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Vers l'affaiblissement de l'Onu?

Lundi 16 Octobre 2017 - 9:49

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Reformulons la question : est-on en train d’accélérer l’affaiblissement de l’Organisation des Nations unies ? La maison commune mondiale, au sein de laquelle les esprits s’échauffent et s’apaisent au gré des débats qui s’y déroulent sans interruption - l’équilibre des nations en dépend, au moins prosaïquement- n’a pas bonne presse, on le sait. A cause de ses délibérations souvent enduites de partialité du fait du droit de véto de ses cinq membres permanents (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), du fait de trainer le pas quand on lui parle de réformes, du fait aussi que n’étant pas en soi un Etat, l’Onu ne peut qu’être un instrument de médiation aux approches pacifistes.  

Au terme de mises en garde lancées il y a quelques mois, les Etats-Unis ont mis à exécution leur décision de quitter l’un des instruments de l’Onu les plus transversaux en matière de dialogue des civilisations qu’est l’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture). Au 31 décembre prochain, le plus gros contributeur de l’instance « intellectuelle » basée en plein cœur de Paris, la capitale française, avec 22% de parts (avant qu’il ne la suspende en 2011) n’aura plus que les yeux d’observateur pour regarder tourner la gardienne du patrimoine culturel de l’humanité.

Tout compte fait, ce qui est en cause avec le retrait des Etats-Unis est la nature des relations internationales dans la région très instable, mais très stratégique du Proche Orient. Washington qui a toujours pris la défense de Tel-Aviv et ne cessera de le faire se rappelle sans doute aussi le rôle de faiseur de paix qui lui revient en tant que première puissance mondiale. Et ce rôle, il ne peut le remplir avec le succès escompté que s’il s’appuie sur le concert des nations, et laisse agir la diplomatie avec patience sans évidemment s’aliéner les intérêts qui sont les siens.

On sait que depuis son arrivée à la Maison Blanche, le 20 janvier de cette année, le président des Etats-Unis, Donald Trump, s’emploie à appliquer ses promesses de campagne, suivant son slogan de rendre sa grandeur à l’Amérique. En y allant toute seule dans un monde où les défis existentiels incitent à dialoguer davantage même entre deux moments de tension, la première puissance qui abrite le siège des Nations unies risque de se priver d’un atout de poids : le respect qu’elle inspire pour sa grande culture, mais pourtant aussi le fait que les huit dernières années, elle avait réussi à effacer l’image des seize précédentes autres qui en faisaient un gendarme universel aux expéditions punitives contestées.

Les nombreuses réactions de « regret » exprimées à la suite de l’annonce du retrait des Etats-Unis de l’Unesco laissent dire, néanmoins, que sur le chemin de l’universalité que défend l'Unesco, il se trouve encore des énergies pour croire en un monde où les valeurs de paix, de sécurité, de justice prennent le dessus sur l'isolement, sur la violence et la haine répandues par des groupuscules obscurs qui essaiment partout. Tous les Etats qu’on dit civilisés ont le droit de soutenir cette approche. Ne pas fermer les espaces de dialogue, ne pas leur tourner le dos, ne pas rompre le contact, sont des options possibles si les Etats et les peuples se vouent un respect mutuel. Mais il faut craindre que l’affaiblissement de ces espaces de dialogue ouvre la voie au délitement de l’espérance qui présida à la création de l’Onu lorsque son ancêtre, la Société des Nations, devint l’ombre d’elle-même devant la montée des dissensions entre ses membres.

Audrey Azoulay, la nouvelle dirigeante de l'Unesco élue tout juste au moment où les Etats-Unis et Israël retiraient leur ticket de participation à l'institution, aura sans doute le temps de faire le point et relancer la machine. 

Gankama N'Siah

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