Boxe des pharaons: entretien avec Jean Samba, le fondateur

Jeudi 18 Avril 2019 - 20:57

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Fonctionnaire à la retraite, né le 26 octobre 1956 à Brazzaville, Jean Samba consacre ses jours à la vulgarisation de la discipline sportive qu’il a créée et qu’il souhaite voir un jour aux Jeux Olympiques. Interview.

Les Dépêches du Bassin du Congo (L.D.B.C.) : D'où vous est venue l'idée de créer la boxe des pharaons?

Jean Samba (J.S.) : Je suis fasciné par la civilisation de l'Egypte ancienne depuis mon enfance. Le déclic est sans doute venu de ce qu'un aîné à moi, aujourd'hui disparu, possédait une grande et belle bible illustrée. Ce qui m'attirait le plus, c'était la partie parlant des pharaons, avec les illustrations l'accompagnant. Les pharaons étaient toujours montrés soignés et somptueusement vêtus, à contrario des Israélites hirsutes et barbus. Cela m'a poussé ultérieurement à m'informer davantage sur leur civilisation et à aboutir à la découverte de la boxe des pharaons.

L.D.B.C.:  Les pharaons pratiquaient-ils la boxe?

J.S.:  En revisitant l'histoire de l'Egypte ancienne avec les yeux d'un Africain, mais aussi grâce à ma petite expérience de la pratique des arts martiaux japonais, je me suis rendu compte que plusieurs fresques de l'Egypte ancienne montrent des personnages (hommes et femmes) pratiquant une technique de combat utilisant les membres supérieurs et inférieurs pour l'attaque comme pour la défense. J'ai étendu mon champ d'investigation à plusieurs autres aires culturelles africaines et j'ai constaté la permanence, en Afrique, d'un art de combat utilisant les poings et les pieds. Ayant par la suite opéré une synthèse de toutes ces techniques poing-pied, j'ai appelé cette dernière boxe des pharaons rénovée. Ceci pour rendre hommage aux pharaons - des Africains! -, lesquels ont créé la civilisation la plus ancienne et la plus prestigieuse (à mon humble avis) de toute l'histoire de l'humanité.

L.D.B.C: Avez-vous pratiqué d'autres sports auparavant?

J.S.: J'ai été gardien de but pendant mon adolescence. Puis, à partir de 14 ans, je me suis orienté vers la pratique du karaté. A ce titre, je suis l'un des membres fondateurs de la Fédération congolaise de karaté, en 1978. Je suis également l'un des tout premiers sélectionnés des Diables rouges karaté (cf. photo 1). J'ai abandonné la pratique du karaté en 1986 pour me consacrer entièrement à mon art : la boxe des pharaons rénovée.

L.D.B.C.:  Quel est le rayonnement de cette nouvelle discipline sportive?

J.S.: La boxe des pharaons rénovée est pratiquée aujourd'hui dans six départements de notre pays: Brazzaville, Pointe-Noire, Nkayi (Bouenza), Dolisie (Niari), Sibiti (Lékoumou) et le Pool où elle est en hibernation. Par ailleurs, ce sport s'est déjà exporté et se pratique en République démocratique du Congo, en Angola, Afrique du Sud (Johannesburg), au Cameroun et au Gabon. L'Europe aussi n'est pas en reste grâce aux clubs de boxe des pharaons rénovée de Marano Vicentino, en Italie (cf. photo 2), et dans la région parisienne, en France.

L.D.B.C.:  Comment faites-vous pour faire vivre ce sport?

 J.S.: Je suis fonctionnaire à la retraite depuis 2016. Avec quelques amis, nous nous saignons à blanc pour faire vivre ce sport que nous aimons tant. Il s'agit, entre autres, de Fernand Romain Ondono, Patrick Jean de Dieu Londzembo, Prosper Louvila, et Damas Ibandzo Oyona.

L.D.B.C.:   Face à la recrudescence de la violence aujourd'hui, pensez-vous que la vulgarisation de ce sport de combat ne sera pas pernicieuse?

J.S.:  Bien au contraire! La violence patente chez les jeunes, aujourd'hui, est, entre autres, causée par le manque d'activités physiques et sportives chez eux. N'ayant pas d'endroits où dépenser sainement leur trop-plein d'énergie, il s'ensuit pour eux des accumulations d'énergies inemployées, celles-ci prêtes à exploser contre une société dont ils pensent qu'elle les a rejetés, et qu'ils rejettent à leur tour violemment. Certes, l'Etat congolais a fait des efforts considérables en dotant le pays d'infrastructures de qualité. Cependant, dans les quartiers, les citoyens manquent d'espace pour la pratique du sport pour tous. Il faut alors que des espaces de sport soient aménagés dans les quartiers populaires afin que les jeunes s'adonnent au sport de leur choix. Ce qui leur évitera un désœuvrement préjudiciable à leur santé morale.

L.D.B.C.:  Espérez-vous voir la boxe des pharaons rénovée être comptée un jour parmi les sports olympiques?

J.S.: Notre vision, à la Fédération, est que cette discipline soit le premier sport africain à figurer au programme des Jeux Olympiques. Cela n'est ni une utopie ni un millénarisme. C'est plutôt un processus. Déjà, la boxe des pharaons rénovée a figuré comme sport de démonstration aux 11es Jeux africains Brazzaville 2015. Or, ces jeux sont le premier pas pour accéder aux Jeux Olympiques. Il faut donc que le gouvernement congolais inscrive la boxe des pharaons rénovée au programme des 12es Jeux africains de Maroc 2019 pour ne pas rompre avec la dynamique amorcée. Et puis, grâce à sa rapide expansion, la boxe des pharaons rénovée, si elle peut bénéficier d'un coup de pouce de l'Etat, augmentera son audience dans le monde et deviendra à moyen terme un sport d'extension planétaire. Ce qui lui ouvrira la porte pour les Jeux Olympiques.

L.D.B.C.: Avez-vous d'autres souhaits ou projets?

J.S.:  L'Union de boxe des pharaons rénovée d'Afrique centrale, à travers sa Fédération de la RDC, accompagne le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dans sa campagne d'éradication des violences sexuelles dont sont victimes femmes et filles des sites de réfugiés du Nord et Sud Ubangi. Ces femmes et filles, près de huit mille, sont désormais formées aux techniques d'autodéfense de la boxe des pharaons rénovée. Et, les résultats sur le terrain ont dépassé les espérances des initiateurs de ce projet. D'ailleurs, une équipe de ces réfugiées prendra part, du 25 au 28 avril, sous la bannière du HCR à la première édition de l'Open international d'Oyo de la boxe des pharaons rénovée, qui concerne les pays du Bassin du Congo. Ce qui sera une première en Afrique où les réfugiés, contrairement à d'autres continents, n'ont pas encore commencé de prendre part aux compétitions de leur pays d’accueil ou à celles organisées au niveau de notre continent. Nous espérons et souhaitons vivement être accompagnés dans ce challenge par le ministère des Sports et de l'éducation physique car, cette activité rehaussera, à n'en point douter, l’image du Congo au sein de l'opinion internationale.

Aubin Banzouzi

Légendes et crédits photo : 

Jean Samba, à gauche, lors d'un entraînement

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