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Afrique de l'Ouest : un dégel qui parle

Samedi 6 Juin 2026 - 16:22

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Nul ne peut l’ignorer face à l’évolution de la situation entre les pays de l’espace Alliance des États du Sahel (AES) et certains de leurs voisins de la sous-région d’Afrique de l’Ouest.

Confrontés à la menace terroriste, le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont aussi en froid avec plusieurs capitales de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), organisation qu’ils ont officiellement quittée le 25 janvier 2025.

À l’origine de la brouille, les putschs militaires survenus successivement à Bamako (2020 et 2021), à Ouagadougou (2022), et à Niamey (2023) en contradiction flagrante avec les résolutions des institutions régionales, africaines et internationales qui condamnent toute prise du pouvoir par des voies antidémocratiques.

Les militaires maliens, burkinabés et nigériens arrivés aux affaires par un coup d’État ont dû se résoudre à rompre avec la Cédéao qui, en plus d’exiger un retour à l’ordre constitutionnel dans les meilleurs délais, les menaçait d’une intervention militaire pour les faire plier. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.  

Mais c’est sans doute aussi pour mieux résister aux pressions extérieures que les trois pays ont, tambour battant, constitué l’AES, présentée comme un gage d’indépendance pour une Confédération habitée par une certaine idée de souveraineté devenue la référence du discours officiel de ses dirigeants.

Le général Assimi Goïta (Mali), le capitaine Ibrahim Traoré (Burkina Faso) et le général Abdourahamane Tiani (Niger) tentent, autant que faire se peut, d’acter la mise en place de mécanismes de consolidation de leur alliance à travers l’adoption, le 29 janvier 2025, d’un passeport AES et visent l’abandon du franc CFA pour une monnaie commune aux trois pays.

Dans ce climat tendu, évidemment, les liens avec le reste des États de la sous-région Ouest africaine demeurent difficiles, variablement inamicaux, voire conflictuels. Mais la question s’est toujours posée de savoir si des pays aussi proches historiquement parlant, avec des populations exposées aux mêmes épreuves du quotidien et partageant les mêmes aspirations au progrès peuvent vivre en autarcie pendant longtemps.

La réponse est non car, à terme, les dirigeants le réalisent : ils ont beau se regarder en chiens de faïence et se confronter, leurs concitoyens perpétuent avec leurs voisins de l’autre pays frontalier le fil du dialogue tissé de longue date et perpétué par les interactions familiales, économiques, commerciales et culturelles.

Le 2 juin, le nouveau président du Bénin, Romuald Wadagni, s’est rendu tour à tour à Niamey et à Ouagadougou après une première sortie, la veille, à Abuja. Au Nigeria comme au Niger et au Burkina Faso, le nouvel occupant du Palais de la Marina, à Cotonou, a reçu un accueil solennel, témoignage (notamment pour les deux pays du Sahel) d’une volonté commune de relancer la coopération bilatérale crispée depuis de longs mois.

Au fond, dans le cas précis de l’Afrique de l’Ouest, les impératifs sécuritaires obligent les pays visés par les groupes armés terroristes à mutualiser leurs efforts pour mieux se défendre. Au-delà de ce fait conjoncturel grave, nous l’avons rappelé plus haut, ces nations ne peuvent pas prospérer économiquement si pour résoudre des querelles politiques dont toutes les causes ne sont pas toujours endogènes elles choisissent la logique de la confrontation au détriment de l’apaisement.

Avant l’initiative que d’aucuns pourraient qualifier d’audacieuse du Béninois Romuald Wadagni, ses homologues Faure Gnasingbé du Togo, John Dramani Mahama du Ghana et Bassirou Diomaye Faye du Sénégal sont restés sensibles à un dialogue avec l’AES. Les signaux émis par Cotonou sont-ils le début d’une décrispation qui permettra aux pays d’Afrique de l’Ouest d’ouvrir un nouveau chapitre de leurs relations ? Observons !

Gankama N'Siah

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