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Mercredi 24 Novembre 2021 - 18:09

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De quoi sauver la face. Les militaires soudanais sont parvenus à le faire, le 21 novembre, en décidant de réinstaller dans ses fonctions le Premier ministre Abdallah Hamdok qu’ils avaient évincé le 25 octobre, lors d’un pronunciamiento. Dans ce nouveau deal, chaque partie a dû perdre quelques plumes le tout étant, en politique comme dans la vie de tous les jours, de savoir mourir et renaître subtilement.

Sachant qu’ils ne pouvaient pas rester longtemps sourds aux appels de leurs partenaires extérieurs gênés à l’idée de les réprimander publiquement, le général Abdel Fatha al-Burhan et d’autres haut-placés de l’armée, auteurs en 2019 du lâchage du président Omar Hassan el-Béchir, ont mis un peu d’eau dans leur vin. Depuis près d’un mois, du Caire à Washington, en passant par Bruxelles, capitales qui ne leur sont pas restées hostiles, ces militaires s’entendaient dire qu’il leur fallait de la retenue.

Même si pour ne pas montrer qu’ils ont reculé dans leur stratégie de militariser la transition, les généraux essayeront de garder la haute main sur celle-ci, ils sont par-dessus tout conscients que plus ils essayeront de mettre les bâtons dans les roues du gouvernement à venir, plus leur crédibilité à l’extérieur s’en ressentira. Ils ont donc intérêt à accompagner le processus transitionnel jusqu’à son terme afin que la population soudanaise, remontée contre leur gestion du pouvoir depuis des décennies, se hasarde à les tolérer.

A son tour, l’ex-nouveau Premier ministre devra attendre que ses partisans digèrent son choix de s’entendre avec l’armée. Ils lui sont restés dévoués au prix de leur sang et ne comprennent pas qu’il n’ait pu honorer autrement la mémoire des manifestants tombés au champ de la contestation du pouvoir kaki qu’en faisant allégeance à celui-ci. Bien entendu que ce point de vue-là relève d’une opinion populaire aux antipodes de la réalité du pouvoir souvent difficile à cerner par ceux qui ne le vivent pas de l’intérieur. Certains de ses anciens ministres ont démissionné mais il pourrait compter sur le soutien de compatriotes désireux de le suivre.

Tout compte fait, l’intermède au cours duquel le Soudan est resté bloqué pendant des semaines a sans doute permis au général Abdel Fatha al-Burhan et au chef du gouvernement Abdallah Hamdok de mieux se connaître désormais. Le premier est d’humeur à recourir à l’armée pour imposer ses vues, le second peut compter sur la mobilisation populaire pour empêcher aux militaires de décider de tout. Dans cette équation du presque 50/50, ces personnalités les plus en vue de l’arène militaro-politique soudanaise aujourd’hui ont l’obligation de réussir la transition afin d’en sortir par la grande porte. A moins de laisser apparaître un troisième larron qui pourrait naître de leur incapacité à s’entendre.  

Les Dépêches de Brazzaville

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