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Tour d'éclairage sur un roman d'histoire

Lundi 21 Mai 2018 - 14:30

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L’autre jour, par amour pour les œuvres de l’esprit et sans doute aussi par curiosité, de nombreux Brazzavillois avaient pris d’assaut la salle de conférence d’un grand hôtel de la capitale congolaise, réquisitionnée expressément pour une rencontre autour d’un livre. L’auteur, Mfumu Di Fua Di Sassa, présentait le dernier né de ses trouvailles littéraires en 2017 : Le roman historique de la conférence nationale souveraine, paru chez Atelier Beaudley. On pourrait dire, chez lui-même.

Au menu de ses 358 pages, le « roman » de Mfumu promène le lecteur dans les contours de la Conférence nationale souveraine de 1991 qui est, comme l’histoire le retient et comme chacun en convient, le moment fondateur du pluralisme politique en cours au Congo depuis cette date. L’honnêteté de cette œuvre et sa finesse tiennent au fait que son concepteur s’est attaché à présenter les faits tels qu’ils sont apparus à tous pendant cette période cruciale du passage du monopartisme au multipartisme. En s’appuyant sur ce témoin intransigeant mais presque gênant, la presse.

L’ouvrage reprend, en effet, les articles de l’"Agence congolaise d’information" (ACI) qui relatent au quotidien les différentes phases de cette grande réunion politique retentissante. Depuis les difficiles préparatifs jusqu’à sa tenue effective, on replonge dans les débats de forme et de fond qui en constituaient la trame : la qualité des conférenciers, les quotas des partis et associations, la souveraineté ou non de l’événement, sa durée, son budget, le per diem des participants. Dans ce presque tout et presque rien, l’encre et la salive avaient abondamment coulé sur la souveraineté de la conférence qui se l’octroya.

Contrairement à la controverse d’écoles qui s’était enclenchée le jour de la présentation de l’œuvre autour de sa catégorisation, on peut dire, à la lecture, qu’il n’a pas été un tort de lui faire porter le titre de roman. Au fait, la conférence nationale souveraine déroulait un roman de la vie politique congolaise dans ses mérites et ses déficiences. Il est intéressant de continuer à consulter ce livre si on veut prendre le pouls du champ politique congolais. Tout compte fait, si la constance ne fait pas partie de cet univers, il est des hommes qui avaient une vision noble de ce que devraient être les états généraux de la nation congolaise.

Dans le « roman », un passage renseigne sur le tempérament de certains dirigeants. Retenons le propos de l’un d’eux, qui espérait voir le processus de démocratisation se départir de calculs politiciens : « Si la souveraineté de la Conférence nationale devrait aboutir à la remise en question des pouvoirs publics et de ceux du chef de l’Etat, le triomphe de la logique révolutionnaire et insurrectionnelle sera consacré ». Yvon Norbert Gambeg s’exprimait ainsi, pour le compte de son parti, lorsque la question de la souveraineté de la Conférence divisait les Congolais. L’article de l’ACI, daté du 18 février 1991, qui rapporte les faits, figure en pages 77-78 du « roman ».

Dans la préface de Congo-Brazzaville, la clameur démocratique des années 1990, essai signé du rédacteur de la présente réflexion, Jean Claude Gakosso note : « La Conférence nationale du Congo demeure à tous égards un repère en tant que pause dans l’histoire, mais un repère installé dans l’inconfort. Il n’est que de songer aux incessantes controverses qu’alimente son souvenir ». Ce n’est pas fini, puisque Mfumu promet d’emmancher à nouveau sa plume pour nous proposer prochainement « La Conférence nationale, acquis et reculs ».  

Gankama N'Siah

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Édition Quotidienne (DB)

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