Santé : l’Unicef mène un plaidoyer pour promouvoir la nutrition

Mercredi 11 Juillet 2018 - 16:45

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Véritable problème de santé publique en RDC, la malnutrition touche vingt et une provinces sur les vingt-six que compte le pays.

 

 

 

Selon les dernières données statistiques, 43% d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique, soit presque un enfant sur deux, une forme de malnutrition longtemps ignorée mais ayant des conséquences dévastatrices. À cela s’ajoute la malnutrition aiguë touchant plus de deux  millions d'enfants de moins de 5 ans, soit un enfant sur dix.

La malnutrition multiplie le risque de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans. Face cette situation, l’Unicef mène un plaidoyer pour sauver des milliers d’enfants menacés par cette maladie, surtout ceux de la région du Grand Kasaï, victimes des attaques de la milice de Kamwina Nsapu. C’est dans ce cadre que les membres du Réseau des journalistes amis de l’enfant (RJAE) ont été conviés à prendre part à une émission produite par l’Unicef  sur la malnutrition, dans l’objectif de sensibiliser la communauté aux conséquences de cette maladie.

Sur le plateau érigé pour la circonstance, on a noté la présence du directeur du Programme national de nutrition, le Dr Guylain Kaya, de la cheffe section nutrition Unicef/RDC, Ines Lezana, du Pr Mapatano Mala Ali, chef de département de nutrition à l'école de santé publique et chargé de programme à la coopération suisse  et  d'Eustache Ndokabiya Dunia, membre du groupe inter bailleur nutrition en RDC.

Au cours de cette émission,  les quatre  intervenants ont répondu aux différentes questions des journalistes portant sur la malnutrition avec un accent particulier  sur la situation au Kasaï où plus d'un enfant sur dix meurt avant d'avoir fêté son cinquième anniversaire, tandis que la moitié des enfants de moins de 5 ans souffre d'un retard de croissance induit par une malnutrition chronique.

Intervenant en premier, le Dr Kaya du Pronanut a d'abord défini la malnutrition  qui sous-entend une maladie grave due à un déséquilibre d'apport alimentaire qui ne satisfait plus au besoin de l'organisme. Cette malnutrition, a-t-il ajouté, peut être chronique ou aiguë . Chronique, c'est quand l'enfant connaît un retard de croissance. Elle est aiguë  lorsqu'il y a un problème de déséquilibre d'apport alimentaire qui peut être en excès ( l'obésité) ou tout comme en carence (Kwashiorkor). Cette forme de malnutrition aiguë , a-t-il souligné, constitue un boulevard pour d'autres maladies conduisant ainsi à la mortalité.

Après avoir brossé un tableau sombre de la situation de la malnutrition en RDC qualifiée d'alarmante surtout avec les récents événements du Kasaï, le Dr Kaya a indiqué que le gouvernement et ses partenaires se mobilisent pour renverser la tendance. Il s'agit principalement des interventions préventives, à savoir l'allaitement exclusif de l'enfant durant les mille premiers jours, la consultation préscolaire pour le suivi de la croissance de l'enfant jusqu'à 5 ans, l'éducation communautaire et les aspects de la prise en charge. Par rapport à la situation, il a fait savoir qu'il y a lieu d'espérer mais a demandé au gouvernement d'investir dans la nutrition qui constitue la fondation d'un système sanitaire. "On ne peut pas vacciner ni donner des antituberculeux et antirétroviraux dans un environnement malnutri", a-t-il déclaré. Il a insisté sur le fait que la nutrition doit être une priorité du gouvernement  pour contribuer à la fin de la mortalité infanto-juvénile. La malnutrition, a-t-il conclu, constitue une charge pour le gouvernement car il perd chaque année 1,174 milliard de dollars américains pour sa lutte.

Les conséquences de la malnutrition

Pour la cheffe de la section nutrition à l'Unicef, Ines Lezama, ce fléau demeure l'une des principales causes  à la survie, à la santé, à la croissance et au développement des capacités des millions d'enfants ainsi que pour le progrès de leur pays.

Ines Lezama a souligné que ce ne sont pas uniquement les enfants de moins de 5 ans qui meurent chaque année mais également des femmes suite à une anémie. La malnutrition, a-t-elle indiqué,  entraîne des déficits  cognitifs qui se manifestent par des difficultés de mémoire, une lenteur intellectuelle ou des troubles spécifiques d'apprentissages en lecture, écriture ou mathématiques. Sur le plan économique, le pays enregistre des pertes énormes estimées entre 3 et 8% du produit intérieur brut, soit une perte annuelle pour  la RDC de 1,174 milliard de dollars américains.

Pour sa part, le Pr Mapatano Mala Ali a insisté sur le fait que la malnutrition est multifactorielle et résulte d'une conjonction de causes immédiates, sous-jacentes et fondamentales. En matière de pourcentage, il a démontré  que 52% des nourrissons de moins de six mois ne sont pas allaités exclusivement au sein, 9,3% seulement des enfants de six à vingt-trois mois reçoivent une diète minimale acceptable, 38% de la population a un régime alimentaire pauvre et limité, la moitié des ménages a accès à une source d'eau améliorée et 18% des ménages utilisent un assainissement approprié. D'où la réponse à cette problématique doit être multisectorielle. C'est pourquoi, il a insisté pour que le gouvernement développe les efforts pour renverser cette tendance car il y a un avenir qui est compromis pour le pays.

L’appui des partenaires

De son côté, le chargé de programme à la coopération suisse, Eustache Ndokabiya Dunia, a affirmé que la coopération suisse soutient les efforts du gouvernement dans le secteur de la santé et également dans d'autres domaines, notamment la nutrition. C'est depuis 2015, a-t-il dit, que la coopération suisse  avec le gouvernement, le FAO, le PAM  et l'Unicef a développé  ensemble un modèle pilote d'un projet de lutte contre la malnutrition dans le Sud-Kivu où un enfant sur deux souffre de la malnutrition chronique. "Nous apportons quelques ressources techniques et financières et au bout de deux ans, nous nous sommes rendu compte que le projet a aidé les femmes enceintes et les enfants de 0 à 5 ans, en dépit de certains défis sur lesquels on travaille avec le gouvernement et les agences de système des Nations unies et la société civile pour mener des efforts ensemble dans la lutte contre la malnutrition", a-t-il déclaré.

En RDC, a-t-il expliqué, leurs  interventions portent dans les domaines de la santé, de médias, psychosocial et de l'eau potable pour la population. En ce qui concerne le programme Nutrition, il a des approches innovantes dans ce sens qu'elles vont au-delà du domaine de la santé. C'est une approche qui est articulée autour de quatre axes, à savoir le développement des mécanismes sensibles à la malnutrition, faire des interventions qui ciblent la population vulnérable, les activités visant à assurer la sécurité alimentaire à travers l'agriculture, le changement de comportement, eau, hygiène et assainissement et les aspects de coordination. Cette coordination, a-t-il renseigné, est centrée autour de l'autorité gouvernementale.

 

Blandine Lusimana

Légendes et crédits photo : 

Une vue des intervenants au cours de l'émission

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