Brazzaville : l’alcool et les élèves se disent « bonjour »

Jeudi 29 Octobre 2020 - 19:15

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La rentrée des classes se déroule dans un contexte sanitaire particulier lié à la pandémie du coronavirus. A cela s’ajoute la vente de boissons à proximité des écoles.

 

Constat d’un phénomène qui perdure, certains débits de boissons se situent aux alentours des établissements scolaires. Les élèves, intellectuels de demain, sont les clients potentiels à côté des usagers de passage. Les gérants montrent souvent leur bonne foi en affirmant qu’ils ne vendent pas de bière aux élèves mais le constat est tout autre. « Le fait de vendre de l’alcool non loin des écoles peut susciter l’envie d’en prendre et, du coup, l’élève deviendra perturbé », affirme Okino Lilian. La disposition des élèves à consommer de la bière s’explique quelquefois par le désir de paraître, « de faire le malin devant les camarades ».

Gonflés par ce désir, certains n’hésitent pas à se pavaner et à en parler à leurs amis. Durant ou après les heures de cours, les élèves se retrouvent souvent dans les maquis par groupes de cinq à dix. « La consommation d'alcool par des élèves est un danger, car on peut facilement fuir les cours. La vente d’alcool à proximité des écoles est donc très dangereuse pour la réussite scolaire des élèves », témoigne Sarah Ngombe élève en terminale D.

La consommation d’alcool par les élèves et mineurs est le reflet de l’effritement des valeurs morales de la société.  Il y a quelques années, lorsque la loi n° 18-60 du 16 janvier 1960 (loi Portella), tendant à protéger la moralité de la jeunesse congolaise, était vigoureusement appliquée, les autorités veillaient.  Les tenanciers des maquis ou bars et les élèves se tenaient à carreau.

Dans les établissements supérieurs, c’est le train-train quotidien

« Il eut un temps, les étudiants consommaient tellement d’alcool qu’ils s’amourachaient dans les toilettes, et on assistait à un désordre inimaginable ici au campus », assure  Ngoma, gérant d’une maison bureautique dans un établissement supérieur de la place. Dans une ambiance presque festive, les « foyers » se transforment en lieu de retrouvailles dans divers établissements supérieurs de la place. Cette gymnastique de fréquentation des débits de boissons par les élèves et mineurs entache leurs cursus scolaires et l’avenir de la jeunesse s’hypothèque. « Personnellement, je pense que l’alcool influence négativement le cursus scolaire de l’étudiant. Il déconcentre, te fait fuir les cours et réduit tes chances de réussite à l’école », dit Rocky Ngambra, un étudiant.

Les autorités prennent-elles le pouls de la situation?

Aux abords des voies bitumées de la capitale ou des avenues, jeunes désœuvrés ou scolarisés se livrent désormais à la consommation d'alcool devenue un critère « d'affirmation » ou de « maturité ». La jeunesse semble sévèrement touchée par l’initiation précoce à l'alcool. Entre la consommation d'alcool, le  phénomène "bébé noir" et l’immortalité qui gagnent la société, la jeunesse congolaise perd peu à peu ses repères.

Les arguments ne manquent pas pour décourager les élèves et mineurs qui, par suivisme ou effet de groupe, veulent tenter l’expérience. Cependant, quelle lecture les autorités font-elles sur ce phénomène ? Faut-il exiger un périmètre pour les maquis ?

Les autorités administratives, celles de l’Enseignement primaire et secondaire, mais aussi de la Jeunesse et de l’Education civique, prennent-elles le pouls de la situation en termes d’impact sur les résultats scolaires des élèves ? Ce sont là autant de questions que bon nombre de Congolais se posent en voyant la prolifération des débits de boissons aux alentours des établissements scolaires à travers la ville.

Durly Emilia Gankama et Sarah Monguia

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Photo: Image illustrative

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