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Détente

Jeudi 29 Avril 2021 - 11:24

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Dans l’interview qu’il accordait à nos confrères de TeleSud, diffusée peu après sa prestation de serment, le 16 avril, et reprise bien plus tard par la chaîne nationale Télé Congo, le président de la République, Denis Sassou N’Guesso fixait, dans le cadre du quinquennat qui commence, le cap d’une nouvelle ère pour le Congo au triple plan économique, politique et social : « Nous voulons engager notre peuple sur la voix de la paix, du redressement de l’économie de notre pays; ce sera sûrement pour les cinq prochaines années une ère de détente », expliquait en substance le chef de l’Etat.

La question lui était posée, précisément, du sort de certains prisonniers, parmi lesquels le général Jean-Marie Michel Mokoko. A savoir, si après cinq années passées en détention sur les vingt qu’il devra purger, au regard de la nouvelle donne politique qui se dessine dans le pays consécutivement au démarrage d’un nouveau mandat présidentiel, ce dernier pouvait bénéficier d’une grâce présidentielle et recouvrer la liberté. Le chef de l’Etat rappelait, pour la circonstance, que le général Mokoko n’était pas seul dans cette situation. Il faisait implicitement allusion sans le citer à l’ex-ministre André Okombi Salissa, sans doute aussi, au général Norbert Dabira, trois prisonniers les plus emblématiques au regard de leur statut social.

La détente dont a parlé le président de la République pourrait-elle possiblement être concrétisée par l’élargissement de ces personnalités condamnées sur les chefs d’accusation graves d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat. Pour voir que le chef de l’Etat n’a pas d’acrimonie particulière à l’égard de ces trois hommes, tous par ailleurs ses anciens collaborateurs au sommet de la haute hiérarchie politique et administrative, il ne s’est pas empêché de citer nommément l’un deux, en particulier le général Jean-Marie Michel Mokoko. Dans la même interview, Denis Sassou N’Guesso citait aussi par leurs noms les ministres Mathias Dzon et feu Guy-Brice Parfait Kolelas, tous deux aussi des opposants qui furent ses anciens collaborateurs au gouvernement. Il louait en passant leur force de caractère !

Ce que l’on a tendance à oublier, ce sont les conséquences éventuelles, imprévisibles, lourdes, qui résultent d’une action violente intentée contre l’ordre établi et les autorités qui l’incarnent. Toutes les fois, en effet, que les changements à la tête des institutions de la République sont envisagés par l’usage de la force, ici ou ailleurs, ils ont eu pour effet de mettre à mal, parfois pour de longues décennies, la cohésion nationale et réduire à néant les efforts de développement du pays concerné. Le Congo en a fait l’amère expérience au long de son histoire. Il est temps de plaider la civilité essentielle du jeu de l’alternance au pouvoir. La détente annoncée par le président de la République pourrait en constituer un des jalons.

Pour autant, il y a lieu de porter un regard global sur cette nouvelle ère espérée. Pour les Congolais, cette détente en vue, au-delà de l’aspect lié à une éventuelle libération des prisonniers devrait s’inscrire dans un prolongement général de mise en train des futures équipes dirigeantes, en particulier du dévoilement, on le suppose dans les tout prochains jours, des noms de celles et ceux de leurs compatriotes qui seront appelés à siéger au gouvernement. Il est question pour le chef de l’Etat, du haut de son expérience, et sans renverser les grands équilibres dont il ne connait que mieux les arcanes, de marquer le coup dans les principales décisions qu'il s'apprête à prendre pour l'intérêt supérieur de la nation.

Les Dépêches de Brazzaville

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