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Ventre affamé et xénophobie

Samedi 4 Juillet 2026 - 18:45

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D’Afrique du Sud se lève une tempête aux conséquences multiples. Anodine au départ, la chasse à l’étranger « illégal » en provenance du reste du continent a pris une telle ampleur ces temps-ci que par vagues successives, plusieurs pays ont décidé de rapatrier leurs ressortissants. Sur place, les associations à l’origine de ces mouvements populistes ont pris le pouvoir dans la rue et n’entendent pas abandonner la partie.

Pourquoi tant de récriminations et de violences à l’égard de leurs frères africains ? s’interroge-t-on. Les autochtones font un lien entre la situation économique difficile que vit la nation arc-en-ciel depuis quelques années et la présence de clandestins. Ils sont accusés d’aggraver l’insécurité urbaine, de leur voler leurs emplois pendant qu’eux, les ayants droit, tirent le diable par la queue.

Ceci dit, pour beaucoup d’Africains, l’Afrique du Sud, première économie du continent, est un eldorado. L’abandon de la politique d’apartheid suivi de l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela en 1994 avait servi de déclic supplémentaire à de nombreux subsahariens désireux de tenter l’aventure dans le pays du fait de son niveau de développement. Sur cette base, certains ont pu tirer leur épingle du jeu pendant un temps, mais la réalité du terrain apparaît plus compliquée.

L’euphorie de la liberté retrouvée pour la majorité de la population noire d’Afrique du Sud passée, les problèmes ont germé dans la conduite de la transition et des affaires publiques. L’icône de la lutte antiapartheid, Nelson Mandela, a conduit son pays vers une réconciliation qui a besoin d’être raffermie ; il a moins fait parler de lui dans les affaires de gestion. Cela n’a pas été le cas pour ses héritiers qui ont surtout laissé le pouvoir les diviser. Assez profondément comme l’expliquent les querelles de succession à la tête de l’État et les scandales économiques.

Le parti historique, le Congrès national africain (ANC), a pris un sérieux coup du fait des dissensions entre ses chefs au point de voir sa légitimité contrariée par la base et les partis concurrents. S’il est toujours la formation politique majoritaire du pays, l’ANC est désormais contraint de conclure des alliances pour gouverner. Au fil des scrutins, sa cote de popularité dégringole, et pourrait l’être davantage si la reprise économique qui nourrit la contestation s’aggrave.

Suivant un ultimatum émis à leur encontre par les manifestants, tous les étrangers « indésirables » auraient dû quitter le pays de Mandela au plus tard le 30 juin dernier. Qu’en est-il résulté ? Des regroupements dans des lieux censés les tenir à l’abri d’éventuelles représailles avant de regagner leurs pays respectifs. Au 29 juin, les autorités annonçaient avoir rapatriés quelque 25 000 ressortissants étrangers.  

La question posée un peu plus haut, à savoir pourquoi tant de violences à l’égard de leurs frères africains, a été abordée dans le feu de l’action par deux responsables politiques du pays. Julius Malema, leader du parti « Combattant pour la liberté économique », puis Thabo Mbéki, ancien président (1999-2008). Le premier s’adressait à ses partisans, fin mai, et le second lors d’une communication publique organisée par sa fondation, « La révolution nationale démocratique », à l’occasion de la Journée de l’Afrique, le 25 mai.

Malema : « Écoutez, 300 Ghanéens sont rentrés chez eux il y a quelque temps, dites-moi si 300 emplois ont été créés pour les chômeurs Sud-africains ? »  La réponse est évidemment, non ! Pour sa part, le président Mbéki tranchait sur le vif : « Vous vous trompez d’ennemi ! » Il insistait pour dire combien ceux qui s’en prennent à leurs frères africains font fausse route et combien l’Afrique s’était mobilisée pour soutenir l’ANC pendant la lutte antiapartheid.  

Mais les deux dirigeants et bien d’autres, en Afrique du Sud, sont aussi conscients d’une chose : tant que la situation économique restera précaire, que les dirigeants politiques ne tiendront pas leurs engagements, tous les étrangers seront certainement renvoyés chez eux, mais la colère qui s’exprime, à tort, contre ces derniers, trouvera d’autres boucs émissaires dans les institutions publiques. Et fera encore plus mal au pays.

À l’exemple de la commission « Vérité et réconciliation » lancée sous Nelson Mandela à l’époque, qui fit preuve de son efficacité, envisager une commission « Gouvernance institutionnelle et relance économique » pour débattre de l’avenir du pays dans ces domaines sensibles peut ouvrir des perspectives nouvelles. Les défis sont, en effet, nombreux et les problèmes bien plus complexes qu’ils n’en ont l’air.

Gankama N'Siah

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