Les Dépêches de Brazzaville



Mayotte : la France durcit sa stratégie face à l’immigration clandestine


La France change de braquet à Mayotte. En déplacement dans l’archipel le 26 août, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé un renforcement majeur du dispositif de lutte contre l’immigration clandestine, estimant que les réseaux de passeurs « s’adaptent, mutent et bénéficient parfois de complicités locales ». Le constat du gouvernement est clair : malgré l’intensification des interceptions, les filières continuent de fonctionner. Au premier semestre de cette année, environ 16 000 à 16 500 étrangers en situation irrégulière auraient été éloignés, soit une progression d’environ 21 % par rapport à la même période en 2025.

Une surveillance qui change d’échelle

Paris entend désormais intervenir avant même que les embarcations n’atteignent les côtes. Les quatre radars de l’archipel seront renouvelés et complétés par des drones de longue endurance, des drones embarqués, des ballons captifs et des capacités reposant sur l’intelligence artificielle. Un poste militaire avancé permanent doit également être installé à M’tsamboro, tandis que la présence militaire en mer doit atteindre près de 191 jours en 2026, contre 137 en 2025. Le dispositif maritime sera lui aussi renforcé : le nombre d’intercepteurs, passé de quatre en 2017 à neuf en 2026, doit atteindre treize en 2028. Cette évolution traduit une véritable militarisation de la surveillance migratoire. L’objectif n’est plus seulement d’intercepter, mais de détecter, suivre et neutraliser les filières en amont.

L’aide contre la coopération

L’autre nouveauté est diplomatique. Paris veut instaurer un système de bonus-malus sur une partie de l’aide publique au développement destinée aux Comores et à six pays d’Afrique des Grands Lacs concernés par les flux migratoires vers Mayotte. Le principe est simple : les États qui coopèrent davantage avec la France en matière migratoire pourront bénéficier davantage de soutien ; ceux qui coopèrent moins pourraient être pénalisésLes critères annoncés porteront notamment sur les départs empêchés, les laissez-passer consulaires, les retours acceptés, le démantèlement des réseaux et le partage d’informations. Paris assure toutefois que l’aide humanitaire directe aux populations sera préservée.

Un tournant dans la relation avec l’Afrique

La stratégie française dépasse le seul cadre sécuritaire de Mayotte. Elle traduit une évolution de la relation entre la France et plusieurs États africains : l’aide au développement devient progressivement un instrument de politique migratoire. Cette approche peut renforcer la coopération avec certains gouvernements, mais elle comporte également un risque : être perçue comme une forme de conditionnalité, voire de pression, sur des États confrontés eux-mêmes à leurs propres difficultés économiques et sociales. Pour Mayotte, le défi demeure considérable. Pour la France, il s'agit désormais de démontrer que cette stratégie combinant sécurité, technologie, justice, diplomatie et développement peut réellement réduire les flux. Car derrière les chiffres et les dispositifs militaires subsiste une question fondamentale : peut-on durablement contrôler les migrations sans traiter les causes économiques, sociales et politiques qui poussent des milliers de personnes à prendre la mer ?


Noël Ndong