Les Dépêches de Brazzaville



Gouvernance: Anatole Collinet Makosso aborde l’étape de l’accélération à la presse


Anatole Collinet MakossoPassées la présidentielle du 15 mars dernier à l’issue de laquelle il a été réélu à la tête de la République du Congo, puis la cérémonie d’investiture qui s’en est suivie au Parc sportif de Kintélé, Denis Sassou N’Guesso a décidé, le 24 avril, de reconduire Anatole Collinet Makosso dans ses fonctions de Premier ministre.

Ancien magistrat et homme de lettres jusqu’à son entrée en politique, Anatole Collinet Makosso est un fidèle de longue date du couple présidentiel, un temps conseiller du chef de l’État, un temps directeur de cabinet de la Première dame dont il est resté proche. Il intègre l’exécutif en 2011, en tant que ministre de la Jeunesse et de l’Instruction civique, puis de l’Enseignement, avant de se voir confier pour la première fois les rênes du gouvernement en mai 2021.

Dans une interview accordée à un hebdomadaire africain, Anatole Collinet Makosso a expliqué qu’il avait dû prendre ses fonctions, il y a cinq ans, dans un contexte économique qui était fragilisé depuis 2014 par la crise financière, et par la pandémie de covid-19. Beaucoup des principaux indicateurs étaient dans le rouge, dans un pays qui traversait également une crise de confiance avec ses partenaires financiers bilatéraux et multilatéraux, illustrée par les difficultés à conclure alors un programme avec le FMI.

Aujourd’hui, a-t-il poursuivi, la situation générale est différente. « Notre économie n’est certes pas encore florissante mais elle a été stabilisée. Malgré un contexte international instable, notre endettement est relativement maîtrisé et nous avons su préserver le pouvoir d’achat des ménages, dans un environnement en croissance positive et avec une inflation sous contrôle. Ce n’était pas le cas en 2021. Aujourd’hui, certains prérequis existent ; ils doivent désormais nous servir de rampe de lancement vers un avenir plus serein qu’il ne l’était il y a cinq ans », a indiqué le Premier ministre.

De ce fait, cela permet d’accélérer cette marche vers le développement promise par le président-candidat lors de la campagne présidentielle. La feuille de route du gouvernement est tout entière définie par ce projet de société, avec un certain nombre d’actions à mener dans les différents domaines prioritaires identifiés par le chef de l’État. « Auparavant, nous devons poursuivre le redressement de l’économie, par une meilleure mobilisation des recettes domestiques, afin de répondre aux préoccupations de la population, et tenir les engagements pris par le président devant les Congolais », a-t-il confié.

Le large score de 94,90 % reflète le capital confiance dont a joui le président-candidat auprès de la population. Pour lui, c’est une reconnaissance des Congolais au regard de ce qui a été réalisé au quotidien en matière de paix, d’unité et de stabilité. Ce résultat traduit leur sentiment que l’action menée ces cinq dernières années va dans le bon sens, pour eux comme pour le pays, et elle devrait se poursuivre. Ce qui peut expliquer aussi que 70 % du gouvernement précédent a été reconduit.

« C’est l’heure de l’accélération. Il faut écouter les messages envoyés par la mobilisation populaire qui a porté le chef de l’État au pouvoir, par les autres acteurs de la société civile et du monde des affaires. Il n’y a rien de plus normal que de nommer des représentants de ces catégories pour mettre en œuvre ce que leurs pairs attendent des pouvoirs publics », a-t-il poursuivi.

Quatre priorités identifiées pour accélérer la marche

En même temps, il a justifié l’entrée au gouvernement de Michel Djombo, ancien président d’Unicongo (Principale organisation patronale du pays), installé désormais à la tête du ministère du Développement industriel, des Zones économiques spéciales et de la Promotion du secteur privé. Une nomination qui devrait permettre aux opérateurs d’avoir confiance en leur ministre, celui-ci les connaissant bien. C’est un moyen de renforcer le dialogue avec le privé, de leur dire qu’ils ont la maîtrise de leur secteur. Ils savent ce qui peut parfois bloquer et peuvent donc contribuer à supprimer ces goulets d’étranglement.

Quant aux moyens financiers dont dispose le Congo pour la mise en place de l’accélération, il a répondu que le gouvernement a identifié quatre priorités : la réforme systémique de la fiscalité ; la mobilisation massive de financements innovants grâce au cadre législatif et réglementaire désormais mis en place ; la valorisation des ressources naturelles ; et la restructuration de la dette intérieure.

« Un travail important de refinancement de notre dette nous a déjà permis d’acquérir de nouveau la confiance des partenaires financiers qui souhaitent aujourd’hui nous aider en souscrivant à nos eurobonds. Nous ne pouvions en bénéficier auparavant, parce que les notations du pays étaient faibles », a-t-il expliqué, en rappelant que le ministre Christian Yoka a déjà présenté au Parlement le projet de loi de finances 2026.

Désormais, son pays peut utiliser ces facilités, et il va en exploiter les différents mécanismes. En refinançant sa dette, le Congo pourrait également gagner quelques marges, lesquelles, ajoutées à une meilleure mobilisation de ses ressources, avec la digitalisation notamment des régies financières, devraient lui permettre de financer l’économie et d’engager de grands travaux.

Concernant les projets tels celui de la réhabilitation du Chemin de fer Congo-Océan, le Chef du gouvernement a confié que le Congo veut confirmer sa place de hub multimodal de la sous-région depuis Pointe-Noire et son port en eau profonde, et lui faire jouer son rôle historique de pays de transit.

Après les assemblées de la Banque africaine de développement, entre les deux Congo, un travail important a été réalisé. L’appel à manifestation d’intérêt a été signé pour permettre aux entreprises de « sous-missionner ». Les chefs d’État Denis Sassou N’Guesso et Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo sont déterminés pour que les travaux démarrent avant la fin de cette année.

Par ailleurs, la République du Congo ouvre des négociations avec le FMI pour le lancement d’une nouvelle facilité élargie de crédit (FEC), après celle conclue en 2025. « C’était une étape indispensable de stabilisation et de redressement. Cette nouvelle FEC ne signifie pas que nous sommes de retour à la case départ. C’est un choix stratégique mûrement réfléchi, qui poursuit trois objectifs : accélérer les réformes amorcées, nous apporter les appuis budgétaires qui nous sont nécessaires pour combler les déficits de notre trésorerie, et soutenir la croissance et la résilience d’une économie désormais stabilisée… Nous avons toujours besoin de l’accompagnement du FMI pour garder la confiance de nos partenaires, mais aussi pour un meilleur suivi des réformes que nous menons. Cela permet d’éviter les errements. Il est difficile de changer l’économie d’un pays sans le soutien, parfois pressant, de ses partenaires », a conclu Anatole Collinet Makosso.


Marie Alfred Ngoma

Légendes et crédits photo : 

Anatole Collinet Makosso / DR