Tchad : une puissance militaire régionale lutte en solitaire contre les djihadistes

Lundi 25 Mai 2020 - 16:15

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Depuis les interventions réussies de son armée au Nord-Mali en 2013, au Nord-Cameroun en 2015, au Sahel où elle combat les djihadistes de Boko Haram, le pays est de plus en plus visé par des attaques terroristes. Une opération d’envergure dénommée « Colère de Bohoma » qu'il a menée a permis de chasser tous les insurgés, notamment dans la province du Lac, tandis que d’éventuelles autres pourront être déclenchées dès que le besoin se présentera.

Selon le porte-parole de l’armée tchadienne, au moins 52 soldats tchadiens et 1.000 djihadistes ont trouvé la mort au cours de cette opération menée du 31 mars au 8 avril, soit après l’attaque d’une base sur la presqu’île de Bohoma, en mars dernier, dans la zone du lac Tchad, où au moins 98 soldats tchadiens avaient été tués. L’armée a réagi à cet affront en lançant une vaste opération de quinze jours - par bateau, par la terre et avec des appuis aériens.

Considérée comme l’une des plus efficaces dans la région, l’armée tchadienne intervient dans la zone du lac Tchad avec la Force multinationale mixte (FMM), lancée en 2015 avec trois autres pays riverains (Nigeria, Cameroun et Niger) pour lutter contre Boko Haram. Fort malheureusement, en l’absence d’une réponse militaire régionale coordonnée, le pays lutte à présent seul contre les groupes terroristes.

C’est pour cela qu’après l’opération « Colère de Bohoma », le président tchadien, Idriss Déby Itno, a mis la pression sur ses partenaires en affirmant que son armée, alliée clé de la force Barkhane au Sahel, ne participerait plus aux opérations en dehors de son territoire. « Nous nous sommes battus seuls aux confins du lac Tchad sans l’apport des pays censés nous aider », a-t-il déclaré, en prévenant le Niger et le Nigeria que les troupes tchadiennes quitteraient les bases prises aux djihadistes sur leur territoire le 22 avril, et demandant à leurs armées de prendre le relais.

Un analyste estime que la force régionale affichait déjà de nombreuses failles, faute de coopération entre les Etats.  « La FMM reflète typiquement les institutions régionales qui fonctionnent mal. Les pays membres ne parlent pas la même langue, et il n’y a pas suffisamment de partage de renseignements », explique Jacob Zenn, chercheur à la Fondation Jamestown, basée à Washington.  Depuis cinq ans, Idriss Déby a dénoncé à plusieurs reprises l’inaction des pays voisins. Il affirme, visiblement, que le Tchad était « seul à supporter tout le poids de la guerre contre Boko Haram ».

Au Niger, les autorités n’ont pas réagi ; mais El Hadj Idi Abdou, acteur de la société civile, s’est montré compréhensif envers le chef de l’Etat tchadien : « Le président Déby n’a pas tort. Apparemment, il est déçu. Il n’a pas obtenu le soutien nécessaire qu’il attendait. C’est une sorte d’interpellation pour faire savoir qu’il y a un minimum de solidarité pour un combat commun. Sa position peut évoluer mais les chefs d’Etat de la Force multinationale et du G5-Sahel doivent vite se concerter pour sauver leur union ».

Le positionnement attendu de l’armée tchadienne dans la zone des trois frontières

Avant l’opération Colère de Bohoma, des attaques djihadistes très meurtrières étaient signalées des deux côtés du lac Tchad « avec une sophistication et une efficacité accrues », selon Bulama Bukarti, analyste pour l’Afrique subsaharienne à l’Institut Tony Blair. Iswap, la branche affiliée au groupe Etat Islamique, par exemple, visait surtout les forces de sécurité postées autour du lac, vaste étendue d’eau parsemée d’une multitude d’îlots à la végétation dense, dont elle a fait son sanctuaire. De son côté, Boko Haram, principalement établi autour de la forêt de Sambisa dans l’Etat du Borno (Nord-Est du Nigeria) et dans l’extrême Nord du Cameroun, ne se contentait plus d’opérer dans sa zone d’influence, mais étendait ses actions jusque sur les îles du lac, plus au Nord.

L’armée tchadienne, notons-le, est essentielle dans la région. Elle participe à la FMM) qui combat Boko Haram, désormais très établi dans le bassin du lac Tchad, à la frontière avec le Niger et le Cameroun. Hormis cela, elle fournit également des troupes à la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) et fait partie du G5 Sahel, qui a lancé en 2017 sa force conjointe pour lutter contre les groupes djihadistes aux côtés de Barkhane.

Malgré le fait que N’Djamena lutte seul contre les djihadistes sur son territoire, le positionnement des renforts de son armée est fortement attendu au Sahel, en proie à de fréquentes attaques terroristes, entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso. La France et les pays du G5 Sahel ne cessent d’insister sur « l’importance de l’envoi d’un bataillon tchadien », selon une déclaration conjointe publiée récemment à Paris.

En janvier, le Tchad avait accepté d’envoyer un bataillon supplémentaire de 480 hommes dans la région des trois frontières, au sein de la Force du G5 Sahel. Reste à savoir si sa participation à la Force conjointe, qui doit compter à terme 5.000 hommes pour lutter contre les djihadistes dans les zones frontalières sera effective alors qu'elle peine toujours à monter en puissance.

Si le Tchad menace de ne plus participer aux opérations antidjihadistes en dehors de son territoire, la ministre française des Armées, Florence Parly, rassure qu’il reste engagé dans le G5 Sahel. « Il n’y a pas de préoccupation », souligne-t-on à Paris, où l’on relève que les soldats promis dans la région des trois frontières n’avaient été que « temporairement » dépêchés au lac Tchad face aux djihadistes de Boko Haram.

 

 

Nestor N'Gampoula

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