Théâtre : « Du Coq à l’âne » adapté pour la scène

Jeudi 24 Juillet 2014 - 10:45

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimable

Premier des huit ouvrages du général Moundélé-Ngolo, dont le dernier est attendu le 25 juillet 2014, Du Coq à l’âne, paru en 2002, a fait l’objet d’une représentation théâtrale, à travers « Carnet d’un somnambule »

Avant le lever de rideau, Guy Stan Matingou, le metteur en scène, a délivré un message dans lequel il a paraphrasé Guy de Bosschère, qui, quand il lançait que 1960 serait l’année de la grande épidémie des indépendances (africaines), ne s’attendait guère au constat désolé que Frantz Fanon, la même année, quelques mois avant sa mort, confiait à Jean-Paul Sartre : « J’ai cru longtemps que les peuples d’Afrique ne se battraient pas entre eux. Hélas, le sang noir coule, des Noirs le font couler, il coulera longtemps encore : les Blancs s’en vont, mais leurs complices sont parmi nous, armés par eux. La dernière bataille du colonisé contre le colon, ce sera souvent celle des colonisés entre eux. »

Face à l’Afrique, les mots, hélas, ont du mal à tout expliquer. Difficile de raconter tant la « cocasserie » contre son « corps » impose l’effroi. Benoît Moundélé-Ngolo part de ces constats et livre des propos privés et des confidences, dont il faut se méfier de détourner le sens, à tous ceux qui, navrés par une époque faite de chausse-trappes et de traquenards, veulent se réconcilier avec eux-mêmes et l’histoire. Du Coq à l’âne fait référence à un passé encore présent car, comme l’écrivait Faulkner, « le passé ne meurt jamais, il n’est même pas encore passé ».

« Adapter ce texte pour le théâtre m’a semblé un acte citoyen, un acte de cœur essentiel », a expliqué Guy Stan Matingou. Ici, il est question de l’homme, de sa place dans l’histoire, où les mots nous conduisent parfois dans des escaliers qui se jettent dans le vide. Peut-être le vide de notre existence. « Et ensemble sur un plateau, nous tentons de combler ce vide par les chants, les mots de cet emmerdeur de génie qui contribue à la défaite de l’amnésie », car « le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d’années plus tard », écrivait Aragon.

Un roman qui aide à se conduire dans la vie

L’adaptation pour le théâtre Du Coq à l’âne, jouée par Gaëlle Andrée Ngangoula, Yvon Vembé et Guy Stan Matingou, aide à bien se conduire dans la vie. « À nous de l’emprunter, car le théâtre est un moment de vie plus pleine, plus intense que tous les moments de la vie quotidienne. Les acteurs que nous sommes tentent de conduire leurs semblables, nos frères et sœurs vers cette réconciliation précaire, menacée, jamais totalement acquise […]. Si le quotidien nous offrait toutes ces réconciliations, peut-être ne ferions-nous plus de théâtre pour tenir droit dans la vie », explique Guy Stan Matingou.

Ils jouent, donc, et ils avancent, telle est leur charte de citoyen. Ils avancent péniblement, ils avancent à la seule force, non pas de leurs bras, mais de leurs mots et de leur souffle, pour être au cœur de la vie, de la mort, de l’amour, en prise directe avec le réel.

Avec ce spectacle, Guy Stan Matingou, a voulu prolonger cette expérience émouvante de dire, dire les fièvres et les blessées, dire des idioties. Peu importe. Qu’importe les esprits en déconfiture et autres porteurs d’esprits endormis. « Dire des idioties, de nos jours où tout le monde réfléchit profondément, c’est le seul moyen de prouver qu’on a une pensée libre et indépendante », clamait Boris Vian. Le metteur en scène pense qu’il faut également méditer la formule de Spinoza : « Ne pas déplorer, ne pas rire, ne pas détester, mais comprendre », ce qui est un véritable défi au théâtre.

Qui sont Guy Stan Matingou et Benoît Moundélé-Ngolo ?

Né le 6 janvier 1966 à Brazzaville, Guy Stan Matingou s’initie à la pantomime auprès de Maloubouka Pédro au théâtre de l’Éclair sous la direction de l’écrivain Emmanuel Dongala, en 1986. Il entre au Théâtre national congolais en 1988, alors qu’il n’a que 22 ans. Lors de la célébration du bicentenaire de la Révolution française, en 1989, il est fait citoyen d’honneur de la ville de Pontarlier (Jura). En 1990, il obtient une bourse allouée par le gouvernement français pour une formation d’acteur à Bordeaux auprès de l’association Migrations culturelle Aquitaine-Afrique, dirigé par Guy Lenoir. Il est l’un des rares jeunes comédiens congolais et noir à avoir joué dans la cour du palais des Papes d’Avignon en 1997, dans La tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire, une mise en scène de Jacques Nichet avec le théâtre des Treize Vents de Montpellier (Centre dramatique national Languedoc-Roussillon). Il a travaillé avec Sony Labou Tansi, Matondo Kubu Turé, Nicolas Bissi, Alain Timar (théâtre des Halles - Avignon), Philippe Adrien (théâtre de la Tempête à la Cartoucherie de Vincennes - Paris). Il a adapté, mis en scène et interprète Monsieur Le Député d’Henri Lopes, Le Délire de Thomas Silou, Tuer Germaine, d’après African Psycho d’Alain Mabanckou. Il prépare Petroleum Agency, d’après Pétrole de Sylvestre Ossiala et un one man show d’après Le mort vivant d’Henri Djombo. Il fait des tournées en France, en Suisse, en Afrique (RDC, Côte d’Ivoire, Bénin, Cameroun, Maroc, Burkina Faso, Gabon, Sénégal…)

L’auteur Du Coq à l’âne est né le 28 septembre 1943 à Tsambitso, dans le district d’Oyo, en République du Congo. Benoît Moundélé-Ngolo, général de division à la retraite, a été ministre entre 1979 à 1989 ; directeur central des constructions et des fortifications des forces armées congolaises de 1992 à 1997 ; conseiller spécial à la présidence de la République de 1997 à 1999 ; puis administrateur-maire de la ville de Brazzaville de 1999 à 2003. Il exerce les fonctions de préfet du département de Brazzaville depuis le 10 février 2003.

Bruno Okokana

Légendes et crédits photo : 

Une vue de la salle lors de la représentation (© Adiac).