Paul Kagame et Makhtar Diop lient l’avenir de l’Afrique à l’enseignement des sciences et de la technologie

Dimanche 30 Mars 2014 - 7:15

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Lors d’un forum à Kigali au Rwanda, le président Paul Kagame et le vice-président de la Banque mondiale (BM) pour la région Afrique, Makhtar Diop, ont attiré l’attention sur le besoin urgent du continent de scientifiques, ingénieurs et techniciens, pour répondre aux exigences de la compétitivité et contribuer au développement et à la prospérité collective de leurs pays

Leader dans les domaines des sciences et de la technologie, en collaboration avec la BM, le Rwanda a organisé un forum, intitulé « Accélérer les ambitions de l’Afrique », dont l’objectif était de stimuler les capacités en termes de sciences, de technologie et d’ingénierie, considérées comme des moteurs de la croissance et de la création d’emplois en Afrique.

Issus du secteur privé et de partenaires au développement, les participants ont fait part de leur intention de réaliser des investissements stratégiques dans l’enseignement des sciences, de la technologie et de l’ingénierie en vue d’accélérer la transition du continent vers la société développée, fondée sur le savoir, en l’espace d’une génération.

Objectif 2025 : multiplier par deux d’ici à 2025 la part des étudiants sortant des universités africaines avec un diplôme scientifique

Paul Kagame s’est félicité de l’engagement pris à consolider et mobiliser des ressources pour renforcer les capacités dans ces domaines conformément à la volonté de transformation socio-économique des Africains. « Notre engagement collectif doit se traduire par des actions concrètes en termes d’innovation dans l’optique du développement de nos populations et de notre continent », a-t-il déclaré.

Makhtar Diop, pense que pour être plus compétitive, développer ses échanges commerciaux et supprimer les obstacles à l’accès aux marchés, l’Afrique doit étoffer son savoir-faire et ses compétences dans les domaines des sciences et de la technologie. Le continent doit donc se fixer des objectifs audacieux, notamment multiplier par deux d’ici à 2025 la part des étudiants sortant des universités africaines avec un diplôme de mathématicien, de scientifique ou de technicien. « Le moment n’a jamais été aussi propice pour mettre l’accent sur l’enseignement supérieur, en particulier les sciences, la technologie et les mathématiques », a-t-il souligné.

L’engagement des États à réformer les systèmes d’enseignement supérieur

Les États se sont engagés à collaborer avec les partenaires au développement et le secteur privé en vue d’accompagner la transformation socioéconomique du continent au moyen de mesures stratégiques destinées à réformer les systèmes d’enseignement supérieur, accroître la part des étudiants dans les sciences, la technologie et l’ingénierie et améliorer la qualité de l’enseignement et de la recherche. Ils se sont en outre engagés à utiliser les flux croissants d’investissements directs internationaux en vue de renforcer les capacités technologiques, attirer davantage de femmes dans les disciplines scientifiques et techniques et améliorer l’enseignement des sciences et des mathématiques à tous les niveaux.

Le forum a émis l’idée de la création de centres d’excellence régionaux dans l’agriculture, la biotechnologie, la santé, l’eau et l’assainissement, ainsi que les technologies de l’information et de la communication. Mahktar Diop a invité l’Afrique à utiliser l’expérience de pays comme le Brésil, la Chine, l’Inde et la Corée.

Satisfaire au besoin de sciences et de technologie passe par l’éducation

En amont de cette préoccupation des sciences et de la technologie, l’Afrique a besoin d’une meilleure qualité éducationnelle et de formation pour accélérer son développement durable. Pour ce faire, elle doit tout simplement transformer ses systèmes d’éducation et de formation afin qu’ils deviennent des leviers puissants pour la production du capital humain dont elle a besoin.

Pour y parvenir, l’Afrique aura besoin de ses partenaires externes, notamment l’Union européenne (UE), et d’inventivité beaucoup plus que de mimétisme dans sa quête de transformation et d’amélioration de la qualité de son environnement, car il s’agit d’une question essentielle pour ce continent. La question de l’éducation doit donc être le socle permettant de réaliser la vision de l’UA, d’une Afrique pacifique, prospère, pensée, dirigée par sa population, prenant en compte les attentes de sa jeunesse, du secteur privé, de la société civile et de la diaspora.

L’Afrique a besoin d’atteindre rapidement une masse critique de capital humain pour impulser les changements sociaux, culturels et politiques nécessaires à son développement durable, des travailleurs en pleine possession de compétences, des hommes et des femmes hautement qualifiés pour contribuer à la production de connaissances scientifiques et d’innovations technologiques et au développement d’une société de la connaissance compétitive au niveau international.

L’Afrique appelée à changer ses systèmes éducatifs et de formation

Au cours du premier forum ministériel africain sur l’intégration des TIC dans les secteurs de l’éducation et de la formation à Tunis (Tunisie) en décembre 2013, il a été rappelé que l’Afrique avait besoin, de manière stratégique, de transformer ses systèmes d’éducation et de formation respectifs. Mais il a aussi été reconnu que les défis à relever étaient de taille, dans un continent où 30 millions d’enfants en âge d’être scolarisés en cycle primaire ne vont pas à l’école ; où il faut combler la pénurie d’enseignants, estimée à plus de 30% des effectifs, soit plus d’un million d’enseignants ; améliorer la qualité de l’enseignement et des méthodes pédagogiques ; accroître la disponibilité des manuels scolaires et leur pertinence, autant de défis dans un continent qui pourraient trouver une solution à travers les TIC pouvant atteindre toutes les couches et partout. La culture numérique devient donc indispensable et urgente en Afrique.

L’objectif premier du forum : la création d’une plateforme de dialogue

Pour atteindre l’objectif premier fixé par le forum, qui est la création d’une plateforme de dialogue de haut niveau, réunissant à la fois décideurs des ministères de l’Éducation et représentants des organismes de développement, ainsi que du secteur privé spécialisé dans les TIC et de la société, il fallait travailler en premier sur la compréhension mutuelle, les changements de paradigmes.

Les pays d’Afrique subsaharienne doivent aujourd’hui gérer leur héritage démographique, offrir des opportunités d’emploi et d’insertion à leur jeunesse qui représente déjà 40% de la population, effectifs qui vont nécessairement augmenter pour devenir une opportunité s’ils ont une meilleure éducation, de bonnes formations, un travail, mais une bombe si les conditions de leur intégration ne sont pas remplies. Beaucoup d’incertitudes pèsent encore dans le devenir de la jeunesse africaine, où l’évolution des taux de fécondité reste élevée dans la plupart des pays. La population de l’Afrique subsaharienne devrait au moins doubler, et atteindre entre 2 et 5 milliards d’habitants en 2050, soit une génération après que le projet de formation des scientifiques promis par Paul Kagame et Mahktar Diop ait connu son plein essor.

Comment appréhender ce futur proche dans un continent qui manque d’outils statistiques fiables, dont personne ne maîtrise le taux de fécondité et où posséder un ordinateur chose indispensable, relève d’une gageure tant certains services administratifs n’en sont pas toujours dotés, où les délestages sont devenus banals et où l’on se refuse de faire du ministère de l’Éducation un poste régalien ?

Noël Ndong