièces de nombreux auteurs, dont Tchimbakala Goma (le fondateur des Mariens), Frédéric Pambou, Guillaume Oyono Mbia, Wole Suinka, Georges Courtellines… tout en continuant à bénéficier du soutien et de la formation de l’atelier Punta Negra du CCF.

En 1996, PCM prend la direction de la compagnie et s'essaye pour la première fois à la mise en scène avec le texte Jusqu'à nouvel avis de Guillaume Oyono Mbia. Dans sa démarche, il s’inspire du travail de son maître, Jean-Pierre Makosso, son premier metteur en scène, venu de Punta Negra.  Dès lors, l’Afrique s’ouvre à lui. Il quitte le Congo pour faire une tournée au Burkina Faso. « Cela a changé ma vie. Ça m’a permis de sortir de mon isolement artistique de Pointe-Noire en allant voir le travail des autres. »

La création de l’espace Culturel Yaro permet à la compagnie d’avoir désormais un lieu de production : « Il nous a permis de jouer nos pièces plusieurs fois par an et d’accueillir des groupes musicaux. »  Parallèlement, PMC et compagnons se lancent dans la création des Jouthec, Journées théâtrales en campagne, festival de théâtre à Loango dont le financement est assuré par les seuls organisateurs.

PMC rencontre un autre combattant de la culture africaine, Vincent Mambanchaka, fondateur de l'Espace Linga-Tère à Bangui, qui lui enseigne l’organisation et la gestion selon les normes professionnelles des structures culturelles, le mécanisme pour monter les dossiers afin d’obtenir des subventions auprès des organisations comme la Francophonie, Africalia... L'Espace Yaro commence a héberger des groupes de musique pour les encadrer et les accompagner dans la mise à disposition de l’espace de répétitions et de spectacle ainsi que pour l’élaboration de leurs dossiers.

L'Espace Yaro fait une programmation musicale, et en 2005 PCM lance le festival musical N'Sangu Ndji Ndji. « Ponton est une ville cosmopolite, dit-il, et le festival est notre vision artistique mais aussi politique. À travers la musique, on essaie de renforcer  le dialogue entre les cultures dans une ville cosmopolite ou les communautés qui viennent de partout cohabitent et subissent au quotidien des chocs culturels. » Au cours de ses dix éditions, le festival N'Sangu Ndji Ndji a fait venir à Pointe Noire les artistes kenyans Makadem et Winyo, sénégalais Omar Pene, camerounais Black Roots et Kareyce Fotso, béninois H2O, guinéens les Espoirs de Corontie, les Congolais (RDC) Lokua Kanza, lexxus légal, djonimbo….

Poursuivant sa lutte, il lance  au Congo en 2012 le réseau panafricain Arterial, déjà actif dans quarante pays, dont il devient président. En 2013 à Cape Town, PCM est élu membre du comité de pilotage continental d’Arterial NetWork. Il siégera désormais pendant deux ans aux côtés de neuf autres membres pour prendre les grandes décisions du réseau. « Arterial travaille pour la prise en compte de l’artiste et de son travail, sur les modèles des politiques culturelles des pays africains. Il fait le lobbying et le plaidoyer auprès de gouvernements, de mécènes et de partenaires privés », explique-t-il.

Celui qui a consacré sa vie entière à la création et à la promotion des arts à Pointe-Noire regrette de ne pas avoir beaucoup de temps pour jouer et faire de la mise en scène. « Je vis très modestement avec à mes revenues personnels. Avec mes cachets de formateur, d’artiste, de prestataire de services culturels et artistiques pour les entreprises privées, je finance à 80% le fonctionnement de l'Espace Yaro. Je m'endette et j’hypothèque ma vie pour faire tenir debout les activités de Yaro. Je ne sais pas combien de temps j'arriverai  encore à me battre»

Sasha Gankin