Burkina Faso : réactions mitigées suite à la nomination d'un militaire comme Premier ministre

Jeudi 20 Novembre 2014 - 13:00

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Au lendemain de son investiture, l’actuel président de la transition au Burkina Faso, Michel Kafando, a nommé le lieutenant-colonel Isaac Zida comme Premier ministre. Cette nomination, intervenue le mercredi 19 novembre, suscite des réactions divergentes notamment au sein de la classe politique, de la société civile, mais aussi parmi la population.

En attendant la formation d’un gouvernement qui doit intervenir d’ici trois jours, certains Burkinabés pensent que la nomination d’un militaire à la primature est le fruit d’un compromis parce que selon eux, l’armée a rendu le pouvoir aux civils tout en conservant une partie. Ils y voient déjà une manière pour les chefs militaires de « contrôler la transition jusqu’aux prochaines élections qui devraient intervenir fin 2015 ». Si la désignation du président de la transition avait été saluée par la communauté internationale, celle de son Premier ministre est fortement commentée. L’un des chefs de l’opposition, Ablassé Ouédrago ne voit aucun inconvénient que le poste de Premier ministre soit attribué à Isaac Zida, numéro deux du régiment d’élite de sécurité présidentielle. «Il n’y a pas de problème que Zida soit à la Primature puisque la constitution intérimaire n’interdit pas que le Premier ministre soit un militaire ou un civil», a-t-il déclaré.

De son côté, Me Guy Hervé Kam, porte-parole du Balai citoyen, un mouvement dont les capacités de mobilisation de la jeunesse ont compté dans la chute de Compaoré a dit son inquiétude quant à l’avenir du peuple dans son ensemble. «Nous sommes inquiets, mais pas plus que cela », a-t-il précisé. « Il faut attendre ses actes pour juger Issac Zida » a lancé citoyen burkinabé, ajoutant qu’au pouvoir, des civils sont parfois «pires que des militaires». «Il va falloir voir dans quelle mesure cette nomination est de nature à changer l’orientation de la transition», a quant à lui commenté Siaka Coulibaly, politologue et membre de la société civile. « Les militaires viennent de nous voler notre lutte», peste Assane Ilboudo, étudiant de 25 ans. « Il s’agit-là non moins que d’une confiscation du pouvoir qui ne dit pas son nom », a dénoncé son compatriote.

Dans son discours après sa nomination, le lieutenant-colonel Isaac Zida a annoncé des « réformes importantes » pour l’avenir du Burkina Faso et appelé la communauté internationale à accompagner son pays. « J’appelle toute la nation, la communauté internationale et les amis du Burkina à nous accompagner sans a priori pour gagner le challenge d’une transition apaisée », a-t-il déclaré. « Aux hommes et aux femmes qui seront appelés à faire partie de l’exécutif de la transition, nous allons oeuvrer en toute humilité et dans un engagement sacerdotal et patriotique, à redonner confiance à notre peuple par notre ardeur au travail, le don de soi sans calcul égoïste, pour renforcer la paix sociale, la sécurité nationale et la cohésion intergénérationnelle », a ajouté le nouveau Premier ministre.  

L’Union africaine et le reste de la communauté internationale, il faut le rappeler, avaient exercé de fortes pressions sur l’armée pour qu’elle rende le pouvoir aux civils après la chute du président Blaise Compaoré. Ce qui a conduit l’homme fort du Burkina Faso, Isaac Zida, à remettre le pouvoir au président civil, Michel Kafando, désigné dimanche par les parties engagées dans la confrontation née de la prise du pouvoir par les militaires après la fuite de Blaise Compaoré le 31 octobre.

 

Nestor N'Gampoula