Interview. Henri Djombo : « La littérature africaine dans l’espace francophone est prolifique »

Jeudi 20 Décembre 2018 - 19:11

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel

Henri Djombo est un homme politique, membre du Parti congolais du travail (PCT), membre du gouvernement depuis des années. Ministre de son état, il est également écrivain, double lauréat Dakar 2018 au théâtre. Deux de ses ouvrages ont été primés dont le premier, " Le cri de la forêt", lors du Festi-vert, un festival sur l’environnement en juillet 2018. Le second,"Les bruits de couloirs", a remporté le Prix de théâtre Amadou-Cissé lors de la vingt-sixième Journée internationale de l’écrivain africain qui s’est tenue récemment, toujours dans la capitale sénégalaise. Dans cet entretien qu’il a accordé aux Dépêches du Bassin du Congo, il nous parle de son parcours et de l’avenir de la littérature dans l’espace francophone.

Les Dépêches du Bassin du Congo (L.D.B.C.) : Quelles sont vos impressions de double lauréat de Dakar 2018 sur l’avenir de la littérature africaine dans l’espace francophone ?

Henri Djombo (H.D.) : Je dirai que la littérature africaine dans l’espace francophone est prolifique. Je me rends compte qu’il y a énormément d’écrivains, jeunes ou anciens, dans tout le continent. Généralement, tous ces écrivains se retrouvent de temps en temps au cours des différentes manifestations. Cela leur permet d’échanger un peu, de se connaître, de se soutenir et d’élaborer en commun des projets pour le développement de la culture africaine. Je trouve un grand intérêt chaque fois que je retrouve les auteurs africains.  J’éprouve toujours un même intérêt que de retrouver certaines personnes, retrouver les mêmes qu’on a connues, comprendre leur propre évolution. Entendre aussi dire de vous, ce que l’on pense de votre œuvre. Je pense que cette ambition permet l’ébullition de notre littérature qui permet de comprendre les enjeux actuels et surtout ce que nous devons faire pour faire briller les lettres congolaises. Le Congo est un grand pays littéraire, c’est tout le monde qui le dit. Je félicite les anciens qui nous ont montré la voie. Mais j’encourage les jeunes à persévérer dans la voie difficile qui est l’écriture. C’est par l’écriture que nous pouvons contribuer à l’éducation de l’homme, à la formation de l’être humain ; que nous pouvons combattre les antivaleurs.

L.D.B.C : D’où vous est venue l’envie d’écrire ?

H.D. :  Je me suis donné le projet d’écrire en 1968. J’étais en classe de seconde au lycée technique d’Etat de Brazzaville. Un soir, j’ai eu une conversation avec un jeune qui avait fait l’objet des sévices à une frontière avec le Congo. Cette histoire m’avait tellement marqué que j’ai promis ce jour-là de l’écrire. Mais, ce n’est pas celle-là que j’ai écrite. J’ai été en contact avec les réalités des entreprises au moment où l’Etat les avait créées pour constituer la base d’une marque réelle de développement. J’ai vu comment elles fonctionnaient, j’ai compris les principaux défauts qui condamnaient les entreprises. Je pensais à écrire un essai dessus. Et puis, je me suis dit, si j’écrivais, je serai très direct et j’irai prendre des exemples bien précis avec des chiffres donnés, ainsi de suite. C’est un exercice que beaucoup d’acteurs n’aiment pas si vous vous introduisez dans leur espace professionnel. Il fallait bien passer par le roman, par l’humour même s’il fallait utiliser ce genre roman pour bien faire passer les messages. Le genre roman aussi est éducatif et pédagogique. Je l’ai adopté. C’est ainsi que je me suis retiré en Bulgarie après mon premier passage au gouvernement de 1980 à 1985 comme ambassadeur du Congo. Il y avait beaucoup de travail mais je trouvais du temps de la réflexion. J’ai pensé commencer à écrire. Je le faisais à la main ; ce n’était pas facile.

L.D.B.C. : Est-ce un rêve d’enfant, devenir écrivain ?

H.D. : Non. Je n’y avais pas pensé. Quand j’étais enfant, je croyais que je serai journaliste. J’admirais les journalistes parce qu’ils avaient la verve. Les journalistes, c’était des séducteurs ; ils subjuguaient l’opinion. Je voulais être séducteur parmi eux, être en contact avec la plus grande partie de l’opinion.

L.D.B.C. : Que sentez-vous avant la sortie d’un roman, d’une œuvre littéraire ?

H.D. : Avant l’apparition d’un titre, c’est une sensation comme de douleurs que l’on a à l’accouchement. On se demande d’abord si ce livre sortira. Effectivement, c’est comme un enfant, un nouveau-né. On le caresse, on l’embrasse et on est heureux.

L.D.B.C. : Quelles sont vos sources d’inspirations ?

H.D. : L’observation de notre propre environnement qu’il soit immédiat ou plus loin. Nous sommes partis de cet environnement qui nous dit plein de choses. Il y a des choses qui sont écœurantes et d’autres qui sont marrantes comme d’autres qui vous font profondément réfléchir. Alors, nous avons des sources d’inspiration intarissables dans cet environnement. Et, on est partagé entre des choix difficiles à embrasser un sujet. C’est notre propre milieu qui nous donne aussi beaucoup d’inspirations, parce que nous le comprenons, nous l’apprécions, nous le vivons et nous nous mettons comme acteurs pour participer à la construction d’un nouveau monde, un monde meilleur.

L.D.B.C. : Quel est votre genre littéraire préféré ?

H.D. : Si j’ai écrit six romans, avec un en chantier, dix pièces de théâtre et un essai, on peut comprendre que j’aime à la fois le roman et le théâtre. Le travail à investir dans l’écriture du théâtre est moins grand que dans le roman. Souvent, j’ai adapté certains romans au théâtre. Le théâtre peut faire apercevoir ce que l’on ne peut pas percevoir souvent par la lecture.

Propos recueillis par A. Ferdinand Milou

Légendes et crédits photo : 

Henri Ndjombo

Notification: 

Non