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Asie du Sud-Est, un modèle pour l’Afrique ?Mardi 23 Juin 2026 - 15:00 Pourquoi des pays qui étaient aussi pauvres, voire plus pauvres que certains pays africains dans les années 1950 et 1960, ont réussi à devenir des économies émergentes ou développées en l'espace de deux ou trois générations ? L'Asie du Sud-Est : de la pauvreté à l'émergence Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des pays comme Singapour, la Malaisie, l’Indonésie, la Thaïlande ou encore le Vietnam étaient confrontés à des défis considérables : pauvreté massive ; infrastructures insuffisantes ; faible industrialisation ; dépendance aux matières premières ; instabilité politique ou conflits armés. Cette situation est à peu près celle que vivent la plupart des pays africains aujourd’hui. Mais actuellement, elle est radicalement différente pour l’Asie du Sud-Est, car cette partie du monde s'est développée et émancipée pour devenir émergente. Singapour figure parmi les économies les plus prospères du monde tandis que le Vietnam est devenu l'un des principaux centres industriels et exportateurs d'Asie. Que peut-on retenir de l’expérience de ces pays ? Leur stratégie peut être résumée à travers huit leçons à retenir. Première leçon : accorder la priorité absolue à la formation et à l’éducation des jeunes. L'une des caractéristiques communes de ces pays a été l'investissement massif dans l'éducation. Les gouvernements ont considéré l'école non comme une dépense, mais comme un investissement stratégique. Ils ont développé : l'enseignement primaire universel ; la formation technique et professionnelle ; les universités scientifiques ; les écoles d'ingénieurs. Leur objectif était simple : former une main-d'œuvre compétente capable d'attirer les entreprises internationales. Pour l'Asie centrale, la première richesse n'est ni le pétrole ni le bois, ni les minerais mais le capital humain. C’est pourquoi nous proposons d’envoyer au moins 3 000 jeunes nouveaux bacheliers en formation dans les pays industrialisés afin qu’ils reviennent avec le savoir-faire et le savoir-être pour travailler dans les usines qui seront implantées dans les zones économiques spéciales, en se référant à la théorie des « tortues de mer » utilisée par les pays d’Asie du Sud-Est. Deuxième leçon : construire des infrastructures avant d'attendre les investisseurs Les pays asiatiques ont compris qu'aucun investisseur ne viendrait produire dans un pays où l'électricité est instable ; les routes sont dégradées ; les ports sont inefficaces ; les coûts logistiques sont élevés. Ils ont donc investi massivement dans les ports ; les aéroports ; les routes ; les chemins de fer ; les réseaux énergétiques ; les télécommunications. L'Afrique centrale possède un avantage considérable : sa position géographique et l'abondance de ses ressources naturelles. Mais ces ressources ne produisent de richesse que lorsqu'elles sont reliées aux marchés par des infrastructures modernes. La réalisation du Corridor 13, du pont route-rail reliant Brazzaville à Kinshasa et d’autres infrastructures d’intégration régionale peuvent servir utilement à la prochaine Zone de libre-échange continentale africaine et accélérer le développement de l’Afrique. Troisième leçon : l'industrialisation avant tout Le succès asiatique repose sur une idée simple : exporter des produits transformés rapporte davantage qu'exporter des matières premières. Le Vietnam exporte aujourd'hui des produits électroniques, des textiles et des équipements industriels. La Malaisie exporte des produits manufacturés à forte valeur ajoutée. Taïwan est devenu un leader mondial des semi-conducteurs grâce à une grande firme installée dans ce pays. L'Afrique centrale devrait cesser de continuer à exporter : du pétrole brut ; du bois non transformé ; des minerais bruts. La transformation locale pourrait créer davantage d'emplois et de revenus. Quatrième leçon : attirer les investissements étrangers sans perdre la souveraineté Les pays asiatiques ont ouvert leurs économies aux capitaux étrangers tout en fixant des règles claires : stabilité juridique ; protection des investissements ; lutte contre la corruption ; fiscalité compétitive ; zones économiques spéciales. Ils ont utilisé les investisseurs étrangers comme un levier de transfert de technologies et de compétences. L'objectif n'était pas simplement d'attirer l'argent mais aussi le savoir-faire. Cinquième leçon : l'État stratège Le miracle asiatique n'est pas le résultat du seul marché. Dans presque tous les cas, l'État a joué un rôle déterminant. À Singapour, sous la direction de Lee Kuan Yew, ancien Premier ministre de ce pays, l'administration publique a été professionnalisée et la corruption fortement combattue. Au Congo, les mesures prises par le gouvernement pour renforcer et moderniser l’administration contribueront efficacement à l’amélioration de la gouvernance publique si elles sont effectivement réalisées. Au Vietnam, l'État a accompagné l'ouverture économique tout en conservant une vision de long terme. En Malaisie, de nombreux plans de développement ont été élaborés sur plusieurs décennies. L'une des grandes leçons est la continuité des politiques publiques. Sixième leçon : mobiliser la diaspora Nous avons parlé de l’expérience des « tortues de mer » utilisées par les pays d’Asie du Sud-Est. Ce terme désigne les étudiants et professionnels partis se former à l'étranger puis revenus contribuer au développement de leur pays. La Chine, Taïwan, Singapour et la Corée du Sud ont largement bénéficié de cette dynamique. Pour l'Afrique centrale, la diaspora constitue une ressource stratégique, il y a ainsi des ingénieurs ; des médecins ; des chercheurs ; des entrepreneurs et des financiers qui peuvent utilement contribuer au développement de leurs pays. Le défi consiste à créer un environnement capable d'attirer ces talents. Septième leçon : transformer la démographie en avantage économique. Les pays d'Asie du Sud-Est ont bénéficié d'une population jeune. Mais une population jeune n'est un atout que lorsqu'elle est éduquée ; en bonne santé et dispose d'emplois productifs. Sinon, elle peut devenir une source d'instabilité sociale. C’est le cas avec les "bébés noirs" et les "kulunas" que l’on trouve dans certains pays d’Afrique centrale. L'Afrique centrale possède aujourd'hui l'une des populations les plus jeunes du monde. Cela peut constituer un dividende démographique exceptionnelle au cours des prochaines décennies. Conclusion L'expérience de l'Asie du Sud-Est démontre qu'il n'existe aucune fatalité du sous-développement. Les pays qui réussissent sont généralement ceux qui investissent simultanément dans le capital humain, les infrastructures, l'industrie, la gouvernance et l'ouverture économique. L'Afrique centrale dispose aujourd'hui de nombreux atouts : des ressources naturelles abondantes, une population jeune, une position géographique stratégique et un vaste marché régional. Son défi n'est pas de copier mécaniquement le modèle asiatique, mais d'en adapter les principes fondamentaux à ses réalités propres.
Emmanuel Mbengué Edition:Édition Quotidienne (DB) Notification:Non |





















