Assemblées annuelles de la BAD : Brazzaville a insufflé un nouvel élan au développement de l’Afrique
Quarante-deux ans après avoir accueilli les Assemblées annuelles de la BAD en 1984, la République du Congo a renoué avec ce grand rendez-vous continental. Du 25 au 29 mai, Brazzaville et le pôle urbain de Kintélé ont réuni les principaux acteurs du financement du développement africain autour de la question de mobilisation des ressources nécessaires à la transformation économique du continent. Les échanges ont surtout souligné l’urgence de repenser les mécanismes de financement de l’Afrique confrontée à des besoins annuels estimés à plus de 400 milliards de dollars, largement supérieurs aux ressources actuellement disponibles pour soutenir ses ambitions de transformation structurelle. À l’ouverture des travaux, le président du Groupe de la BAD, Sidi Ould Tah, a dressé le constat d’un paradoxe que malgré son potentiel, l’Afrique ne représente qu’environ 3 % du commerce et du produit intérieur brut mondiaux. Face à ce déficit de financement, les participants ont défendu une nouvelle architecture financière africaine capable de mobiliser davantage l’épargne du continent, d’attirer les capitaux privés et de réduire les risques perçus par les investisseurs. Le renforcement des marchés de capitaux, des mécanismes de garantie et des institutions régionales de financement apparaît ainsi comme l’une des principales pistes pour rendre les projets africains plus attractifs. Les débats de Brazzaville ont également porté sur la nécessité de transformer les institutions financières africaines afin de les rendre plus efficaces dans la mobilisation des ressources. La BAD entend notamment renforcer les instruments permettant de mutualiser les risques et de sécuriser les investissements. La consolidation du capital de l’Agence africaine d’assurance du commerce et de l’investissement a été présentée comme une illustration de cette nouvelle génération d’outils financiers. L’objectif est de créer un environnement plus favorable aux investissements dans les secteurs stratégiques que sont les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et le numérique. Pour le président congolais, Denis Sassou N’Guesso, le financement du développement doit désormais être considéré comme un instrument de souveraineté économique africaine. Il a appelé à repenser les mécanismes existants pour répondre aux besoins du continent et accélérer la réalisation des infrastructures indispensables à son développement. Cette convergence de vues entre la BAD et les autorités congolaises, d’après Didier Acouetey, conseiller spécial du président de la BAD chargé de la nouvelle architecture financière africaine, a donné aux Assemblées de Brazzaville la dimension d’un espace de dialogue économique, mais aussi de diplomatie et de recherche de solutions africaines aux défis africains. L’intégration économique au cœur des ambitions Brazzaville a également insufflé la réflexion sur l’intégration économique du continent. En marge des Assemblées annuelles, le premier « Integrate Africa Forum » a placé le commerce intra-africain au centre des débats autour du thème « Fabriqué en Afrique, commercialisé en Afrique ». L’ambition affichée était de faire du commerce intra-africain un moteur de transformation industrielle, de création de chaînes de valeur régionales et de croissance durable. Les discussions ont notamment porté sur la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine, le financement des ambitions industrielles et le développement d’économies africaines plus compétitives et résilientes. Dans cette dynamique, Brazzaville a également envoyé un signal politique fort en faveur de la libre circulation des Africains. À l’occasion de la Journée de l’Afrique, le président Denis Sassou N’Guesso a annoncé qu’à compter du 1er janvier 2027, les ressortissants africains pourront entrer au Congo sans visa. Cette décision s’inscrit dans une volonté plus large de renforcer la circulation des personnes et des biens, le commerce intra-africain et l’intégration régionale. Elle traduit également l’ambition de rapprocher les peuples et de faciliter la construction d’un espace économique africain davantage intégré. La vision Congo 2063 Les Assemblées annuelles ont constitué pour le Congo une importante vitrine économique. Les autorités congolaises ont profité de cette tribune pour présenter les grandes orientations de la Vision Congo 2063, fondée sur la diversification de l’économie, la modernisation des infrastructures et le développement du capital humain. Le pays entend notamment valoriser ses ressources forestières, minières, agricoles, touristiques et logistiques afin d’accélérer sa transformation structurelle. Sa position géographique, au cœur de l’Afrique centrale et du bassin du Congo, est présentée comme un atout pour développer les échanges régionaux et faire du pays une plateforme multimodale. La Journée de l’investissement du Congo, dans cette perspective, a permis de présenter aux investisseurs et partenaires au développement plusieurs projets dans les domaines de l’énergie, des infrastructures, du numérique et de l’industrie. Le gouvernement a notamment mis l’accent sur le « pacte national énergétique », qui ambitionne de mobiliser plus de deux milliards de dollars pour renforcer la production et la distribution d’électricité. Le Congo vise une capacité énergétique de 3 000 MW dans les prochaines années et 10 000 MW à l’horizon 2040. Des financements climatiques Un autre temps fort des assises de Brazzaville a été la mobilisation de ressources en faveur du Fonds bleu pour le bassin du Congo. La première table ronde des bailleurs consacrée au financement de son plan d’investissement a permis d’annoncer des engagements évalués à près de 3,554 milliards de dollars. La Banque mondiale a promis une enveloppe d’un milliard de dollars, tandis que la BDEAC s’est engagée à verser 600 millions de dollars sur trois ans. Le Fonds vert pour le climat a annoncé 320 millions de dollars. La BAD et la Chambre de commerce africaine en Scandinavie ont, pour leur part, mobilisé 350 millions de dollars sur trois ans. Le Fonds africain de solidarité disposera de 500 millions de dollars, pendant que d’autres institutions ont proposé des garanties destinées à accompagner la réalisation de 70 projets prioritaires. Ces ressources doivent contribuer à financer des projets liés à la préservation des forêts, à la gestion durable de l’eau, au développement agricole, à la transition énergétique et à la résilience climatique de la population du bassin du Congo.
Fiacre Kombo Légendes et crédits photo :1- Les officiels à l'ouverture des assises/DR
2- Vue des participants aux assemblées annuelles/DR |