Centrafrique : la situation reste toujours incertaine

Mardi 12 Août 2014 - 16:00

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel

Alors qu’on espérait que l’application de l’accord de Brazzaville avec la nomination le 10 août par la présidente centrafricaine, Catherine Samba Panza, d’un nouveau Premier ministre en la personne de Mahamat Kamoun, allait susciter l’espoir d’un retour à la paix, l’attitude adoptée par la Seleka dont les membres grincent déjà les dents suite à la désignation de Mahamat Kamoun comme Premier ministre de transition en remplacement d’André Nzapayéké commence déjà à inquiéter.

La coalition des ex-rebelles a manifesté son indignation concernant la nomination de Mahamat Kamoun et fait savoir le 11 août qu’elle ne participera pas au prochain gouvernement. Elle déplore que le nouveau chef du gouvernement soit désigné avant que les responsables de ce mouvement aient déposé le nom de leur candidat. « Le bureau politique de la Séléka a pris connaissance à travers les médias de la désignation d’un nouveau Premier ministre. Madame Catherine Samba Panza n’a pas jugé opportun de s’enquérir de notre avis. La Séléka - nous contrôlons une bonne partie de la République centrafricaine – mérite mieux que cela. Donc,  la Seleka ne participera pas au prochain gouvernement », a annoncé le porte-parole de la coalition.

De bonnes sources indiquent que la présidente de transition avait demandé à toutes les entités politiques de lui proposer un nom de candidat pour la primature. Mais la Seleka n’a pas eu le temps de le faire à cause de ses divisions internes. En réalité, les responsables de la Seleka n’ont pas de reproches et autres critiques à faire contre la personnalité de Mahamat Kamoun, mais ils déplorent la méthode utilisée pour désigner le nouveau Premier ministre.

 Malgré cela, la nouvelle du refus de la Seleka de participer au gouvernement suscite des craintes au sein de la population. Les Centrafricains redoutent notamment que cette « raison » évoquée ne serve d’alibi en vue de la reprise des hostilités au moment où la situation est non moins explosive dans le pays malgré la relance de la transition politique. Agir de la sorte, ne profiterait d’après eux à personne lorsqu’on sait que les violences entre groupes armés qui sont toujours quotidiennes ont déjà fait près d’un million de déplacés.

En janvier dernier, l’élection de Catherine Samba-Panza avait suscité les espoirs de voir la situation s’améliorer en RCA, mais les efforts des autorités de transition et des forces militaires internationales déployées pour assurer la sécurité n’ont pas suffi jusqu’à ce jour pour enrayer la spirale de violence dans le pays.

La communauté internationale dénonce chaque fois les multiples violations des droits de l’homme perpétrées par les anti-balaka (antièmachettes), milices d’autodéfense chrétiennes et celles de la Séléka, composée majoritairement de musulmans ainsi que d’autres groupes rebelles. Les organisations humanitaires soulignent leurs difficultés à aider la population.

La crise centrafricaine ne fait que perdurer et l’on peut se demander quand ce pays retrouvera t-il la paix. Cela dit, parce que depuis la chute du président François Bozizé en mars 2013, la Centrafrique est toujours en proie au chaos. La démission de l’ex-chef rebelle et président par intérim Michel Djotodia, avait certes relancé la transition, mais depuis lors, le pays est toujours confronté aux affrontements armés entre milices rivales.

Chronologie des faits ayant marqué la crise centrafricaine

La coalition rebelle Séléka pris le contrôle de Bangui le 24 mars au terme d’une offensive éclair. Ce qui poussa le président François Bozizé à fuir le pays pour se réfugier au Cameroun. Le chef de file de la Séléka, Michel Djotodia, en profite et s’auto-proclame président par intérim. Le 31 mars, le nouvel homme fort de Centrafrique forme un gouvernement dans lequel il s’approprie le ministère de la Défense. Dans le but de contribuer à la pacification du pays, l’organisation panafricaine annonce le 19 juillet l’envoi en RCA d’une force de paix de 3.600 hommes.

Le 29 août, les nouvelles autorités reconnaissent que leur pays est au bord de l’effondrement : des milliers de civils se réfugient à l’aéroport international de Bangui pour fuir les attaques des éléments de la Séléka. En début septembre, des combats opposent les partisans de François Bozizé aux hommes de la Séléka. Bilan : plus de 70 morts dans la région de Bossangoa, à 300 km au nord de Bangui, la capitale. Il sied de noter que François Bozizé, avait au moment de son renversement prédit que la Centrafrique allait être plongé dans un chaos après son départ.

Le mois suivant, plus précisément le 14 septembre, Michel Djotodia dissout la Séléka sur l’ensemble du territoire national mais les des affrontements se poursuivent entre chrétiens et musulmans. Le 13 octobre, lors de sa visite à Bangui, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius annonce l’envoi de troupes françaises supplémentaires en Centrafrique. Conscient du danger qui guettait le pays, le conseil de sécurité de l’Onu approuve le 29 octobre l’envoi de troupes en RCA.

