Canada-Afrique : Ottawa invité à rattraper son retard sur le continentSelon Rieaz Shaik, le Canada continue largement d’aborder l’Afrique sous l’angle de l’aide au développement et de la sécurité, alors que la dynamique économique du continent change rapidement. Le risque est simple : arriver trop tard sur des marchés que la Chine, les Émirats arabes unis, la Turquie et d’autres puissances économiques investissent déjà. Cette critique intervient alors que le Canada cherche à diversifier ses échanges internationaux. L’objectif affiché par le gouvernement de Mark Carney de doubler les exportations canadiennes hors des États-Unis au cours de la prochaine décennie donne à l’Afrique une importance nouvelle. L’Afrique du Sud, plateforme stratégique Pretoria veut précisément jouer le rôle de passerelle. Rieaz Shaik plaide pour la conclusion d’un partenariat stratégique entre le Canada et l’Afrique du Sud autour de cinq secteurs prioritaires : agroalimentaire, infrastructures, mines, énergie et technologies de pointe. L’enjeu dépasse les relations bilatérales. Avec la Zone de libre-échange continentale africaine, l’Afrique du Sud peut constituer pour les entreprises canadiennes une porte d’accès à un marché continental beaucoup plus vaste. Inversement, Pretoria voit dans le Canada une plateforme vers l’Amérique du Nord et l’Amérique latine. Trois entreprises canadiennes déjà implantées en Afrique du Sud illustrent ce potentiel : AGT Foods, McCain et Hatch. Leur présence pourrait servir de point d’appui à une expansion continentale, à condition que les entreprises bénéficient d’un accompagnement commercial et diplomatique plus structuré. Le commerce doit dépasser les mines Le rapport du Sénat canadien consacré aux relations avec l’Afrique va dans le même sens : Ottawa doit renforcer ses capacités diplomatiques et commerciales sur le continent et sortir d’une relation trop concentrée sur les ressources minières. L’agriculture constitue notamment un terrain de coopération particulièrement prometteur. Une délégation Sud-africaine s’est récemment rendue en Saskatchewan et en Alberta pour étudier leurs écosystèmes associant recherche, technologies agricoles, production et exportation. Cette expérience pourrait nourrir une coopération nouvelle entre les deux pays, précisément dans l’agriculture intelligente, la transformation alimentaire et la sécurité alimentaire. L’Afrique peut aussi apporter des technologies au Canada Le message de Pretoria ne consiste toutefois pas uniquement à demander davantage d’investissements canadiens. L’Afrique peut également devenir un laboratoire d’innovation pour les entreprises canadiennes. Le développement des paiements mobiles, de l'identification numérique et des services financiers décentralisés constitue un exemple particulièrement révélateur. Le secteur de l’intelligence artificielle offre aussi des possibilités. Des entreprises canadiennes pourraient tester et commercialiser certaines solutions directement sur les marchés africains, avant de rechercher une expansion internationale. Ottawa face à un choix stratégique Le véritable enjeu est désormais celui du calendrier. Ottawa peut attendre que les marchés africains deviennent pleinement matures, au risque de laisser d’autres puissances occuper durablement l’espace, ou décider d’investir maintenant dans les relations économiques, diplomatiques et technologiques avec le continent. L’Afrique n’est plus seulement un marché émergent : elle devient un terrain de compétition géoéconomique. Pour le Canada, la question n’est donc plus de savoir s’il faut y aller, mais s’il peut encore choisir sa place. Noël Ndong |