Opinion
- Éditorial - Gankama N'Siah
- Réflexion - Jean-Paul Pigasse
- Le fin mot du jour - Gankama N'Siah
- Humeur - Faustin Akono
- Chronique - Emmanuel Mbengue
- Brin d’histoire - Mfumu
- Tribune libre - Sergueï Lavrov
- Idées-forces - Les Dépêches de Brazzaville
- Analyse - Xinhua
Ce que Jean-Paul Pigasse m’a appris sur l’AfriqueMardi 21 Juillet 2026 - 18:30 Un passeur entre deux continents, un visionnaire d’une Afrique en mouvement. Certaines rencontres marquent une trajectoire. Celle avec Jean-Paul Pigasse fut de celles-là. Au-delà du journaliste, du bâtisseur de médias et de l’homme de culture, j’ai découvert un visionnaire qui avait compris avant beaucoup d’autres les profondes mutations de l’Afrique et la nécessité d’une nouvelle relation entre le continent et la France. Sa disparition, le 11 juillet 2026 à Paris, laisse le souvenir d’un passeur entre deux mondes. À travers Agence d'information d'Afrique centrale, Les Dépêches de Brazzaville, Le Courrier de Kinshasa , Les Dépêches du Bassin du Congo, il avait défendu une conviction : l’Afrique devait raconter elle-même son histoire et devenir actrice de son propre destin. Première leçon : « écouter l’Afrique avant de parler d’elle » Jean-Paul Pigasse refusait les visions réductrices d’un continent uniquement présenté à travers ses crises. Il voyait une Afrique de civilisations, d’intelligences et d’énergies nouvelles. Il m’a appris que « comprendre l’Afrique exige d’abord d’écouter ses peuples, ses entrepreneurs, ses intellectuels et sa jeunesse ». Pour lui, « les médias étaient des instruments de souveraineté : un continent qui ne maîtrise pas son récit laisse d’autres écrire son histoire ». Deuxième leçon : « L’Afrique est devenue un enjeu stratégique mondial » Jean-Paul avait anticipé les grandes transformations actuelles : montée démographique, révolution numérique, affirmation des souverainetés économiques, importance des ressources stratégiques. Il savait que « le XXIᵉ siècle ne pourrait pas se construire sans l’Afrique ». Mais il répétait que « l’Afrique ne voulait plus être seulement un fournisseur de matières premières. Elle voulait transformer ses ressources, créer de la valeur et construire des partenariats équilibrés ». Troisième leçon : « La France doit changer de regard » Jean-Paul aimait la France, mais il refusait qu’elle « reste prisonnière de ses anciennes habitudes africaines ». Avec lui, nous avions alerté sur la nécessité d’une nouvelle relation franco-africaine fondée sur le respect, l’investissement, la jeunesse et la co-construction. Nous avons porté ces messages auprès de différents responsables politiques français, du Sommet au Quai d’Orsay, les cercles institutionnels proches des centres de décision, les grands réseaux agissant en Afrique... La dernière démarche importante fut menée sous le gouvernement de Michel Barnier, un ami de longue date de Jean-Paul. Mais nous avions souvent constaté une difficulté : la France écoutait parfois l’Afrique avec retard, alors que le continent changeait rapidement. Quatrième leçon : « La diaspora africaine est une force stratégique » Jean-Paul considérait la diaspora africaine en France comme une chance historique. Nous défendions l’idée qu’elle devait être accompagnée dans des projets structurants : investissement, transfert de compétences, innovation, création d’entreprises. « La diaspora ne devait plus être seulement perçue sous l’angle migratoire, mais comme un pont économique, humain et culturel entre l’Europe et l’Afrique », disait-t-il. Cinquième leçon : « Croire en la jeunesse africaine » Jean-Paul avait une immense confiance dans les nouvelles générations africaines. Il voyait leur créativité, leur capacité d’innovation et leur ambition : « Cette jeunesse ne demande pas une assistance permanente. Elle demande juste des opportunités, des partenariats et de la confiance », estimait-il. C’est pourquoi il défendait une Francophonie nouvelle : « Une Francophonie de la jeunesse, de l’entrepreneuriat, de la culture et de l’innovation ». Sixième leçon : « Avoir le courage de regarder l’avenir » Jean-Paul Pigasse était un journaliste au sens noble du terme : un homme qui cherchait à comprendre les mouvements profonds du monde. Il avait vu venir la montée des revendications africaines, la transformation des équilibres internationaux et la nécessité pour la France de réinventer son approche. Son message reste d’une grande actualité : « L’Afrique n’attend pas qu’on écrive son avenir à sa place. Elle attend des partenaires capables de marcher avec elle ». Jean-Paul était un homme de ponts. Entre la France et l’Afrique. Entre les générations. Entre les cultures. Son héritage dépasse la presse. Il appartient désormais à tous ceux qui croient qu’une relation nouvelle entre l’Afrique et l’Europe est encore possible : fondée non sur la nostalgie, mais sur la confiance, le respect et l’avenir partagé.
Noël Ndong Edition:Édition Quotidienne (DB) Notification:Non |





















