Tuerie des migrants en Libye: le chef de l'ONU réclame une enquête indépendante

Jeudi 4 Juillet 2019 - 14:45

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Les frappes aériennes contre le centre de rétention de migrants de Tajoura, à l’est de Tripoli, en territoire libyen, a causé la perte d'environ une soixantaine d'entre eux ainsi qu'une centaine de blessés. Un acte attribué par le gouvernement aux forces du maréchal Khalifa Haftar.

L'attaque du 2 juillet contre le centre de rétention de migrants de Tajoura, en banlieue de Tripoli, a fait au moins soixante-six morts, selon un nouveau bilan libyen. Quatre-vingts personnes ont été blessées, d'après un responsable médical. Médecins sans frontières, qui a visité le centre, a recensé cent vingt-six blessés dans la cellule qui a été touchée par la frappe. Le centre abrite au moins six cents personnes, tous des rescapés ramenés de la mer par les garde-côtes libyens.

Le Gouvernement d'union nationale (GNA) de Tripoli attribue cette attaque aux forces du général Khalifa Haftar, engagées dans une offensive sur la capitale libyenne, lesquelles accusent en retour le GNA de « fomenter un complot » pour leur faire endosser la responsabilité de la tuerie.

« Il (Antonio Guterres, NDLR) condamne cet incident horrible avec la plus grande fermeté. Il exprime ses plus sincères condoléances aux familles des victimes et souhaite un prompt rétablissement aux blessés », a dit le porte-parole du secrétaire général de l'ONU, dans une déclaration à la presse. « Le secrétaire général appelle à une enquête indépendante sur les circonstances de cet incident, afin de garantir que les coupables soient traduits en justice, notant que l'ONU avait fourni les coordonnées exactes du centre de détention aux parties en conflit », a-t-il ajouté, avant de réitérer son appel en faveur d’un cessez-le-feu immédiat en Libye et d’un retour au dialogue politique.

Selon les Nations unies, cet incident souligne l'urgence de fournir à tous les réfugiés et migrants un abri sûr jusqu'à ce que leurs demandes d'asile soient traitées ou qu'ils soient rapatriés en toute sécurité.

« Un possible crime de guerre »

De son côté, la cheffe des droits de l’homme de l’ONU a vivement condamné aussi ces frappes aériennes sanglantes contre le centre de détention de migrants, une attaque susceptible, selon elle, de constituer un « crime de guerre ». « Le fait que les coordonnées de ce centre de détention qui abrite des civils ont été communiquées aux parties au conflit indiquent que cette attaque peut, selon les circonstances, être un crime de guerre », a déclaré la Haut-Commissaire, Michelle Bachelet, dans un communiqué rendu public le 3 juillet, à Genève.

Michelle Bachelet a noté, d’ailleurs, que c’est « la deuxième fois que le centre de détention est touché pendant les hostilités en cours ». Elle a exhorté toutes les parties au conflit à prendre toutes les mesures possibles pour protéger les civils et leurs infrastructures, y compris les écoles, les hôpitaux et les lieux de détention.

Le conflit en cours dans la capitale libyenne a déjà forcé près de cent mille Libyens à fuir leur domicile. Le  Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et ses partenaires, dont l’Organisation internationale pour les migrants (OIM), ont transféré plus de mille cinq cents réfugiés, depuis des centres de détention proches des zones de combat, vers des zones plus sûres.

Par ailleurs, des opérations de l’OIM pour le retour volontaire à titre humanitaire ont facilité le départ de plus de cinq mille personnes vulnérables vers trente pays d’origine en Afrique et en Asie. Les deux agences onusiennes plaident pour la fermeture de ces centres. Si l’on inclut les victimes de Tajoura, environ trois mille trois cents migrants et réfugiés sont toujours détenus arbitrairement à Tripoli et en périphérie de la ville, dans des conditions « abjectes et inhumaines ».

Les condamnations se multiplient

Les condamnations ont été unanimes après le raid aérien. Outre le secrétaire général de l’ONU, l’Union européenne et l’Union africaine demandent de même une enquête.

Le HCR et l’OIM qui demandent la cessation immédiate de la détention des migrants et des réfugiés, exhortent l’ensemble du système des Nations unies à condamner cette attaque et le recours à la détention en Libye.

Selon les organisations humanitaires, 70 % des migrants dans les centres de rétention à Tripoli tombent sous mandat du HCR, en tant que demandeurs d'asile fuyant des persécutions ou des conflits.

« On est gravement préoccupé par les personnes qui se trouvent à Tajoura en détention en ce moment, mais aussi par le sort de trois mille huit cents réfugiés et migrants qui sont détenus dans des centres de rétention, à proximité des zones touchées par le conflit », a confié Paula Barrachina, porte-parole du HCR. « Nous lançons donc un appel pour leur réinstallation urgente, un appel pour une évacuation humanitaire, de la Libye vers des pays capables de les accueillir et de leur octroyer la protection nécessaire », a-t-elle ajouté.

Présente sur le terrain en Libye depuis 2016, l'organisation Médecins sans frontières réclame, de son côté, l'évacuation des réfugiés et migrants enfermés dans le centre de Tajoura, touché à plusieurs reprises.

Sur son compte Twitter, Filippo Grandi, le chef du HCR, a demandé mercredi que les migrants et les réfugiés « ne soient plus en détention ; les civils ne doivent pas être des cibles ; la Libye n'est pas un lieu sûr pour un renvoi de migrants ».

Washington bloque une condamnation du Conseil de sécurité

Le 3 juillet, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est retrouvé dans l'incapacité de condamner le raid. Pour cause, les États-Unis d'Amérique ont empêché, sans explication, l'adoption d'une condamnation à travers un projet de résolution proposé par le Royaume-Uni.

Pourtant, un peu plus tôt, Washington avait dénoncé une attaque « abjecte ». « Ces pertes tragiques et inutiles, qui ont frappé la population la plus vulnérable, soulignent le besoin urgent pour toutes parties libyennes de faire baisser l'intensité des combats et de revenir à un processus politique », a déclaré la porte-parole du département d'État américain, Morgan Ortagus.

Contrairement à l'ONU, l'Union européenne  et à l’Union africaine, les États-Unis n'ont pas réclamé, dans l'immédiat, une enquête sur le raid.

Josiane Mambou Loukoula

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