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Fondre sur la précarité

Samedi 7 Mars 2020 - 16:15

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Presqu’un art : celui de s’acharner sur un corps en dépôt, leur pays, riche de son sous-sol, qu’ils noient dans la misère depuis l’indépendance acquise de haute lutte, le 24 septembre 1973. Evidemment, comme la plupart des pays africains, la Guinée-Bissau n’a pas été épargnée par l’instabilité institutionnelle que justifiait, les décennies d’avant 1990, le mode de succession au pouvoir par coup d’Etat.

A la différence des autres nations qui ont progressivement intégré l’élection au suffrage universel comme la règle de légitimation des autorités publiques, la Guinée- Bissau n’a pas réussi à se défaire de cette fragilité qui lui colle à la face depuis 27 ans. La présidentielle de la fin d’année dernière donnait à ce pays l’opportunité d’assister enfin à une première alternance pacifique au sommet de l’Etat. Il n’est pas certain que l’on y arrive quand bien même le président déclaré élu à l’issue de ce scrutin, Umaro Sissoko Embalo, a prêté serment le 27 février et aussitôt nommé son gouvernement.

Quand on les écoute évoquer le sort de leur pays au regard de ce qu’il s’y passe, les Bissau-guinéens avouent leur lassitude, même leur désarroi, disent ne plus savoir à quel saint se vouer. Parce qu’ils avaient souhaité voir s’opérer un changement de fond dans la marche de leurs institutions ; une transition vers une autre façon de se prendre en charge après tant d’années passées à « approuver » une avalanche de pronunciamientos. Devant l’impasse du processus électoral, ils peuvent longuement penser à ce que représente leur désir légitime de jouir de ce que Dieu leur a offert gracieusement : la noix de cajou dont la Guinée-Bissau est le 3è producteur en Afrique et le 6è au monde, qui lui apporte 60% de ses revenus.

Ce petit et beau pays lusophone d’Afrique de l’Ouest étendu sur quelque 36 120 km2 pour une population estimée à 1 533 964 habitants (2010) pourrait pourtant aussi vivre de sa bauxite, de son bois, de son pétrole, de ses phosphates, de ses énormes potentialités agricoles ; et encore profiter davantage de ses fonds de mer poissonneux. Cela ne peut pas être le cas tant que le climat politique ne se calme pas.

Ce qui est en cause et c’est là le drame, ce n’est pas cette victoire électorale contestée, phénomène commun à de nombreux Etats du continent. Ce qui est en cause, c’est le jeu de pouvoir infructueux dans lequel les opérateurs politiques bissau-guinéens se sont engouffrés et ne veulent en sortir. Ce jeu tue les espoirs, il éloigne les potentiels investisseurs et expose la Guinée-Bissau à la nébuleuse des trafics illégaux, celui de la drogue l’ayant mis au ban de ses puissants partenaires extérieurs dont les Etats-Unis d’Amérique.

Au final, on peut se demander si les hommes les plus en vue de la hiérarchie politique de l’ancienne colonie portugaise qui en ont font un butin se souviennent encore du bout de phrase prononcé par l’un des leurs, Amilcar Cabral, qui avait non seulement rêvé mais œuvré pour l’indépendance de la Guinée-Bissau, jusqu’au sacrifice suprême: « Nous ne confondons pas l’exploitation ou les facteurs d’exploitation avec la couleur de peau des hommes : nous ne voulons plus d’exploitation chez nous, même pas par les Noirs ». Il ne croyait pas si bien dire.

Gankama N'Siah

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