Exposition : Sarah Paul peint la lumière dans l’ombre des silences
Formée à l’école de peinture de Poto-Poto puis au centre d’art contemporain Les ateliers Sahm, l’artiste développe une pratique hybride mêlant peinture, collage, body painting et maquillage d’effets spéciaux. Chez elle, le corps devient un espace de mémoire et de résistance. « Le déclic est venu par l’observation de la société. J’ai ressenti le besoin d’en parler à travers mes œuvres parce que l’art est le langage des sans-voix », a confié l’artiste. Dans ses compositions dominées par des fonds sombres, les personnages émergent comme des apparitions sur une scène de spectacle. Le noir ou le bleu foncé, omniprésent, agit comme un contraste qui révèle la lumière. « Dans mon jargon artistique, je dis que je peins la lumière dans l’ombre. Les couleurs qui surgissent sur mes toiles expriment souvent la nervosité, le ras-le-bol, la fatigue de certaines réalités que vivent les femmes mais aussi l’espoir », a-t-elle expliqué.
Mais « Cordon ombilical » ne se limite pas aux toiles. Au centre de l’exposition, une installation immersive que l’artiste appelle « Le cœur du cordon » invite le visiteur à écouter des témoignages anonymes de femmes ayant vécu des violences. Les récits, venus du Congo, de la République démocratique du Congo, de France ou d’Haïti, créent une expérience sensorielle et introspective. Et à même le sol, des bouts de papiers sur lesquels on peut lire : stopper, vérité, justice, patriarcat, loi, violence, égalité, alerter, humain… Autant de mots qui invitent les visiteurs à la réflexion. Pour le critique d’art Rodney Zabakani, cette exposition dépasse la simple démarche esthétique. « Sarah Paul mobilise une forme universelle pour interroger la mémoire humaine face au silence entourant les violences sexuelles. L’esthétique et l’éthique s’y harmonisent pour transformer l’art en vecteur de sensibilisation et de questionnement collectif », pense-t-il.
Pour Sarah Paul, l’art est aussi un chemin vers la guérison. « Si une personne qui a souffert peut se reconnaître dans mes œuvres et commencer à guérir, alors mon travail aura déjà un sens », estime-t-elle. Derrière chaque toile, il y a aussi une réalité souvent méconnue : vivre de l’art. Sarah Paul lance ainsi un appel sincère au public et aux collectionneurs, les invitant à soutenir la création en acquérant ses œuvres, seule manière pour elle de continuer à créer et à vivre de son travail. Merveille Jessica Atipo Légendes et crédits photo :1- L'artiste peintre Sarah Paule/DR
2- Quelques tableaux et l'installation de la série "Cordon ombilical"/DR
3- Des visiteurs explorant le travail de l'artiste à l'IFC/DR |