Crise énergétique mondiale : l’Appo pour un renforcement du marché pétrolier africain
Pour le secrétaire général de l’Appo, Farid Ghezali, cette situation ouvre néanmoins une fenêtre d’opportunité pour les pays africains producteurs de pétrole. Les exportations atlantiques des pays membres restent relativement préservées par rapport aux routes énergétiques du Golfe. L’Afrique dispose ainsi d’une capacité d’exportation estimée à environ 4 millions de barils par jour ainsi que de 50 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié, soutenue par des réserves évaluées à près de 715 trillions de pieds cubes de gaz. D’après Farid Ghezali, la hausse actuelle des prix pourrait générer des excédents exceptionnels pour ses pays membres. Les recettes supplémentaires liées à l’augmentation du prix du brut, estimées à environ 35 %, et du gaz naturel liquefié, autour de 45 %, pourraient atteindre entre 25 et 35 milliards de dollars au premier trimestre 2026. Certains pays africains pourraient bénéficier plus directement de cette conjoncture. L’Algérie, le Nigeria et l’Angola apparaissent comme les principaux gagnants immédiats, avec un impact positif estimé entre 15 % et 25 % sur leurs équilibres budgétaires. Face à cette situation, l’Appo invite les États africains à transformer cette phase de tension mondiale en moteur de transformation énergétique continentale. Parmi les priorités identifiées figure l’accélération des infrastructures stratégiques. L’organisation recommande notamment de renforcer les projets de gazoducs panafricains, en particulier le TGSP gazoduc reliant trois pays membres de l’Appo, à savoir l’Algérie, le Niger et le Nigeria, dont la mise en œuvre pourrait intervenir à l’horizon du premier trimestre 2028. Le développement de hubs régionaux de gaz naturel liquéfié constitue également un axe majeur afin d’accroître la capacité d’exportation du continent. Construire une diplomatie énergétique africaine Au-delà des infrastructures, l’Appo insiste sur la nécessité de consolider une diplomatie énergétique unifiée. L’organisation souhaite renforcer son rôle de plateforme de coordination pour les producteurs africains afin de peser davantage dans les négociations internationales. Elle plaide notamment pour la création d’un « siège africain » au sein de l’Agence internationale de l’énergie, afin que les intérêts énergétiques du continent soient mieux représentés dans la gouvernance mondiale du secteur. Dans cette dynamique, Farid Ghezali entend œuvrer pour la montée en puissance de la Banque africaine de l’énergie, dont l’objectif est de mobiliser jusqu’à un milliard de dollars d’ici à fin 2026 pour financer les projets énergétiques du continent. Il recommande, par ailleurs, aux pays africains de rééquilibrer progressivement leurs débouchés commerciaux. L’objectif serait de porter environ 60 % des exportations vers l’Europe, 25 % vers l’Asie et 15 % vers les marchés intra-africains. La crise actuelle pourrait également renforcer les partenariats énergétiques entre l’Afrique et l’Europe, notamment à travers des contrats de long terme impliquant des acteurs majeurs du continent. Parallèlement, le Nigeria pourrait accroître ses ventes spot vers l’Inde et la Chine, avec une progression attendue des volumes pouvant atteindre 45 %. Fiacre Kombo Légendes et crédits photo :Le secrétaire général de l'Appo, Farid Ghezali /DR |