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Emmanuel Macron, décomplexé sur l'Afrique?

Lundi 4 Décembre 2017 - 8:39

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Avec qui le président français -cela ne sert à rien de répéter qu’il est jeune, c’est une évidence-, conduira-t-il sa politique audacieuse en direction du continent noir ? Il en a bien sûr énoncé les grands principes lors de son « grand oral » à l’Université 1 de Ouagadougou, au Burkina Faso, le 28 novembre. Devant huit-cents jeunes étudiants attentifs, mais exigeants quand on pense à la série de questions qu’ils ont ensuite posées à leur éminent hôte dont c’était le premier échange officiel de ce type avec l’Afrique sept mois après son installation au palais de l’Elysée.

Emmanuel Macron a ensuite, le lendemain, poursuivi le débat, disons les débats avec ses homologues chefs d’Etat à Abidjan, en Côte d’Ivoire, autour du partenariat Europe-Afrique. Pour couronner le tout par l’étape d’Accra, au Ghana, la dernière de sa tournée essentiellement ouest-africaine. Choisira-t-il, un jour, peut-être, de visiter l’Afrique centrale, et pourquoi pas les autres grands quartiers de ce continent lié avec son pays par l’histoire?

Au moins lui, à la différence de ses prédécesseurs, n’est pas venu en Afrique en triomphateur, comme ce fut le cas de l’un d’eux à Benghazi, ou même en donneur de leçon -, une bravade appelant une autre-, quand à Dakar, au Sénégal, le discours de celui-ci sur les civilisations acheva de discréditer sa connaissance même de l’histoire de l’humanité. Enfin, c’est à peu près sur ce ton-là que les intellectuels du continent prirent le contre-pied des vues de l’ancien président français, Nicolas Sarkozy.   

Professer à la face d’un monde gouverné par les idées reçues et les faux-fuyants que « Je suis d’une génération de Français pour qui les crimes de la colonisation européenne sont incontestables et font partie de l’histoire ». Et plus loin que « Je me reconnais dans les voix d’Albert Londres et d’André Gide, qui ont dénoncé les milliers de morts du Chemin de fer du Congo, et je n’oublie pas que ces voix alors ont été minoritaires en France comme en Europe », cela brise les tabous que certains milieux, dans le pays et le continent de naissance d’Emmanuel Macron, ne souhaitent aucunement voir tomber.

Jamais ces milieux aussi divers que variés, qui vont du monde politique au monde intellectuel et socio-économique, en passant par celui des médias, n’admettent que la colonisation est un crime perpétré contre l’Afrique. On se souvient encore de la levée de boucliers soulevée par Emmanuel Macron, alors candidat déclaré à l’Elysée, lorsqu’au cours d’un voyage en Algérie, en février 2017, il rappela la posture criminelle de l’entreprise coloniale telle qu’elle marque à jamais les relations entre Paris et Alger. De retour en France, il dû retourner la langue cent fois pour trouver le propos acceptable pour l’écoute de puissants milieux drapés depuis toujours dans leur complexe de supériorité. L’incident fut péniblement clos.

Le chef de l’Etat français a encore des jours devant lui pour vérifier si ses équipes sont disposées à l’accompagner sur la voie qu’il vient de tracer à travers son discours de Ouagadougou. Car repenser « à la bonne échelle » la relation entre l’Afrique et la France suppose d’avoir chez l’un et l’autre partenaires des hommes et des femmes engagés pour la cause. La première chose serait donc, évidemment, de décomplexer totalement la nature de cette relation.

S’il trouve que le visage actuel de l’Afrique n’est pas celui de ses dirigeants, force est de constater que de l’autre côté aussi, les aspirations actuelles de l’Afrique ne sont pas appréhendées de la même façon dans son Hexagone paternaliste. Il pourrait donc passer un peu de temps, peut-être même beaucoup de temps à convaincre autour de lui pour mener à bien son projet.

À la vérité, il faut prier que dans cette vision d’une relation Afrique-France débarrassée de préjugés, Emmanuel Macron ne se retrouve pas seul à vouloir ce que de robustes lobbies en Afrique même, chez lui, en France, et sur le Vieux continent n’aimeraient pas voir réussir : permettre à l’Afrique de décoller !

 

 

 

 

 

Gankama N'Siah

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