Les Dépêches de Brazzaville



Washington durcit l’accès à l’immigration permanente : une décision aux implications géopolitiques majeures pour l’Afrique


Cette mesure, décidée par le département d’État, s’inscrit dans le cadre du durcissement de la politique migratoire engagé par l’administration de Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche. Elle concerne exclusivement les visas d’installation permanente et n’affecte pas, à ce stade, les visas temporaires de tourisme, d’affaires ou d’études. Washington justifie cette décision par la volonté de prévenir ce qu’elle considère comme une pression excessive sur les finances publiques américaines. Selon les autorités, le gel restera en vigueur tant que des garanties suffisantes ne seront pas apportées sur la capacité des nouveaux immigrants à subvenir à leurs besoins sans recourir aux aides sociales. En parallèle, les contrôles ont été renforcés : plus de 100 000 visas auraient été révoqués en un an, tandis que le ministère de la Sécurité intérieure évoque plus de 605 000 expulsions récentes et 2,5 millions de départs volontaires.

Sur le plan géopolitique, cette décision intervient dans un contexte de recomposition des relations entre les États-Unis et le Sud global. L’Afrique figure parmi les régions les plus touchées, avec des pays clés comme le Cameroun, le Nigeria, l’Égypte, le Maroc, la RDC, le Ghana, le Sénégal ou encore l’Éthiopie. Au-delà de l’impact migratoire immédiat, la mesure soulève des interrogations sur l’avenir des partenariats stratégiques, notamment dans les domaines de la sécurité régionale, de la coopération économique et de la diplomatie d’influence. Sur le plan géoéconomique, le gel des visas permanents pourrait affecter les flux de transferts de fonds, essentiels pour de nombreuses économies africaines. Les diasporas installées aux États-Unis jouent un rôle structurant dans le financement des ménages, l’investissement privé et le soutien aux start-up technologiques.

À moyen terme, la restriction de l’accès à la résidence permanente pourrait freiner la circulation des compétences et limiter les dynamiques de co-développement. Du point de vue sécuritaire et d’intelligence économique, Washington affirme vouloir renforcer le filtrage des profils entrants, dans un contexte de préoccupations liées aux fraudes, à l’immigration irrégulière et aux risques transnationaux. Toutefois, certains analystes estiment que cette approche pourrait paradoxalement affaiblir la coopération sécuritaire avec des partenaires africains engagés aux côtés des États-Unis dans la lutte contre le terrorisme, les trafics et l’instabilité régionale. En perspective, cette décision américaine pourrait accélérer une réorientation des mobilités africaines vers d’autres pôles - Europe, Golfe, Asie - et renforcer le débat sur la souveraineté migratoire, la gestion des talents et le rôle stratégique des diasporas dans le développement du continent.


Noël Ndong