Exécution du Programme d’urgence de cent jours : la convocation judiciaire de Vital Kamerhe soulève des vagues

Lundi 6 Avril 2020 - 17:25

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Le directeur de cabinet du chef de l’Etat, Vital Kamerhe, a été convoqué par le Parquet général près la Cour d’appel de Kinshasa qui enquête sur les présumés détournements de fonds alloués au programme d'urgence initié par la Présidence de la République au lendemain de la prise de pouvoir.  

La convocation, le 4 avril, du directeur de cabinet du chef de l’Etat, Vital Kamerhe, par le Parquet général près la Cour d’appel de Kinshasa/Matete, dans le cadre des enquêtes autour de l’exécution des travaux liés au projet de cent jours du président Félix Tshisekedi, continue à faire jaser dans l’opinion. Censé se présenter le lundi 6 avril devant le procureur, le président de l’Union pour la nation congolaise (UNC) a maintenu le suspense toute la mi-journée au point de lasser les membres du corps judiciaire qui l’attendaient. Selon des indiscrétions, il appert que l’intéressé aurait préféré se faire représenter par ses avocats qui, à leur tour, ont évoqué le privilège de juridiction qu’était censé jouir leur client pour justifier leur réticence à se présenter au Parquet de Kinshasa/Matete, situé dans la commune de Limete.

Or,  pour certains praticiens de droit interrogés à ce sujet, un tel débat n’a pas lieu d’être, la Cour d’appel étant bel et bien habilitée à auditionner un haut fonctionnaire de l'État, fût-il directeur de cabinet du chef de l’Etat en exercice. « Le Dircab ne jouit pas de privilège de juridiction, même s’il a rang de vice-Premier ministre (…) Le Parquet ayant la charge des investigations peut inviter tout le monde pour obtenir des informations. Il faut plutôt faire allusion au privilège de poursuites », explique Me Serge Mayamba, député et juriste de formation.

 La convocation, par la justice, de Vital Kamerhe a soulevé des vagues dans les milieux politiques et, particulièrement, dans les rangs de son parti politique, UNC. Principal gestionnaire du programme d’urgence intérimaire de cent jours initié par le chef de l’Etat dès sa prise de pouvoir, le leader de l’UNC a été accusé, plus d’une fois, de détournements de fonds décaissés au bénéfice des différents travaux d’infrastructures initiés dans ce cadre. Des soupçons de détournements de deniers publics ont donc été mis sur son dos, y compris des contrats de gré à gré, sans appel d’offres, qu’il aurait conclu avec des entreprises fictives, aux fins d’engranger des dividendes. Plusieurs chefs d’entreprises exécutant des ouvrages liés à ce programme ont été arrêtés pendant que d’autres sont toujours en détention. C’est sur ces griefs qu’embrayent les détracteurs du leader de l’UNC pour le clouer, espérant qu’il ne s’en sortirait plus, à présent que la justice s’en mêle.

Acharnement sans cause…  

De quoi révulser les pro-Kamerhe, ou mieux la direction de l’UNC, qui est montée au créneau pour fustiger ce qu’elle considère comme un vil acharnement contre celui là-même à qui, selon elle, Félix Tshisekedi doit tout pour avoir balisé la voie à son accession à la Magistrature suprême. Sans ambages, avec un franc-parler à la limite de l’indécence, les cadres de l’UNC œuvrant au sein des institutions du pays ont, dans un communiqué signé dimanche 5 avril, dénoncé un acharnement contre leur leader tout en promettant des représailles. L’UNC s’est dite prête à affronter le nouveau front politique qui se dresse sur le parcours de son leader et entend ne pas se laisser faire devant ses ennemis et autres opportunistes. Le parti a, par ailleurs, réaffirmé son attachement à la coalition avec le président Tshisekedi, une coalition issue d'un accord «sans lequel le Cap pour le changement  n'aurait pas vu le jour et ne serait pas par conséquent arrivé au pouvoir », lit-on. En soutenant que c’est au nom du chef de l’Etat que Vital Kamerhe a managé le programme de cent jours, ses affidés ont ouvert là une boîte de pandore qui risque de laisser des traces.  

 Une chose est vraie, c’est que cette saga judiciaire ne sera pas sans conséquence au plan institutionnel, car c’est la tête du premier collaborateur du chef de l’Etat qui est mise à prix. Toutefois, il n’y a pas non plus lieu de spéculer davantage car une convocation judiciaire ne signifie nullement une quelconque culpabilité établie dans le chef du sujet interpellé qui, par dessus-tout, est présumé innocent. Dossier à suivre.         

Alain Diasso

Légendes et crédits photo : 

Vital Kamerhe

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