Le Feuilleton de Brazzaville. Acte 11. Ngâ-Ntsié

Jeudi 22 Août 2019 - 23:38

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Les descendants du Makoko, le roi Ilo 1er qui signa un texte de cession des terres de NCuna à la France, puissance colonisatrice, avec l’explorateur, le 10 septembre 1880, tirent du lien « familial » tissé par De Brazza et son interlocuteur téké, le prestige voulu.

Les Tékés n’ont de cesse, depuis, de revendiquer les terres du pourtour de Brazzaville et de ses lointains environs. Ce sont les terres léguées par leurs aïeux, disent-ils, avec fierté. Ngâ-Ntsié, telle est, dans la langue du terroir téké, l'expression chargée de sens pour évoquer l’ascendance de ce peuple sur cette propriété sujette à controverses. Car, malgré tout, vendre la terre, don de la Providence, les gens se demandent si cela peut porter bonheur.

Les Brazzavillois reprennent souvent dans leurs causeries les noms de revendeurs attitrés de vastes espaces de sol accaparés au nom de la filiation ancestrale. La plupart ont émigré de lieu en lieu, cédant chaque fois au plus offrant ou au premier venu leur propre parcelle de terrain pour en récupérer une autre plus loin qu’ils finissent bien souvent par revendre. Nombreux s’en sont allés pauvres de leurs terres, pourrait-on dire. Mais cela n’arrêtera ni le débat sur l’occupation des terres, ni le penchant pour les Ngâ-Ntsié de les revendiquer, les revendre ou les céder à quiconque possède un portefeuille bien garni ou à un fin négociateur doté d’une certaine influence.

De ces revendeurs, Brazzaville garde en mémoire un homme qui résidait à Talangaï. Vieillissant, plus ou moins lucide, vêtu chemise cravate toujours, il avait presque de l’animation en soit. On le voyait sillonner à pied les rues de son quartier tout en sueur, la tête baissée, balançant ses bras sans façon sur un pas titubant, ce tic commun aux grands amateurs d’eau de vie. Habitait-il sa propre maison, fruit de l’effort de vente des terrains ? Etait-il plutôt locataire ? Difficile de le savoir, mais il semble qu’il vivait seul, dans la bonne humeur des personnages qu’aucun remords ne peut atterrer.

Après tout, le vieux Téké de Talangaï n’avait commis aucun péché, il jouissait du patrimoine de ses aïeux, ce qu’aucune loi, ici-bas, n’interdit. C’est un dossier empoisonnant celui du foncier. On voit comment l’Etat éprouve toutes les peines du monde à le résorber. Il est à peu près entré dans les mœurs, tantôt faisant des heureux, tantôt des malheureux. Qui nie que la vie est un combat ? 

Jean Ayiya

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