Chinafrique : Macky Sall opposé aux critiques liées à la dette africaine

Jeudi 6 Septembre 2018 - 13:08

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Pour le président sénégalais, l'Afrique ne doit pas avoir "la conscience perturbée" par les allégations des pays occidentaux concernant sa créance vis-à-vis de la Chine. 

Macky Sall était face à la presse lors du 7e Forum sur la coopération entre la Chine et l'Afrique.  Pour le président sénégalais, coprésident du forum, tout ce que l'Afrique fait avec la Chine est parfaitement maîtrisé, y compris le volet financier ainsi que la dette. "Nous ne devons pas avoir la conscience perturbée par les critiques faites sur la nature de nos relations avec la Chine", a-t-il dit.

Premier partenaire de l'Afrique, la Chine y investit dans les infrastructures. Ce qui vaut à ce partenariat parfois des critiques des Occidentaux, estimant que l'endettement du continent serait dû aux prêts généreux. Le président chinois, Xi Jinping, vient de promettre une nouvelle enveloppe de soixante milliards de dollars à l'Afrique, comprenant les investissemens et des prêts supplémentaires.

Récemment en tournée en Afrique, le président français, Emmanuel Macron, déclarait qu'il allait relancer l'aide publique au développement (APD) et le renforcement des moyens de l'Agence française de développement (AFD). Il a promis d'augmenter d'un milliard d'euros le budget dédié à l'APD avec pour cible le Sahel. Une goutte d'eau dans l'océan des besoins du continent africain. Ce qui est interprété comme un désengagement de la France en Afrique subsaharienne. 
Le 3 septembre à Paris, le directeur général de l'AFD, Rémy Rioux, et le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, sont revenus sur l'annnonce du chef de l'Etat. Rémy Rioux a évoqué une " inflexion historique, l'AFD n'a jamais disposé de moyens aussi importants". Alors que Jean-Yves Le Drian parlait d' "un choix fort du président de la République". Cependant, ce choix n'est pas à la hauteur ni des attentes ni des besoins des pays africains, malgré une histoire longue, ancienne, une fraternité renouvelée et une langue partagée. 

Pour l'Union européenne (UE), les investissements chinois sont moins préoccupés par la démocratie et l'Etat de droit en Afrique. L'apport de la Banque européenne d'investissement (BEI) dans des projets en Afrique de l’est en 2017 s’est élevé à quatre cents millions d’euros. L'UE parle d'une bonne année. Contrairement à la Chine, les véhicules d’investissement de l’UE s’accompagnent tous d’objectifs politiques, notamment le contrôle de la migration à long terme. L’augmentation de la capacité énergétique et l’industrialisation de l’agriculture font aussi partie des objectifs clés pour l’UE.
Au-delà du présent, le mandat de la Commission européenne pour les pourparlers post-Cotonou vise à augmenter les niveaux de conditionnalité et de sanctions pour les gouvernements dont le bilan en matière de droits de l’Homme est médiocre. Cela signifierait qu’aucun fonds ne serait alloué aux États qui violent les droits de l’Homme et que le remboursement des fonds serait exigé si une violation grave des droits de l’Homme était constatée. Cette moralisation de la vie publique de l'UE  irritent les Etats africains. 
Or le montant des investissements chinois sur le continent africain a éclipsé ceux de l’Europe qui refuse de revoir sa doctrine.  Si la Chine investit peut-être généreusement et sans contrepartie idéologique, ses projets sont souvent assortis de conditions, le plus souvent sous la forme de prêts de banques chinoises. Pékin fait l’objet de critiques en raison de son approche, qui stipule "un endettement important", selon l'UE. 
Le fait que les investissements chinois ne soient pas assortis de conditions politiques, contrairement à l’argent de l’UE, du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et d’autres institutions de financement du développement ainsi que l’importance des sommes en jeu rendent  les investissements chinois plus attrayants pour les Etat africains.

Une ligne de démarcation se dessine au sein de l' Europe
Plusieurs pays de l'UE  qui ne veulent pas être laissés pour compte ont lancé leurs propres initiatives. C'est le cas de l'Allemange et du Royaume-Uni. Ces pays manquent de ressources nécessaires pour rivaliser avec la générosité chinoise. Ils viennent mettre en  place de nouvelles stratégies.  
L'Allemagne a présenté son « Plan Marshall pour l’Afrique » lors du G20 en 2017, appelant les pays européens à accroître les investissements publics et privés en Afrique. Le Royaume-Uni compte quadrupler les fonds du Commonwealth Development Corporation  qui vont passer de 1,7 milliard à  sept milliards d’euros, avec pour mandat de se concentrer sur les climats d’investissement les plus pauvres et les plus risqués. 
Là où les Européens ne tiennent pas promesse, surtout sur l'argent comptant, les Etats africains, pressés de rattraper leur retard en développement, se tournent vers la Chine. Faut-il leur en vouloir ?

 

Noël Ndong

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