Littérature : "Le rêve du pêcheur" remporte le prix des cinq continents de la Francophonie
Avec ces deux histoires savamment entrelacées, Hemley Boum signe une fresque puissante et lumineuse qui éclaire à la fois les replis de la conscience et les mystères de la transmission. D’autre part, il pose tout un ensemble de questions passionnantes et troublantes : jusqu’à quel point l’éloignement géographique permet-il de s’éloigner des failles familiales ? Et que laisse-t-on derrière soi lorsqu’on fuit ? Que deviennent les vies que nous n’avons pas vécues, les lieux désertés, les héritages suspendus ? L’exil efface-t-il la culpabilité ? Peut-on transmettre ce que l’on n’a jamais dit ? Que fait le silence à ceux qui le reçoivent ? telles sont les interrogations essentielles qui traversent cette œuvre. Et pourtant, malgré l’exil, malgré la distance, la transmission intergénérationnelle n'est jamais totalement rompue. Elle n’est pas toujours consciente, ni voulue, mais elle demeure, vivante, vibrante, en filigrane, dans les gestes, les rêves, les silences, les désirs… « Lui était le champion olympique des déserteurs de lieux, de vies. Il savait tout ce qu’il y avait à savoir sur les disparitions : il avait même développé la compétence rare d’être là sans vraiment l’être, de se porter disparu de soi-même », a-t-il dit. Le rêve du pêcheur est un roman introspectif et profondément humain
En conclusion, le Dr Ulrich Bakoumissa Ngouani, souligne que Le rêve du pêcheur est un roman introspectif et profondément humain, peuplé de personnages complexes, traversé par une tension entre mémoire et oubli, entre départ et fidélité aux origines. «Dans l’avion qui me menait au loin, j’ai eu le sentiment de respirer à pleins poumons pour la première fois de ma vie et j’en ai pleuré de soulagement. On peut mourir de mille morts, un peu à la fois, à essayer de sauver malgré lui l’être aimé. J’avais offert à Dorothée mon corps en bouclier, mon silence complice, le souffle attentif de mes nuits d’enfant et en grandissant l’argent que me rapportaient mes larcins, sans parvenir à l’arrimer à la vie. Je pensais ne jamais la quitter mais lorsque les événements m’y contraignirent, j’hésitai à peine. C’était elle ou moi », écrit l’auteure. Hemley Boum, d’origine camerounaise, vit en région parisienne. Elle a reçu plusieurs prix littéraires, notamment le prix Ahmadou Kourouma pour Les jours viennent et passent (Editions Galimard, 2019), traduit en plusieurs langues. Bruno Zéphirin Okokana Légendes et crédits photo :1-Le Pr Omer Massoumou parlant de l’œuvre/ Adiac
2-Une vue des écrivains/ Adiac |