Interview. Prosper Loubelo : « Chez- nous, les équipes n’ont pas la culture d’avoir un préparateur physique »

Mercredi 29 Avril 2020 - 12:55

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel

Parti en France pour renforcer ses capacités intellectuelles, l'ingénieur en préparation physique, nutritionnel et mental propose dans cet entretien quelques pistes pour améliorer la  performance des athlètes congolais dans les compétitions de haut niveau.

Les Dépêches de Brazzaville (LDB). Que peut-on  retenir de votre  formation en France ?

Prosper Loubelo (PL) : J’étais admis à l’Université de Lille en France pour y faire mes études en sciences, santé, technologique mention sciences et techniques des activités  physiques et sportives, option : entraînement et optimisation de la performance sportive (EOPS) dans le domaine du suivi des sportifs avec pour  spécialité,  préparateur physique, nutritionnel et mental. Je dirais que ma formation a fait de moi un ingénieur en préparation physique, nutritionnelle et mentale.

LDB : Que peut-on attendre de vous après toutes ces qualifications ?

PL : Il est vrai que je suis détenteur d’un master en EOPS  et d’un autre diplôme universitaire de préparation physique des sports d’équipes. Cela n’est pas bien connu au Congo par le fait que je suis le seul au Congo pour le moment. En outre, vous devez savoir que posséder les diplômes supérieurs, c’est bien mais cela ne signifie rien. Le plus grand problème, c’est savoir s’orienter et être accepté dans le pays pour se faire valoir. Dans mon domaine, il n’y a pas de structures appropriées pour ce genre d’études et de connaissance. C’est à moi de savoir ce que je dois faire.

LDB : Cette formation a-t-elle changé votre façon de voir les choses ?

PL : Quand je suis allé en France, c’était pour augmenter mes capacités intellectuelles pour la maîtrise des enseignements de la préparation physique afin d’étoffer mes cours en  qualité de vacataire à l’ISEPS. Du coup, en arrivant à la FSSEP de Lille à la suite des enseignements de la préparation physique, nutritionnel et mental reçus, ma vision a totalement changé en ce qui concerne la préparation physique. En ce sens qu’il n’y a  pas que l’enseignement mais il y a aussi la prise en charge individuelle des sportifs et des non-sportifs. La prise en charge des athlètes en qualité d’entraîneur, préparateur physique dans un club, préparateur nutritionnel et mental. En effet, ce sont des concepts qui n’ont pas assez d’échos dans le pays. C’est dire ainsi que j’ai la responsabilité du développement ou de l’évolution du sport. Je ne le crois pas par simple fait que  dans nos structures sportives, ces métiers du sport n’ont pas assez de valeur parce qu’ils  sont mal connus de nos dirigeants  sportifs. Pourtant la direction technique nationale de la Fécofoot en fait écho. Ce qu’il faut faire, c’est de nous battre pour créer une structure liée à la direction générale des sports par l’entremise du ministère des Sports qui pourra travailler en  partenariat avec l’université et le Comité national olympique et sportif congolais ainsi que les fédérations nationales. Ce n’est qu’à partir de là que nous pourrons avoir la main mise sur le développement du sport au Congo en matière de préparation physique qui est un domaine très large et sensible pour l’optimisation de la performance sportive

DB : Parlez-nous du rôle d’un préparateur physique

PL : Le préparateur physique est le responsable de la quantification de la charge d’entraînement. Il a la mission de la vidéo-analyse. Il s’occupe de la condition physique de l’équipe et des sportifs. Il est le responsable du développement des qualités physiques et physiologiques des athlètes. Il s’occupe aussi de la récupération des athlètes après une activité physique. Le préparateur physique a le même but que l’entraîneur, celui d’améliorer la performance. Du coup, il est le premier entraîneur adjoint de l’entraîneur principal ou manager d’un club. Il est très indispensable dans le sport moderne.

LDB : Avec l’arrêt des compétitions, combien de temps faut- il à un athlète pour retrouver son meilleur niveau ?

PL :  Il n’y a pas de temps défini où un  sportif est appelé à retrouver sa forme après une trêve. Mais plutôt s’arrimer d’un programme proposé par son préparateur physique s’il y en a ou celui de son entraîneur afin de s’entraîner durant cette période pour prétendre revenir avec une bonne forme physique, forme qui sera améliorée par rapport à la période du moment de la fin de trêve.

