Les Dépêches de Brazzaville



Exportation des grumes : le Congo s’oriente vers un modèle négocié au service du développement


Avec une superficie estimée à 23,5 millions d’hectares, dont environ 15 millions d’hectares sont dédiés à la production de bois d’œuvre, la forêt constitue un secteur stratégique pour l’économie congolaise. Chaque année, des milliers de mètres cubes de bois sont exploités dans une soixantaine de concessions forestières opérées par une trentaine d’entreprises. Une partie de cette production est exportée sous forme de grumes, une pratique souvent critiquée à l’international, mais que les autorités congolaises assurent être strictement encadrée par la loi 33-2020 du 8 juillet 2020 portant code forestier.

Selon le ministère de l’Économie forestière, ces exportations reposent sur un mécanisme légal précis : les autorisations spéciales. Ces dérogations permettent à certaines sociétés d’exporter du bois brut dans un cadre réglementé, avec pour objectif de répondre à des contraintes économiques tout en soutenant le développement d’infrastructures. « Le gouvernement congolais a signé en 2019 des conventions pour la réalisation d’ouvrages avec certaines sociétés forestières. Il s’agit notamment de ponts et de routes », explique la ministre de l’Économie forestière, Rosalie Matondo. Ces projets, financés en partie grâce aux exportations de grumes, s’inscrivent dans une logique de partenariat entre l’État et les entreprises du secteur.

Certaines sociétés, comme Sefyd, ont été citées dans des enquêtes médiatiques internationales. Pourtant, elles figurent sur la liste officielle des entreprises autorisées à exporter des grumes. Une situation assumée par le gouvernement, qui insiste sur le caractère contrôlé de ces opérations. D’après le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Thierry Moungalla, un volume global de plus de 2 millions de mètres cubes de grumes est concerné par ces autorisations. « Ces exportations contribuent à la mise en œuvre et au financement de projets d’infrastructures, sous la surveillance permanente des services publics », précise-t-il.

La géographie du pays joue également un rôle déterminant. Dans le Nord du Congo, certaines zones d’exploitation sont plus proches du port de Douala, au Cameroun, que de Pointe-Noire, principal port congolais. Pour des raisons logistiques et économiques, les entreprises privilégient donc parfois cette voie d’exportation.

Impulser le développement local

En contrepartie des autorisations accordées, les sociétés forestières s’engagent à réaliser des projets d’intérêt public. Parmi les infrastructures déjà livrées ou en cours de réalisation figurent l’École normale d’instituteurs de Mouyoundzi, le lycée de Vindoulou à Pointe-Noire, ainsi que plusieurs routes et ponts, notamment sur les axes Libenga et Motaba ou encore sur les rivières Niari et Numbie. Dans certaines localités, des équipements scolaires comme des tables-bancs ont également été fournis.

Dans le département de la Likouala, la construction du pont sur la Libenga progresse, contribuant au désenclavement des zones rurales et à l’amélioration de la mobilité de la population. Parmi les entreprises concernées par ces autorisations spéciales figurent Sefyd, Likouala Timber, CIB Olam, CIBN, Sofil, Taman, Sifam, Sicofor, Congo Déjà Wood et Asia-Congo. Le gouvernement souligne, par ailleurs, que ces sociétés ne sont pas exclusivement de capitaux chinois, reflétant la diversité des acteurs présents dans le secteur.

Un potentiel encore sous-exploité

Sur le plan économique, les autorités estiment que le potentiel forestier du pays atteint environ 9 millions de mètres cubes exploitables. Pourtant, seuls 2 millions de mètres cubes sont actuellement valorisés. Une marge de progression importante, selon Rosalie Matondo, qui ambitionne d’augmenter à la fois les volumes exploités et la diversité des essences utilisées. La forêt congolaise compte, en effet, près de 300 espèces de bois, dont seule une fraction (entre 30 et 60) est exploitée aujourd’hui. L’objectif affiché est d’élargir cette base pour accroître la contribution du secteur forestier au produit intérieur brut.

Au Congo, l’exportation des grumes n’a donc pas disparu. Elle a évolué vers un modèle encadré, négocié et conditionné. Un compromis que les autorités présentent comme un équilibre entre respect de la réglementation, impératifs économiques et besoins urgents en infrastructures.

 

 


Fiacre Kombo

Légendes et crédits photo : 

Le transport de grumes des sites de production vers les ports /DR