Covid-19 : les Eglises à l’épreuve des mesures barrières

Jeudi 25 Juin 2020 - 13:00

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Le deuxième palier du déconfinement a consacré, entre autres, la reprise d’activités dans les lieux de culte depuis le 23 juin. Le respect des mesures barrières qui en est la condition sine qua non parait comme une tentation  à laquelle  l’Eglise doit faire face.

La réouverture des lieux de culte est conditionnée par le respect des mesures barrières contre la Covid-19, indiquait le Premier ministre, Clément Mouamba, lors de l’annonce du deuxième palier de déconfinement le 20 juin à Brazzaville. La nouvelle a été bien accueillie, à juste titre, par les différentes communautés religieuses. Visiblement, elles n’ont pas fait attention à quelques aspects qui restent à définir car rien n’est gagné d’avance, des zones d’ombre méritent d’être éclairées.

Les mesures barrières signifient, en effet, port obligatoire de masque, distanciation physique, des regroupements ne dépassant pas cinquante personnes… Or pendant les cultes musulmans, les mosquées sont débordées. Chez les chrétiens protestants et catholiques, c’est la même réalité. Aussi, pour ces derniers, les chantres des : chorales, kilombo, « Ya mboté » etc doivent désormais adresser les louanges à Dieu avec des bouches masquées car il est difficile, mieux impossible de chanter sans postillonner et donc favoriser la propagation de la pandémie au cas il y aurait un contaminé dans le groupe.

Les mosquées resteront fermées en attendant

Regrouper moins de cinquante croyants lors d’un culte est un vrai chemin de la croix difficile à franchir pour l’Eglise et les fidèles. Le président du Conseil supérieur islamique du Congo, El Hadj Djibril Abdoulaye Bopaka, en est conscient. S’adressant aux Imams à ce propos, il a avoué qu’il n’est pas possible de décider de qui doit prendre part au culte et qui doit être renvoyé pour respecter la mesure barrière numérique. « Le protocole sanitaire limitant le nombre de personnes ne peut pas permettre aux musulmans de renouer avec la prière dans les mosquées. Je vous demande de ne pas les ouvrir afin d’éviter toutes les bavures ou dérapages », a-t-il déclaré.

Ce que dit l’arrêté

Un arrêté signé du ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Raymond Zéphirin Mboulou, publié le 24 juin à Brazzaville, apporte des précisions concernant les lieux de culte. Seuls les églises officiellement reconnues seront ouvertes.  Tous les établissements de culte ayant précédemment fait l’objet d’une mesure de suspension non levée demeurent fermés. Aussi, les lieux de culte qui fonctionnent jusque-là dans l’inégalité et qui n’ont engagé aucune procédure de reconnaissance devant l’administration compétente n’ouvriront pas leurs portes aux fidèles.

Par ailleurs, pour les églises dont la réouverture est autorisée, les personnes assurant les services de protocole sont tenues de porter les gants outre les masques. Un dispositif de lavage des mains est exigé à l’entrée des lieux de culte qui doivent systématiquement être désinfectés avant chaque office.

Imposition des mains interdite

Il n’est pas rare de voir les « hommes de Dieu » imposer les mains aux fidèles pour chasser tel ou tel esprit lors des séances de délivrance. L’arrêté du ministre de l’Intérieur interdit formellement cette pratique dans ce contexte d’état d’urgence sanitaire car la mesure barrière relative à la distanciation physique bannit tout contact. Les nuisances sonores sont également interdites. « Tout contrevenant aux prescriptions édictées par le présent arrêté est passible d’une amende de 50 000FCFA avec fermeture immédiate du lieu de culte », souligne le document ministériel.

Médiation

Pour définir un protocole visant à répondre à toutes ces interrogations et éclairer les zones d’ombre, une rencontre est prévue entres les responsables des confessions religieuses et le ministre de l’Intérieur.  C’est assurément à l’issue de cette entrevue que les activités dans les lieux de culte vont réellement reprendre. « Il vous est demandé pour l’heure de procéder à la désinfection », indique une note du président de l’Eglise Evangélique du Congo, le révérend pasteur Edouard Moukala, signée le 22 juin, adressée aux responsables, aux pasteurs coordonnateurs des consistoires, des paroisses et annexes. Le même document précise qu’en ce qui concerne la relance des activités cultuelles, il faut attendre l’aboutissement de la séance de travail avec le ministre Raymond Zéphirin Mboulou.

Pour l’heure, toutes les mesures énoncées par l’arrêté du ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation restent en vigueur.

Rominique Makaya

Légendes et crédits photo : 

Photo 1 : Une des paroisses de l'Eglise évangélique du Congo à Brazzaville Photo 2 : Vue d'une paroisse catholique

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