Transport urbain : l’essor des taxis-motos à Brazzaville

Mercredi 1 Juillet 2020 - 18:30

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel

Le phénomène des taxis-motos, observé depuis quelques années au Congo, s’est amplifié depuis plusieurs mois dans la ville capitale. Une alternative de déplacement qui mérite, aujourd’hui, d’être régularisée par les autorités compétentes.

Si autrefois, la population était réticente pour recourir à ce genre de moyen de transport, aujourd’hui, il n’en est plus le cas. Depuis un certain temps, les taxis-motos envahissent les artères de la capitale. Du rond-point Mikalou à Soprogi dans le neuvième arrondissement, en passant par le lycée Thomas-Sankara et le CNRTV à Nkombo, l’activité est pratiquée par plusieurs jeunes congolais. A en croire leurs avis, les taxis-motos répondent considérablement au besoin de transport des populations résidant dans des quartiers enclavés, difficiles d’accès par tout type de véhicules.

La dégradation avancée des routes, la présence des embouteillages, l’expansion des érosions, l’ensablement et l’insécurité dans des quartiers tels que Jacques-Opangault, Domaine, Manianga, Trois poteaux ou encore Bilolo, contraignent la population à recourir aux motos pour soulager leurs déplacements. En effet, certains quartiers demeurent mal desservis par les transports publics, ce qui rend les trajets longs, pénibles et coûteux.

Positionnés le long des artères principales, sur les grandes avenues, aux arrêts de bus ou encore à la sortie des marchés, les conducteurs de taxis-motos attendent patiemment les clients pour les conduire à leur destination. Ces engins permettent de pallier les problèmes d'embouteillage, car ils peuvent facilement se faufiler entre les voitures. « La praticabilité de ces moyens de transport fait que je sollicite souvent leur service. Ça dépanne ceux qui vont au travail, ceux qui exercent des commerces, qui vont à l’école… bref, tout le monde », a souligné Françis Kanga, un jeune brazzavillois.  

Pour Blandine Loufoua, vendeuse au marché Texaco, ces motocyclettes constituent parfois une alternative pour acheminer sa marchandise. « Chaque matin, après l’achat de mes produits, j’étais souvent confrontée aux caprices des conducteurs de bus qui ne desservent que de courts trajets. Mais, en optant pour les taxis-motos, je jouis d’un gain de temps considérable cumulé au coût abordable du trajet à parcourir », a-t-elle souligné.  

Une opportunité « d’emploi » pour les jeunes

Avec ces motos, le prix de la course dépend du trajet à parcourir et varie, généralement, entre 500 et 2 500 FCFA. La plupart des motards affirment s’être convertis en conducteurs de moto, afin de gagner leur vie. Les difficultés auxquelles ils font face dans la recherche d’emplois ont motivé bon nombre à se réfugier dans cette activité profitable.

Ainsi en est-il de Brel Ampio, ancien étudiant licencié en sociologie, qui s’est lancé dans l’activité depuis deux ans. Malgré son diplôme, il n’a pu trouver un emploi dans le secteur public encore moins dans le privé, d’où l’option des deux roues. Un choix qu’il ne regrette pas, car dit-il, « avec mes recettes journalières, je parviens à nourrir ma petite famille, à aider mes parents et à épargner un peu d’argent pour des situations inattendues. Donc, il vaut mieux exercer cette activité, que d’être au chômage et de mourir de faim ».

Des failles déplorées et des défis à relever

Selon certains citoyens, les taxis-motos sont beaucoup plus adaptés aux hommes qu’aux femmes. Ernest Mouanga, la quarantaine révolue, déplore le fait que certaines femmes habillées en robe, jupe ou pagne sont obligées de retrousser leurs tenues pour bien se poser sur la moto. « Je pense qu’il est plus sage d’être en jeans quand on choisit d’emprunter une moto. Dans le cas contraire, toutes les cuisses sont exhibées. Cela n’est pas décent dans la société congolaise », pense-t-il. 

Par ailleurs, juridiquement, la conduite de taxis-motos n’est pas reconnue en République du Congo. Pendant le confinement, beaucoup de jeunes, dont plusieurs particuliers et même des citoyens étrangers, ont transformé leurs motos privées en transport en commun. Dans son arrêté n° 5610 du 18 mai 2020 relatif au port du masque et au respect des autres mesures barrières, dans le cadre de la lutte contre la Covid-19, le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation avait institué dans les articles 3 et 4 que, « Le port du masque est aussi obligatoire pour toutes personnes à bord de véhicules automobiles, motos et moto tricycles, publics ou privés, à usage personnel ou commercial ».

Malheureusement, le constat est tout autre. Très tôt le matin et en début de soirée, à l’approche de l’heure du couvre-feu, les conducteurs de taxi-moto bravent ces règles. 

En outre, bien que l’activité des taxis-motos attire de plus en plus d’adeptes, une crainte subsiste encore. En effet, les cas d’accidents réguliers causés par ces engins, surnommés autrefois « Aide moi à mourir », demeurent encore élevés à cause de l’ignorance, le non-respect du code de la route, l’excès de vitesse et le manque de vigilance.

L’absence de textes réglementant cette activité expose autant les conducteurs que les passagers à plusieurs dangers de circulation. « Je ne suis pas contre le fait que la conduite des taxis-motos se développe au Congo, tel que c’est le cas en Afrique de l’ouest. Cependant, j’exhorte à ces motards de penser à la carte de sécurité au lieu de conduire ces motos à vive à l’allure comme s’ils étaient immortels », a déclaré Géanie Malanda, une jeune brazzavilloise.

Ainsi, des mesures gouvernementales devraient être mises en place afin de rendre obligatoires le port d’un casque pour toute personne à bord d’une moto, l’immatriculation de toutes les motocyclettes, le permis de conduire, l’assurance du moyen de transport et la fixation des tarifs à l'instar des bus et taxis.

En attendant ces lois, les autorités administratives et policières de la ville de Brazzaville, notamment les maires d'arrondissement et les services de transport-urbain peuvent renforcer les mesures de sécurité autour de ce « métier informel » où l'on retrouve actuellement, en dehors des débrouillards de divers horizons, des diplômés qui s'y réfugient pour échapper au chômage sévissant au Congo.

 

 

 

Merveille Atipo

Légendes et crédits photo : 

Des taxis-motos en attente des clients/DR

Notification: 

Non