Les Dépêches de Brazzaville



Transport maritime : la surtaxe de guerre de MSC menace les importations africaines


La décision intervient dans un contexte d’escalade militaire impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël, qui a transformé deux passages maritimes cruciaux – le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb – en zones à haut risque. Pour les économies africaines, fortement dépendantes du commerce maritime, les conséquences économiques pourraient être significatives.

Deux points névralgiques sous tension

MSC justifie cette décision par la dégradation rapide de la sécurité dans ces deux corridors essentiels au commerce mondial. Depuis fin février, plusieurs incidents maritimes ont été signalés à proximité du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % des flux mondiaux de pétrole et de gaz. Téhéran a notamment laissé planer des menaces explicites contre les navires commerciaux franchissant ce passage stratégique. Dans le même temps, la situation demeure très tendue en mer Rouge. Les rebelles houthis du Yémen ont repris leurs attaques contre des navires marchands, perturbant le trafic maritime vers le canal de Suez. Face à ces risques, plusieurs grandes compagnies maritimes ont déjà décidé de contourner la zone en empruntant la route du cap de Bonne-Espérance, ce qui rallonge les trajets de deux à trois semaines selon les destinations et entraîne une hausse mécanique des coûts logistiques.

Jusqu’à 4 000 dollars par conteneur

La surtaxe annoncée par MSC concerne les cargaisons en provenance de plusieurs pays du Golfe – Bahreïn, Irak, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite et Émirats arabes unis – à destination de l’Afrique de l’Ouest, de l’Afrique de l’Est, de l’Afrique australe, du Mozambique et des îles de l’océan Indien. Le surcoût dépend du type de conteneur : 2 000 dollars pour un conteneur de 20 pieds (EVP), 3 000 dollars pour un conteneur de 40 pieds, 4 000 dollars pour un conteneur frigorifique (reefer). Ces montants s’ajoutent aux tarifs de fret existants, déjà orientés à la hausse depuis les premières attaques en mer Rouge en 2024. L’armateur indique suivre de près l’évolution sécuritaire et travailler avec les autorités maritimes pour sécuriser ses opérations, mais n’a pas précisé la durée de cette mesure.

Un impact potentiel sur les économies africaines

L’axe commercial entre la péninsule arabique et l’Afrique couvre des flux stratégiques : produits pétroliers raffinés, denrées alimentaires, engrais, matériaux de construction ou encore biens manufacturés. Dans un contexte où de nombreux pays africains restent structurellement dépendants de ces importations, la surtaxe pourrait se traduire par une augmentation directe des coûts à l’importation. La forte concentration du secteur du transport maritime amplifie ce risque. Si d’autres grands armateurs – tels que Maersk ou CMA CGM – adoptent des mesures similaires, la pression sur les coûts logistiques pourrait rapidement s’intensifier. Plus largement, cette crise révèle la vulnérabilité des économies africaines face aux chocs géopolitiques externes.

Faiblement diversifiées sur le plan des routes commerciales et disposant de marges budgétaires limitées pour absorber les hausses de coûts, elles se retrouvent en première ligne des répercussions d’un conflit auquel elles ne participent pas directement. L’évolution de la situation sécuritaire dans les détroits du Moyen-Orient sera donc déterminante pour mesurer l’ampleur réelle de l’impact sur les marchés africains.

 


Noël Ndong