Malgré cela, les éléments de la Seleka au pouvoir continuent de semer la terreur parmi les paisibles citoyens. C’est ainsi que dès le 19 novembre, des milliers de villageois fuient de nouveaux affrontements dans le centre-ouest entre la Séléka, et des anti-balaka. Quelques jours plutard,  notamment le 1er décembre, Michel Djotodia dément que son pays se trouve au bord d’un génocide et d’une guerre civile interconfessionnelle.

Le 5 décembre des affrontements entre ex-Séléka et anti-Balaka font une vingtaine de morts et plusieurs dizaines de blessés dans la capitale, obligeant ainsi les troupes françaises à se déployer sur les principaux axes de la ville. La persistance des violences pousse le Conseil de sécurité de l’ONU à donner un mandat de six mois aux troupes françaises et à la Misca pour rétablir la sécurité. L’opération Sangaris lancée le 6 décembre, va donner lieu à la  force française d’agir conjointement avec les troupes africaines pour ramener la paix en Centrafrique.

Les violences se poursuivent malgré la relance de la transition

Lorsque l’année 2014 commence, soit six mois après le lancement de l’opération Sangaris, la Centrafrique est toujours en proie aux violences intercommunautaires. Le 10 janvier, le président auto-proclamé démissionne après avoir été sous  la pression des dirigeants de la CEEAC réunis en sommet extraordinaire à N’Djamena. Il se rend en exil au Bénin, pays qui entretient des relations privilégiées avec la RCA. Quatre jours après, le Conseil national de transition se réunit pour désigner un successeur à Michel Djotodia. Le 20 janvier, Catherine Samba Panza est élue en qualité de présidente de transition. C’est ainsi que pour concrétiser sa volonté de vouloir à tout prix ramener la paix dans ce pays, l’ONU adopte le 28 janvier une résolution autorisant le déploiement de 500 militaires européens en RCA et prévoit dans la foulée des sanctions pour les auteurs de violences. Le 10 janvier, le commandant de l’opération Sangaris durcit le ton contre les miliciens anti-balaka après de multiples exactions contre la population musulmane. Une décision est prise le 16 février pour lancer une vaste opération contre ces milices dites d’auto-défense.

Le climat qui prévaut à Bangui n’empêche pas le président français François Hollande d’effectuer le 28 février une seconde visite en Centrafrique depuis le déclenchement de  l’opération Sangaris dont les effectifs ont été portés à 2.000 hommes puis à 6000. Le 3 mars, l’ONU recommande le déploiement de près de 12.000 Casques bleus dans ce pays. La date du 21 mars est aussi à retenir. Ce jour-là, les anti-balaka se sont dits prêts à déposer les armes et à aller à la réconciliation avec les musulmans au cours d’une rencontre à Bangui avec la ministre centrafricaine en charge de la Communication et de la Réconciliation. Malheureusement, le 25 du même mois, une  nouvelle flambée de violences fera une soixantaine de morts dans la capitale.

L’ampleur des violences contraint le Conseil de sécurité d’autoriser à la date du 10 avril le déploiement de 12.000 Casques bleus, chargés de former les éléments de la Minusca. Le 16 avril, le Tchad achève le retrait de son contingent au sein de la Misca, décidé après que l’ONU eut accusé les soldats tchadiens d’avoir tué au moins 24 civils à Bangui. Ce que N’Djamena avait dénoncé comme une « campagne malveillante ». Avant la fin du même mois d’avril, environ 1300 musulmans réfugiés dans les périphéries de la capitale centrafricaine ont été escortés par la Misca vers le Nord. Le 30 avril la force de l’Union européenne, l’Eufor-RCA, composée de 200 hommes, se déploie sur l’aéroport de Bangui. Cette force doit à terme compter 800 hommes.

La présence des forces internationales n’empêche pas la poursuite des violences puisque le 28 mai, près d’une vingtaine de personnes seront encore tuées dans une attaque, à la grenade et à l’arme automatique, dans l’église Notre-Dame de Fatima à Bangui, où étaient réfugiés des milliers de déplacés. Le jour suivant, le Premier ministre André Nzapayéké dénonce « un complot » de la part d’hommes politiques proches du pouvoir, qui serait, selon lui, à l’origine du dernier regain de violences. La présidente de transition réagit le 1er juin sur ces violences qu’elle impute à des « manipulations politiques » Le 27 juin, au moins 70 personnes périssent dans des combats opposant les anti-balaka aux ex-séléka, à Bambari. Le 23 juillet, les protagonistes de la crise centrafricaine signent l’accord de cessation des hostilités à Brazzaville. Suite à cet accord, André Nzapayéké démissionne le 5 août et est remplacé le 10 août par Mahamat Kamoun, de confession musulmane.  

 

 

 

Nestor N'Gampoula