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Violence gratuite

Samedi 9 Octobre 2021 - 18:22

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Cette vidéo a sans doute fait le tour du monde. Publiée sur les réseaux sociaux en milieu de semaine dernière, elle montre une foule folle prenant à partie deux jeunes dames sans défense avec une violence inouïe. Non seulement elles sont dépouillées de leurs vêtements de façon complètement inadmissible mais des voyous surexcités semblent tirer un grand plaisir de l’état de nature dans lequel ces dernières sont exposées. Ils jouent les tortionnaires, frappant et attouchant les deux infortunées, lesquelles tentent de résister comme des naufragées guettées par une mort certaine, mais il n’y a personne pour leur venir en aide.

De source informée, la scène se serait déroulée à Pointe-Noire, la deuxième ville du Congo. A l’origine, renchérit-on, une affaire de vol présumé des pièces d’étoffe de qualité, du super wax, dans un commerce. Le propriétaire ou les agents de l’établissement avaient-ils peut-être crié aux voleuses dès l’instant où les deux mises en cause se trouvaient en pleine action ? Dans tous les cas, les intéressés avaient dû sonner l’alarme, d’où la présence de nombreuses personnes dont la plupart semblaient renvoyer les cambrioleuses présumées à leur comportement répréhensible.

Cela est tout à fait indiqué que si elle était prouvée, la tentative de subtilisation frauduleuse de la marchandise d’autrui par les deux jeunes dames ouvrirait la voie à des réparations au bénéficie de la victime à travers la mise en branle de l’administration judiciaire. Mais avant d’en arriver à cette étape d’établissement des responsabilités par les tribunaux, toute personne prise dans ce cas de figure est présumée innocente. La justice populaire à laquelle les personnes vues dans cette vidéo se sont livrées est aux antipodes du droit et de la morale.

Entendons-nous bien. Il n’est pas ici question d’encourager des cas de vol de biens d’autrui par des tiers. Il est de faire remarquer que le procédé utilisé contre les deux jeunes femmes ne répare rien au plan judiciaire. En termes de préjudice, il n’est pas certain que les personnes que l’on voit en train d’humilier les présumées cambrioleuses prétendent en avoir subi un seul à titre individuel. Cette violence-là est en effet gratuite ; elle est répréhensible.

Les Dépêches de Brazzaville

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