Opinion

  • Tribune libre

Congo : choisir l'angle moral du développement

Mardi 19 Mai 2026 - 14:00

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel


À chaque cycle de réformes, la République du Congo repose la même équation : comment transformer un potentiel incontestable en prospérité tangible ? Les diagnostics s'accumulent : diversification économique, gouvernance, attractivité, infrastructures, et pourtant, les résultats demeurent en deçà des attentes. À force de chercher des solutions exclusivement techniques, nous contournons peut-être l'essentiel : l'angle moral du développement.

Il ne s'agit pas ici de morale abstraite, encore moins de sermon. Il s'agit d'un fait politique : aucune politique publique ne prospère durablement dans un environnement où la règle est contournée, où l'effort est relativisé et où la responsabilité individuelle se dilue. L'économie n'est pas un système autonome ; elle est le reflet d'un comportement collectif.

Une lecture inattendue du psaume 128 permet d'éclairer ce point avec une étonnante modernité. « Tu jouiras du travail de tes mains », dit le texte. Cette phrase, à elle seule, devrait être un principe de gouvernance. Elle oppose frontalement deux modèles : celui de la rente et celui de la production. Le premier nourrit l'attente, le second construit la dignité.

Or, le Congo reste prisonnier d'une culture de la redistribution, héritée de son économie extractive et renforcée par la centralité de l'État. Cette culture a produit des réflexes : attendre plutôt qu'initier, solliciter plutôt qu'innover, consommer plutôt que créer. Tant que ces réflexes ne seront pas corrigés, aucune réforme structurelle ne produira pleinement ses effets. Il faut donc oser poser une question dérangeante : le problème du Congo est-il seulement économique, ou est-il d'abord comportemental ?

La réponse engage tout le monde. L'État, bien sûr, qui doit incarner l'exemplarité, garantir la justice et récompenser le mérite. Mais aussi les citoyens, les élites administratives, économiques et intellectuelles, dont les pratiques quotidiennes façonnent le climat national. La corruption, par exemple, n'est pas seulement une défaillance institutionnelle ; elle est une rupture du contrat moral qui lie l'individu à la communauté.

Dans cette perspective, le développement ne peut plus être pensé uniquement comme un ensemble de projets ou de financements. Il doit être compris comme une transformation des comportements. Valoriser le travail bien fait, sanctionner les dérives, restaurer la confiance, réhabiliter la parole donnée : ces éléments, souvent relégués au second plan, constituent en réalité le socle invisible de toute prospérité durable.

La rigueur morale ne remplace pas le plan de développement. Il propose une logique : celle d'un ordre où la discipline personnelle précède la réussite collective. Une nation ne se développe pas uniquement par ce qu'elle possède, mais par la manière dont elle se comporte. Le Congo dispose des ressources. Il lui reste à consolider les fondations. Et si, pour une fois, la réforme la plus urgente n'était pas budgétaire, mais intérieure ?

Emmanuel Mbengué

Edition: 

Édition Quotidienne (DB)

Notification: 

Non

Tribune libre : les derniers articles