LDB : Y a-t-il une différence entre ce que vous avez appris et ce qui se passe au pays ?

PL : Ce que je suis allé apprendre est de loin très différent de ce que nous voyons au Congo. Les équipes n’ont pas trop cette culture d’avoir un préparateur physique. Les enseignements de la préparation physique sont très différents de ce qui est enseigné dans nos écoles de formation. Il n’y a pas qu’un seul préparateur physique mais  il y a des préparateurs physiques. Chaque préparateur est spécialiste d’une activité. Un préparateur physique chargé de la musculation est différent de celui chargé de la récupération. Un préparateur, c’est quelqu’un qui a étudié dans plusieurs domaines de la science.

 LDB : Etes -vous prêts à partager cette riche expérience avec les autres clubs ?

PL : Bien sûr,  je suis préparateur physique dans l’Association sportive Otohô d’Oyo. En plus, j’ai participé en ma qualité de préparateur physique à la campagne des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations  des moins de 23 ans (U23), en aller et retour, contre le Burundi en mars 2019, où le Congo a éliminé l’équipe nationale du Burundi. C’est une très bonne chose pour moi car ce sera  l’occasion d’expérimenter mes nouveaux outils.

LDB : A votre avis, quelles sont les raisons qui font que les clubs congolais finissent les rencontres très épuisés ?  

PL : Pour répondre à cette question, je dirai que le match de football regorge de plusieurs facteurs notamment mentaux, physiques, techniques et tactiques, même sociaux. Concernant le domaine qui est ma spécialité, je peux me baser premièrement sur la charge d’entraînement externe et interne imposée aux joueurs. Souvent si les intensités ne sont pas respectées, cela crée des fluctuations énergétiques et des troubles de la condition physique chez les joueurs. Secondo, les problèmes d’acclimatation ou d’alimentation mais le plus souvent, c’est au niveau de la charge d’entraînement que nous pêchons. Ce sujet est tellement vaste et dépend du type de contenus d’entraînement imposé aux joueurs durant les différentes phases de préparation et la manière de les conduire. Les plus grands soucis, c’est le temps alloué à l’entraîneur et les moyens mis à sa disposition pour la préparation des joueurs.

LDB : Quelles sont les difficultés rencontrées durant votre formation ?

PL : Durant ma formation,  j’ai rencontré plusieurs difficultés. Premièrement, je suis allé rencontrer une formation jamais réalisée. Ensuite, j’ai connu des difficultés d’ordre financier. N’étant pas boursier de l’Etat congolais, il fallait jongler avec mon salaire de la Fonction publique pour payer le loyer, la logistique, la nutrition, les droits scolaires, me soigner et nourrir ma famille au Congo.

LDB : L’alimentation joue-t-elle un grand rôle dans la préparation des athlètes ?

PL : C’est le plus grand maillon, la réussite sportive.  Souvenez-vous de cet adage : « Un ventre affamé n’a point d’oreille ». De la même manière dont ils ont besoin d’un préparateur physique, les athlètes ont autant besoin d’un préparateur nutritionnel. Chez un sportif de compétition, l’alimentation permet d’éviter les contre-performances et optimiser les résultats. L’alimentation permet, en outre, l’amélioration des gestes techniques et diminuer les gestes parasites qui sont de gros consommateurs d’énergie. Elle modifie, d’une part, le devenir des nutriments en améliorant leur utilisation afin de retarder l’épuisement des stocks de glycogène. D’autre part, l’alimentation augmente le rendement musculaire tout en multipliant le nombre de capteur de glucose.

LDB : Quels sont, selon vous, les critères à remplir pour qu'un athlète soit au meilleur niveau ?

PL : Il y a en plusieurs. Mais un athlète de compétition doit avoir une très bonne hygiène de vie (pas de consommation d’alcool, manger équilibré et dormir pendant huit heures de temps) surtout en phase  de repos. Il faut respecter les règles et les lois du sport, afin de pouvoir demeurer dans la forme de son meilleur niveau. En effet, suivre les conseils de l’entraîneur principal et  le programme du préparateur physique mis à disposition s’il y en a. Il faut savoir respecter les phases de récupération.

Propos recueillis par James Golden Eloué

Légendes et crédits photo : 

Prosper Loubélo

Notification: 

Non