Les Dépêches de Brazzaville



Royaume-Uni : la guerre des cerveaux est ouverte


Le Royaume-Uni vient d’élargir son visa Global Talent à plus de cent entreprises de recherche et d’innovation, parmi lesquelles AstraZeneca, Jaguar Land Rover et Riverlane. Annoncée le 6 août, cette mesure vise à attirer des scientifiques, ingénieurs et chercheurs étrangers dans les secteurs considérés comme stratégiques pour l’avenir de l’économie britannique. Pour l’Afrique, l’annonce devrait être prise très au sérieux. Car derrière cette politique migratoire se joue désormais une véritable bataille mondiale des cerveaux. Le Nigeria apparaît comme le principal bénéficiaire africain. Au troisième trimestre 2025, il était le seul pays du continent présent dans le top 10 mondial du Global Talent, avec 126 visas accordés aux demandeurs principaux. Il devançait notamment l’Italie, l’Allemagne, l’Iran, la France et la Turquie. Une performance remarquable, même si elle reste modeste face aux 471 visas accordés aux Chinois, 357 aux Américains et 352 aux Indiens.

Le Nigeria domine, mais recule

Le paradoxe est particulièrement frappant. Le Nigeria demeure la première nationalité africaine pour les visas de travail sponsorisés : 1 843 visas Skilled Worker et Health & Care Worker en 2025. Mais ce chiffre représente une baisse de 49,5 % en un an. Derrière lui viennent l’Afrique du Sud avec 970 visas, l’Égypte avec 890, le Zimbabwe avec 841 et le Ghana avec 603. Le Maroc connaît, lui, une chute spectaculaire : de 744 visas en 2024 à seulement 126 en 2025, soit une contraction de 83,1 %. Ces chiffres montrent une Afrique à plusieurs vitesses face à la mobilité internationale des compétences. Le Global Talent est pourtant particulièrement attractif : il ne nécessite pas de certificat de parrainage d’employeur. Mais l’accès demeure exigeant. Pour les chercheurs, il faut notamment disposer d’une subvention d’un prix éligible d’au moins 30 000 livres sterling, couvrant au moins deux ans, être accueilli par une organisation britannique agréée et disposer d’au moins une année de contrat restante.

L’Afrique doit regarder au-delà de l’exode

Le véritable problème est donc en amont. L’Afrique ne manque pas de talents ; mais trop souvent d’écosystèmes capables de les financer, de les accompagner et de leur offrir des perspectives internationales sans les contraindre à l’exil. Le dispositif britannique cible notamment les technologies numériques, l’intelligence artificielle, l’informatique quantique, les sciences de la vie, l’énergie propre, l’ingénierie avancée et les industries créatives. Londres ne cache pas son ambition : attirer les compétences capables de produire l’innovation et la croissance de demain. Pour les pays africains, la question ne devrait donc pas être simplement de savoir combien de chercheurs partiront pour le Royaume-Uni. Elle devrait être : combien seront suffisamment valorisés chez eux pour choisir de rester ? Car chaque chercheur africain recruté par un grand laboratoire britannique représente, certes, une réussite individuelle. Mais lorsque les systèmes africains ne peuvent ni financer leurs chercheurs ni transformer leurs découvertes en entreprises, en brevets et en emplois, cette réussite individuelle peut devenir une perte collective.

Le Global Talent britannique est donc plus qu'un visa. C'est le signal d'une nouvelle compétition géopolitique : celle du contrôle des compétences, des connaissances et de l'innovation. L'Afrique a intérêt à l'entendre. La prochaine bataille pour sa souveraineté ne se jouera pas seulement dans ses mines, ses ports ou ses marchés. Elle se jouera aussi dans ses universités, ses laboratoires et dans la capacité à retenir ses cerveaux.


Noël Ndong