Industrie touristique : l’immense potentiel africain plombé par le terrorisme

Lundi 17 Juin 2019 - 12:10

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Le continent est devenu un terreau fertile pour le terrorisme. Une grande partie de pays a été victime d'attaques ces dernières années. Au même moment, l'Afrique a enregistré des investissements records dans le secteur touristique mais le climat sécuritaire hypothèque l’avenir d’un secteur en plein essor.

Malgré une part marginale dans le tourisme mondial, l’Afrique attire de plus en plus de visiteurs. Ils étaient soixante-sept millions en 2018. C'est la deuxième région du monde où le nombre de touristes a le plus augmenté, après l’Asie. Les destinations les plus en vue  sont le Maroc, l’Egypte ou l’Afrique du Sud, mais les pays comme le Rwanda, le Bénin ou la Tanzanie développent de véritables politiques touristiques. La contribution du tourisme au produit intérieur brut (PIB) du continent devrait passer de 108,0 milliards  (7,1% du PIB) en 2016, à 178,5 milliards de dollars en 2027 (soit 7,3% du PIB), d'après le conseil mondial des voyages et du tourisme. L'insécurité a pris le pas sur le déficit infrastructurel du continent.

Le secteur touristique a parfois été la cible principale d'attaques terroristes. Ce qui a fait chuter les arrivées de touristes étrangers. Le Maghreb sera la région la plus touchée en 2015. Une attaque terroriste fait perdre entre 0,5% et 0,8% de croissance à un pays, d'après l’agence de notation Moody’s. En Afrique de l'est, c'est le secteur touristique kényan qui en a souffert le plus ces dernières annéest. Entre 2011 et 2017, le pays a connu en moyenne soixante attaques, menées chaque année par différents groupes. Ce qui a eu un impact énorme sur la fréquentation touristique.  Le secteur représente plus de 9% du PIB du Kenya. En Afrique centrale, c'est le nord du Cameroun qui va subir  les incursions du groupe Boko-Haram depuis 2013, une région très touristique, plombant les performances et les perspectives du secteur touristique du pays.

Le taux d’occupation de certains hôtels au Cameroun serait passé de 90% à 30% en 2014 suite aux attaques de Boko-Haram, d'après le gouvernement camerounais. La région ouest-africaine a également vu son secteur touristique touché par les attaques terroristes, notamment au Nigeria, Mali, Burkina-Faso ou en Côte d’Ivoire. En 2015, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) indiquait que l’activité touristique dans la région avait chuté de 6% par rapport  à 2014. Un recul du flux touristique lié au contexte sécuritaire après les différentes attaques terroristes, faisant chuter les recettes touristiques de 3%. Cette vague terroriste s'est  propagée jusqu’aux pays du golfe de Guinée, précisément le Bénin où deux touristes français étaient enlevés, catégorisant en ''zone rouge'', le parc de la Pendjari, joyau de l’industrie touristique du pays.

Des réponses inadaptées

Certains pays ont renforcé leurs systèmes sécuritaires liés aux sites touristiques à coup de campagnes publicitaires. En Afrique de l'ouest, la résurgence des attaques terroristes a entraîné la création du groupe G5 Sahel, dont la stratégie est à la fois sécuritaire, économique et sociale. D’autres pays moins touchés par le fléau ont mis en place des stratégies préventives, le long de leurs frontières avec des Etats durement touchés. C'est le cas de la Côte d’ivoire, du Bénin et du Ghana. Le renforcement de la sécurité, la construction des infrastructures et les campagnes de promotion publicitaires, eux seuls, ont ont été inefficaces pour réduire l’impact des attaques terroristes sur le tourisme africain. Des observateurs pensent que la forte dépendance du tourisme africain par rapport aux visiteurs étrangers expose ce secteur à plusieurs risques. C’est pourquoi l’Uémoa veut miser sur la promotion du tourisme au sein de son '' marché intérieur'', pour permettre aux huit pays de la région de profiter d’un marché potentiel de plus de quatre-vingt-dix millions d’habitants. Avec le processus d’intégration en cours, à travers notamment la création d’un marché unique du transport aérien, les Africains pourraient devenir les principaux moteurs de l’industrie touristique de leur continent.

Noël Ndong

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